Le métier d’enseignant mobilise de nombreuses ressources, beaucoup d’énergie et de remises en cause ! Cette notion d’efficacité est d’ailleurs bien difficile à appréhender : se mesure-t-elle à l’aune des résultats scolaires ? De la réussite des meilleurs ? De la progression des plus faibles ? Du plaisir qu’ont les élèves à aller en cours ? De l’ouverture culturelle qui leur est offerte ? De l’acquisition d’une conscience citoyenne ?


Dialogue avec la famille

L’importance de l’effet enseignant montre que pour la réussite même de ses élèves, le professeur doit rester à leur écoute afin d’éviter que certains d’entre eux ne perdent pied dans sa matière ou la délaissent, comme nous l’avons déjà mentionné, pour des motifs relationnels (Je n’aime pas mon professeur , « Mon professeur ne m’aime pas »).

Or, les parents sont souvent les seuls destinataires de ces difficultés et de ces ressentis, car leurs enfants n’osent pas en faire part directement à l’enseignant de peur d’être mal vus ou de lui manquer de respect. Le dialogue avec les familles se révèle donc indispensable pour évoquer les problèmes rencontrés en cours, les comprendre et pouvoir les dépasser.

Rappelons encore que la présence du conseiller principal d’éducation ou du professeur principal s’avère vivement souhaitable pour dénouer une situation pédagogique bloquée. Et n’oublions jamais que ces rencontres demandent de la part de l’enseignant d’être capable d’entendre des critiques portées sur la manière dont il fait classe, dont une qui revient souvent dans la bouche.des élèves : l’ennui éprouvé en cours.

Comment capter l’intérêt des élèves ?

Faisons tout d’abord une petite incursion dans Ie champ de la chronobiologie pour rappeler que la concentration des élèves non seulement possède une durée limitée (les capacités d’attention d’un enfant de 12 ans sont ainsi estimées à 5 heures par jour), mais qu’elle décroît en plus à certains moments de la journée, notamment aux premières heures du matin et après la pause déjeuner.

Les activités pédagogiques proposées devraient s’adapter à cette contrainte endogène : est-il pertinent de faire un devoir sur table dès huit heures du matin par exemple ?
On observe ensuite, et de manière tout à fait évidente, qu’un cours débité sur un ton monocorde avec une voix fluette par un enseignant vissé sur sa chaise derrière le bureau a nettement moins de chances de maintenir éveillé que s’il est dispensé d’une voix assurée et vivante par un professeur qui occupe l’espace et sillonne les rangs (sans donner le tournis cependant !).

De même, une leçon faite à un qu’un rythme trop rapide avec des annotations au tableau ne permettant pas aux élèves de suivre et de s’y retrouver risque d’entraîner une perte d’attention compréhensible. L’enseignant doit donc toujours s’assurer de la congruence des informations données : ce qu’il dit est soutenu par ce qu’il écrit au tableau ou distribue aux élèves, afin que, ces derniers ne soient pas exposés à une multiplicité de messages simultanés.

A titre d’exemple, vouloir obtenir l’attention des élèves pour corriger au moment où on leur rend leur copie relève de l’impossible, tout leur intérêt étant focalisé sur leur note et les annotations, et bien souvent sur celles de leurs camarades !
Avant de clore ce deuxième chapitre consacré au temps de la classe, nous souhaiterions aborder la question des devoirs à la maison.

Car l’enseignant qui retrouve ses élèves à la séance suivante attend toujours d’eux qu’ils aient progressé dans leur apprentissage ou dans leur réflexion… Ce qui signifie que le cours se poursuit bien en dehors du temps et de la salle de la classe, et qu’il est de la responsabilité du professeur d’envisager les enjeux pédagogiques de ce travail qu’il donne à faire sans lui.

Paroles d’enseignants

« Si vous voulez qu’il y ait un lien avec le cours précédent il faut qu’il y ait un exercice. Par contre il ne doit pas être trop long, deux, trois questions que l’on corrige en début d’heure. Ces exercices, je ne les note pas, je ne note pas en dehors des contrôles, mais s’ils ne l’ont pas fait c’est sanctionné (système de croix et d’heures de colle avec un travail à faire ou mot dans le carnet de liaison, il y a différentes méthodes). » (Vincent T.).

« Les élèves doivent apprendre leur leçon systématiquement pour la séance suivante. Ils ont parfois, à peu près une fois toutes les deux semaines, un petit travail écrit à faire à la maison. », (Marie D.)

« Je m’efforce de donner du travail à la maison, pour que l’école ait un lien avec l’extérieur, du sens. Et pour donner des bonnes notes aux plus en difficulté (car ce que je demande est très simple).» Par exemple, compter le nombre d’ampoules à la maison et dire combien de watts elles consomment pour illustrer un cours sur l’énergie. Des exercices où les parents peuvent aider leur jeune.

Reprise, répétition, et révision

Les devoirs à la maison apparaissent aller de soi pour l’ensemble des acteurs de la communauté scolaire : un élève sans travail à faire est soupçonné d’être menteur, un professeur qui n’en donne pas est soupçonné d’être laxiste, et un parent qui n’aide pas son enfant est soupçonné d’être peu investi…

Pourtant, cette pratique mérite d’être interrogée, voire repensée, comme l’a fait Patrick Rayou, professeur en sciences de l’éducation, dans un ouvrage intitulé « Faire ses devoirs. Enjeux cognitif et sociaux d’une pratique ordinaire ».

Ce dernier rappelle fort justement que les devoirs à la maison pénalisent les enfants qui ne disposent pas, une fois rentrés chez eux, des ressources intellectuelles et matérielles nécessaires à la réalisation du travail demandé, devenant alors source de discrimination. II est évident qu’un élève devant aider sa famille en dehors du temps scolaire, n’ayant pas d’espace pour travailler dans le calme, ni la possibilité d’être accompagné lorsqu’il est en difficulté, aura moins de chances de réussir ses devoirs qu’un autre.

Mais le fait même que ces conditions soient réunies ne garantit pas non plus le succès de l’enfant : s’il n’a pas compris la leçon enseignée, Ie temps, le calme et l’espace ne lui suffiront pas pour réussir. Quant aux parents, lorsqu’ils ne sont pas dépassés par la complexité des exercices, ils risquent ou bien de dispenser des méthodes qui ne correspondent pas à celles de l’enseignant, ou bien de faire le travail eux-mêmes !

Des compétences de professeur

Aider un élève à faire ses devoirs nécessite des compétences de professeur, et c’est la raison pour laquelle les cours particuliers font florès, remettant, par leurs coûts, Ies inégalités au premier plan, alors que l’école publique tente précisément de les gommer.

Quelle serait la solution ?

Interdire, comme en primaire, les devoirs écrits à la maison ? Cela semble peu réaliste vu la somme des connaissances à acquérir dans le secondaire…

On ne peut que conseiller, a minima d’harmoniser entre collègues la somme des devoirs proposés, et de garder en tête que le travail à la maison se prépare avant tout en classe, à travers la vésication minutieuse que le cours est compris, la planification de temps de mémorisation et d’exercices en classe, et la transmission de méthodes de travail.

Enfin, il convient de veiller à ne pas renforcer les discriminations par l’attribution de mauvaises notes ou de punitions au mépris des conditions de travail effectives des élèves.

Les parents ne sont pas enseignants

Rappelons tout d’abord que les parents n’étant pas enseignants, ces derniers doivent s’assurer que l’enfant peut se débrouiller seul pour effectuer le travail à faire et bien expliquer aux parents que ce ne sont pas eux qu’ils souhaitent évaluer ! Les parents doivent plutôt être guidés dans le suivi des devoirs donnés, via la consultation du cahier de textes de la classe papier ou électronique tenu à leur disposition, ou encore la consultation du cahier de textes ou de I ‘agenda de l’enfant.

L’examen de sa tenue et de son contenu permet de confronter les devoirs à faire à ce qui a été fait, et plus simplement de voir s’ils ne sont pas écrits à la hâte, et peut-être de ce fait mal notés.
Les parents sont par ailleurs garants du cadre propice aux devoirs à la maison (temps imparti au travail, dans le calme si possible, après avoir goûté, etc.).
Même lorsqu’ils rentrent tard, ils doivent rappeler ces conditions de travail à l’enfant et s’intéresser à la réalisation des devoirs, en posant la question ou en vérifiant qu’ils ont bien été faits.

Faire ses devoirs doit devenir une habitude quotidienne et ne pas faire l’objet d’aménagements permanents. D’ailleurs, les parents doivent veiller à ce que les activités extrascolaires (sportives, artistiques, culturelles), ou certaines tâches ménagères (faire les courses, sortir le chien, faire Ia cuisine, aller chercher le petit dernier chez la nourrice…) n’empiètent pas trop sur le temps accordé aux devoirs à la maison et s’inquiéter si la réponse systématique s’avère : « Je n’ai rien à faire ! ».

De même, la baisse des résultats et / ou l’augmentation des punitions peut révéler un manque de travail personnel. La rencontre des parents avec les professeurs et / ou le conseiller principal d’éducation permet alors de mieux comprendre les problèmes décelés à la maison, er de trouver des solutions adaptées : par exemple, un encadrement plus vigilant par les parents de l’utilisation des écrans (télévision, jeux vidéo, téléphone portable, tablettes numériques), ou encore le suivi des devoirs au sein d’une association ou de l’établissement même.

Dossier: Nathalie ANTON

Voir la 1ère partie de l’article

Nathalie ANTON est Professeure agrégée de Lettres Modernes et titulaire d’un Master professionnel de Psychologie clinique, Nathalie Anton a été membre pendant trois ans d’une équipe en charge de prévenir la violence en milieu scolaire dans l’académie de Paris. Elle est aujourd’hui enseignante au lycée français de New York.


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