Le métier d’enseignant mobilise de nombreuses ressources, beaucoup d’énergie et de remises en cause ! Cette notion d’efficacité est d’ailleurs bien difficile à appréhender : se mesure-t-elle à l’aune des résultats scolaires ? De la réussite des meilleurs ? De la progression des plus faibles ? Du plaisir qu’ont les élèves à aller en cours ? De l’ouverture culturelle qui leur est offerte ? De l’acquisition d’une conscience citoyenne ?

Les élèves, les parents et les professeurs eux-mêmes ne donnent pas un sens identique au terme d’efficacité. Je me souviens ainsi avoir répondu à une principale qui me déclarait, à la remise de ma notation administrative, être satisfaite de mon travail, que je ne l’étais pas puisque moins de la moitié de mes élèves de n’avaient obtenu la moyenne lors du brevet blanc.

Il me semble que toute relative qu’elle soit, cette notion d’efficacité doit toujours intégrer le souci de respecter et de faire réussir tous les élèves, en les accompagnant avec autant d’équité et de bienveillance possible dans un parcours scolaire, qui équivaut à cet âge un parcours de vie, parfois très compliqué.

Pour aborder de manière plus rationnelle, sinon scientifique, cette question de l’efficacité, voici les résultats d’une note publiée en juillet 2011 par le Centre d’analyse stratégique, intitulée « Que disent les recherches sur l’effet enseignant ? » Il apparaît ainsi que le professeur peut accroître la réussite scolaire de ses élèves en jouant sur les facteurs suivants :

Le temps consacré effectivement au travail pendant la durée du cours

Dire que plus on passe du temps sur un sujet, plus on a des chances de progresser ressemble à une lapalissade… Reste qu’à durée de cours égale (55 minutes), le temps dévolu à la matière varie parfois fortement d’une classe à l’autre.


Les attentes des enseignants

Les chercheurs s’accordent sur l’idée qu’un niveau d’exigence élevé vis-à-vis de la classe dans son ensemble (et non de tel ou tel élève) constitue un facteur important de progression des élèves.

Le feedback

Ce conseil consiste à rappeler l’importance de la collaboration, à commencer par celle qui s’opère entre parents (mère et père), et entre parents et enseignant. Outre le soutien à l’image de soi en tant que parent ou enseignant compétents, la collaboration garantit la cohérence éducative.

c’est-à-dire le retour que font les enseignants aux élèves concernant leur travail : « La façon dont le maître apporte des corrections aux erreurs des élèves apparaît fondamentale. , Il leur est ainsi recommandé de bien distinguer « le jugement sur Ia réponse de l’élève du jugement qu’ils peuvent avoir de l’élève lui-même », et d’accorder « suffisamment de temps aux élèves pour reformuler leur réponse après que l’erreur a été signalée ».

La structuration des activités pédagogiques : il est plus facile d’apprendre lorsque le cours est bien structuré, les objectifs annoncés clairement, que les élèves sont amenés à manipuler suffisamment longtemps les nouvelles notions (exercices, questions-réponses) et que, au terme de la leçon, les principaux points sont résumés.

 Cinq éléments favorables à l’apprentissage des élèves

Une recherche menée dix ans plus tôt par les professeurs américains Charles Teddlie et David Reynolds mentionnait déjà cinq éléments favorables à l’apprentissage des élèves :

– un temps de cours optimal (les cours débutent et se terminent à l’heure, les échanges dans la classe sont consacrés à I’objet d’étude) ;

– une bonne organisation de la classe et du cours ;

– l’utilisation de questions fréquentes et de règles claires ;

– l’instauration d’un climat agréable et de routines ;

– l’adaptation des pratiques éducatives aux besoins particuliers des élèves.

 Attention toute particulière sur 4 points

Au terme de ces deux études, nous pourrions ainsi conseiller aux professeurs désireux de bien mener leurs cours de porter une attention toute particulière aux points suivants :

– La clarté de sa structure : rappeler voire noter le plan du cours au tableau permet aux élèves de se repérer et de ne pas perdre pied. L’enseignant, qui n’a que sa matière à gérer, oublie parfois que sa classe en suit plusieurs, et qu’elle ne le retrouve parfois qu’à plusieurs jours d’intervalle.

– La proposition d’objectifs ambitieux et expliqués, l’annonce d’étapes intermédiaires accessibles, et l’ajustement de ces étapes en fonction des difficultés rencontrées, de manière à (re)motiver les élèves.

– La mise en œuvre d’activités, d’approches variées (travail en groupe, individuel, écrit, oral, etc.) et de divers niveaux, pour offrir à tous les élèves la possibilité de bien comprendre le cours et de réussir les exercices proposés : le cours magistral, adapté à un public adulte, génère pour les plus jeunes des efforts de concentration parfois difficiles à tenir et risque de les démotiver.

– La reformulation des énoncés et des consignes, et la vérification de leur bonne compréhension :
« Trop souvent l’émetteur est persuadé que son message possède la forme la plus exacte et la plus pertinente possible (1). » Or, l’implicite et les malentendus pénalisent toujours les élèves les plus en difficulté. Dans cette même perspective, la prise de notes doit faire l’objet d’un accompagnement progressif et vigilant.

L’attention portée à tous les élèves, par des remarques et des corrections personnelles, des déplacements auprès d’eux au cours de la séance.

Pour s’assurer de leur bonne progression et compréhension.
L’encouragement et la valorisation de tous les efforts, sachant que l’erreur (pédagogique comme comportementale) fait partie intégrante de l’apprentissage et que les réponses doivent toujours rester éducatives.

L’évaluation positive personnalisée, avec des conseils de progression : les recherches montrent qu’une notation indulgente stimule les élèves et les amène à progresser, au contraire d’une notation sévère qui risque de les décourager.

(1) AMADO Gilles et GUITTET André, Dynamique des communications dans les groupes, Paris, fumand Colin, 1997, p.48.

Dossier: Nathalie ANTON

Voir la 2ème partie de l’article

Nathalie ANTON est Professeure agrégée de Lettres Modernes et titulaire d’un Master professionnel de Psychologie clinique, Nathalie Anton a été membre pendant trois ans d’une équipe en charge de prévenir la violence en milieu scolaire dans l’académie de Paris. Elle est aujourd’hui enseignante au lycée français de New York.


 

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