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GF_2009_11_01_memoireComment agit la mémoire ? Comment l’améliorer et apprendre sans efforts particuliers ? Voici 5 choses simples à garder à l’esprit.

 4. Notre cerveau adore bouger ou… penser à bouger

L’apprentissage scolaire sollicite beaucoup la mémoire explicite, celle qui permet de retenir le sens des mots ou la fonction des choses. C’est dans la mémoire explicite que l’on stocke notre connaissance du monde, celle que l’on peut exprimer verbalement.

Mais il y a un autre type d’apprentissage très important, celui des nouveaux mouvements, qui repose sur un système mnésique distinct appelé mémoire procédurale. Quand on apprend à lacer ses chaussures, à aller à vélo ou à jouer au tennis, on fait appel à sa mémoire procédurale.

Celle-ci permet d’automatiser progressivement des mouvements complexes, de sorte qu’au bout d’un moment, ceux-ci deviennent inconscients. C’est cette libération de la pensée qui nous permet par exemple de conduire notre voiture en plein centre-ville tout en expliquant quelque chose de compliqué à quelqu’un.

Comme pour la mémoire explicite, c’est la répétition qui va permettre aux gestes de s’automatiser et de passer dans la mémoire procédurale. C’est ce qu’on appelle couramment l’entraînement ou la pratique.

Mais une fois que la gestuelle générale a été mémorisée, il semble qu’il y ait une autre façon d’améliorer l’exécution d’un mouvement et c’est simplement de penser au geste en question ! En effet, la simple répétition mentale du mouvement, un procédé que l’on nomme  » imagerie mentale « , est couramment utilisé par les athlètes de haut niveau pour aller chercher les précieuses fractions de secondes au fil d’arrivée. Les skieurs de descente répètent ainsi mentalement tout le trajet de leur course avant d’amorcer leur descente. Ils imaginent chaque virage, effectuent mentalement les transferts de poids appropriés et essaient de ressentir le contact de leur ski avec la neige. En fait, pour qu’elle soit efficace, l’imagerie mentale doit intégrer le maximum des caractéristiques sensorielles pertinentes pour l’action à perfectionner.

De nombreuses études ont démontré que lorsqu’on imagine une action ou qu’on exécute réellement la même action, les régions cérébrales impliquées sont très similaires. Seule les régions impliquées dans la commande motrice de l’action ne s’activent pas lorsqu’on ne fait que l’imaginer.

Visualiser mentalement un mouvement va donc stimuler une majorité des régions cérébrales requises lorsqu’on exécute réellement le mouvement. Cette stimulation permettra, lorsqu’on aura à exécuter véritablement le mouvement, de solliciter les assemblées de neurones correspondantes plus facilement, et donc d’augmenter l’efficacité du mouvement.

Mais l’imagerie mentale n’est qu’un outil parmi d’autres pour améliorer ses performances motrices et sa mémoire procédurale. La bonne vieille répétition durant les cours d’éducation physique et le sport en général sont importants pour un autre raison bien simple : l’exercice, parce qu’il augmente l’oxygénation du cerveau, améliore aussi son fonctionnement. Et cela se confirme non seulement par de meilleurs temps de réaction et de meilleurs scores à des tâches spatiales ou mathématiques, mais également au niveau neuronal, avec une augmentation de la création de nouveaux neurones, de leur survie et de leur résistance aux dommages et au stress.

5. Bien dormir pour bien penser

Nous savons maintenant que le sommeil n’est pas qu’un simple repos passif du cerveau. Ainsi, durant le sommeil paradoxal qui occupe 20 à 25% de chacune de nos nuits, notre cerveau est pratiquement aussi actif que lorsque nous sommes éveillés. Ceci dit, on a encore bien du mal à expliquer précisément en quoi le sommeil est essentiel à nos fonctions cognitives.

En regardant nos nombreuses facultés affectées par le manque de sommeil, on saisit cependant tout de suite son importance cruciale : l’attention, la concentration, le raisonnement logique, les habiletés mathématiques, la mémoire de travail, l’humeur et la dextérité motrice sont toutes perturbées lorsque nous ne dormons pas assez.
En ce qui concerne le rôle du sommeil dans l’apprentissage, on ne sait pas encore très bien lequel de nos deux grands types de sommeil, paradoxal ou lent (l’autre 75 à 80 % de la nuit), qui y participe le plus. Certaines tâches comme l’orientation spatiale semblent être consolidées davantage par le sommeil lent.

À l’inverse, la privation de sommeil paradoxal altère plus particulièrement l’acquisition de nouvelles capacités visuelles et motrices. Quand un sportif apprend une nouvelle séquence de mouvements, par exemple un service au tennis, la durée du sommeil paradoxal augmente notablement pendant la nuit suivante. Si on le réveille systématiquement pendant son sommeil paradoxal, on empêche le stockage du nouveau savoir-faire de façon beaucoup plus efficace que lorsqu’on perturbe seulement les phases de sommeil lent en dehors des phases de sommeil paradoxal.
Plusieurs pensent que les deux types de sommeil pourraient contribuer à la mémoire de façon complémentaire et que c’est leur enchaînement au cours d’une nuit de sommeil qui permet de trier correctement les informations accumulées durant la journée. Mais tout n’est pas si simple puisque des personnes qui ont pris pendant des années des médicaments supprimant le sommeil paradoxal n’ont pas vu leur capacité de mémorisation perturbée.

Si le rôle précis du sommeil dans l’apprentissage est loin d’être élucidé, ses effets bénéfiques sur la santé et même la sécurité se confirment jour après jour. Par exemple, la courbe d’accidents mortels au Canada fait un bond de 7 % le lendemain du passage à l’heure d’été (qui raccourcit la nuit de 60 minutes de sommeil), pour revenir à la normale les jours suivants. Et le phénomène s’inverse à l’automne : le lendemain du retour à l’heure normale (qui donne 60 minutes de sommeil supplémentaires), le nombre d’accidents mortels diminue de 7%, puis remonte ensuite tranquillement à son niveau moyen !

Déconseillée aux insomniaques puisqu’elle peut hypothéquer leur prochaine nuit de sommeil, la sieste demeure le moyen le plus simple et le plus recommandé aux personnes qui ont une dette de sommeil. Une sieste d’une vingtaine de minutes serait même bénéfique pour la plupart des gens qu’elle rendrait plus alerte en plus d’améliorer leur capacité de concentration. Mais attention : une sieste trop longue, d’une heure par exemple, sera suivie d’une période d’inertie, parce qu’on sera allé dans un sommeil trop profond.

Dernier conseil : à part le soir, c’est en milieu d’après-midi que notre cycle circadien naturel nous rend le plus somnolent. Ne prévoyez donc pas de rendez-vous importants ou de tâches intellectuellement difficiles à ce moment. Faites plutôt une petite sieste…

Voir la partie 1 de l’article

Voir la partie 3 de l’article

Voir la partie 4 de l’article

Dossier / Texte : Bruno Dubuc Le cerveau à tous les niveaux

Bruno Dubuc

Fondateur & editeur
www.lecerveau.mcgill.ca

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