Connaissez-vous la mnémotechnie ? Oui, c’est un terme un peu barbare, je vous le concède.  La mnémotechnie est l’art d’aider la mémoire. Les moyens mnémotechniques sont des « astuces » qui permettent d’avoir une meilleure mémoire.

Mnémotechnique signifie « capable d’aider la mémoire par des procédés d’association mentale qui facilitent l’acquisition et la restitution des souvenirs ». (Le Petit Robert)

Si vous êtes un formateur ou un enseignant, vous pouvez vous demander : « Pourquoi devrais-je connaître ces  moyens mnémotechniques ? Je n’ai pas grand-chose à apprendre par cœur ! » C’est vrai, vous avez raison.

La connaissance de moyens mnémotechniques a deux avantages pour vous :

. Vous pouvez adapter vos cours pour qu’ils soient plus facilement mémorisables et assimilables pour vos élèves

. Faire connaître et transmettre ces moyens mnémotechniques à vos élèves et rendre leurs méthodes de travail plus efficace. 

Car le métier de formateur et d’enseignant se transforme, il est amené à évoluer. Comment ? Il contient une part de « coaching » ( je n’aime pas ce terme mais je n’en ai pas trouvé d’autres ), une part d’accompagnement sur les méthodes d’apprentissage. Cela vous surprend-il ? Faisons une petite parenthèse.

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Peut-être l’avez-vous remarqué, Youtube prend de plus en plus de place dans la formation et l’éducation même s’il ne remplace pas le professeur. Car, le savoir ne se transmet plus seulement en classe, mais aussi sur Youtube. N’avez vous jamais remarqué qu’après vos cours, vos élèves vont voir des « tutos » sur Youtube ?

 Dans une enquête Numérama, la célèbre plateforme de vidéos indiquait que les recherches concernant des sujets sur le bac au augmenter de 170% en 2018 par rapport à un usage de 2016. [1]

L’Éducation Nationale a même sa propre chaîne pour mettre du contenu éducatif. Les chaînes éducatives comme « les bon profs » explosent.

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Je ferme la parenthèse, revenons à notre sujet : les moyens mnémotechniques.

 

Dossier réalisé par  Patrick de Sainte Lorette et Jo Marzé auteurs du livre :« Tester et développer sa mémoire » Edition Eyrolles, Alain LIEURY  Professeur émérite de psychologie cognitive à l’université Rennes 2 et Jean-François MICHEL (Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » aux Éditions Eyrolles 2005, 2013 et 2019)

La mnémotechnie est « l’art d’aider la mémoire »

La mnémotechnie est complémentaire des méthodes logiques. Elle ne peut en aucun cas les remplacer, mais elle est très utile lorsque les méthodes précédentes ne suffisent pas.

Les procédés mnémotechniques présentés, quelquefois utilisés dans la réalisation de certains numéros de music-hall, sont d’une efficacité indéniable, d’où la tentation d’en faire un système privilégié.

Il convient néanmoins de se méfier de leur facilité apparente. En fait, ces méthodes, spectaculaires par certains côtés, exigent un gros investissement en temps de préparation, beaucoup d’imagination et, à un certain stade, une rigueur telle que le système devient très lourd.

En outre, elles ne suscitent pas assez la réflexion en phase d’utilisation pour être efficaces dans de nombreux cas. Néanmoins, elles constituent une aide précieuse qui permet de créer des liens artificiels.e logique ne s’accommode que de ce qu’elle maîtrise

En grammaire, l’exception aberrante correspond à la logique de ceux qui en ont initialisé l’usage à une certaine époque ; pas à notre logique.

Si Monsieur Untel s’appelle Untel, il y a là une logique que l’on ignore et qui est due aux origines géographiques, culturelles, religieuses, linguistiques ou à des parents inconnus, à des faits militaires, à des traditions ou à des déformations du nom … de la personne.

La forme et l’emplacement d’une île ont leur logique que l’on méconnaît en partie et qui est due notamment à l’écartement ou au rapprochement des continents, aux tremblements de terre, aux éruptions volcaniques…

Dans tous les cas, nous ne pouvons que constater les faits, sans le secours des méthodes logiques.

La mnémotechnie est très efficace pour la mémoire des nombres, des noms, des listes à apprendre par cœur, et en particulier :

. les articulations chiffrées, pour les nombres ;

. les images, dont les analogies visuelles, les symboles, les clichés pour les cartes géographiques, les formes et les homophonies, les jeux de mots pour les noms propres et communs ;

. les concaténations pour les listes, les énumérations.

Les articulations chiffrées

La mémoire des nombres, des dates, des numéros de téléphone, des codes… s’appuie essentiellement sur la méthode des articulations chiffrées. Il s’agit d’une méthode élaborée au XIXe siècle. L’initiateur en fut un juriste, Aimé Paris. Le système fut peaufiné, quelques années plus tard, par un ecclésiastique, l’abbé Moigno.

Le principe du moyen mnémotechnique : l’association

Le moyen qui améliore la mémoire est l’association. C’est la base des différentes techniques et des différents  procédés mnémotechniques. Cela signifie vous devez lier ce que vous voulez rappeler avec des choses connues. C’est un peu s’imaginer à associer un objet à mémoriser à autre chose, que vous y attachez une étiquette. Par exemple, une autre méthode similaire d’association consiste à mettre les idées en contexte ou à lier des idées. Il sera beaucoup plus facile de rappeler cet objet à mémoriser. Par exemple, si vous avez un rendez-vous avec votre dentiste à 15 heures, associez alors différents éléments qui font du sens, par exemple vous savez que le dentiste a 3 enfants, vous avez 3 dents à retirer. Ou, faites votre propre association, pensez aux 3 mousquetaires avec la soie et le rince-bouche! Plus l’association est personnelle, plus vous améliorez la mémorisation de l’information.

Exemple du moyen mnémotechnique et l’orthographe

Mourir ne prend qu’un “ r ” car on ne meurt qu’une fois

L’hirondelle prend deux “ l ” car elle vole avec ses deux ailes

Le procédé mnémotechnique n°1 : le palais de la mémoire ou méthode des LOCI

Méthode du palais de la mémoire (ou des loci) est une technique imaginaire connue des Grecs et des Romains anciens et décrite par Yates (1966) dans son livre L’Art de la Mémoire ainsi que par Luria (1969).


Le palais de la mémoire (ou des loci) est un procédé qui consiste à associer des lieux connus à des objets à mémoriser. On imagine un parcours connu du quotidien (par exemple se lever le matin pour aller jusqu’à la cuisine) et on associe sur chaque lieu un objet à apprendre. Si vous devez apprendre les mots suivants :

« bouteille, couteau, voiture, ordinateur, stylo, clé, livre ».

Vous devez imaginer 7 lieux de parcours de votre lit (où vous vous levez) jusqu’à votre cuisine pour votre petit déjeuner. Quand vous vous levez, vous voyez une bouteille sur votre lit. Vous prenez votre pantoufle et vous voyez un couteau à côté. Vous ouvrez la porte de votre chambre et là vous voyez une voiture … etc. Jusqu’à la cuisine.

Le principe est d’associer des objets à des lieux et un parcours qui vous est familier. Le procédé se base sur le fonctionnement par association de la mémoire.

Le palais de la mémoire ne fonctionne bien que dans les conditions suivantes : lorsqu’il s’agit de mémoriser des objets concrets. Il faut avoir un profil de compréhension plutôt de type visuel (pour pouvoir imaginer les lieux). Le palais de la mémoire est un procédé mnémotechnique peu efficace pour les personnes de profil de compréhension de type kinesthésique.

Le procédé mnémotechnique n°2 : le mind mapping ou carte euristique

Une carte mentale se présente sous forme de diagramme qui relie l’information autour d’un sujet central. La carte mentale ou mind mapping (en anglais) a une structure en forme d’arbre.  Au centre il y a votre idée principale, comme par exemple le corps humain et les branches sont des sous-thèmes ou des idées connexes, tels que les types de membres (jambes, bras, tête) et les détails de ces membres qui les relient. De plus grands niveaux de détail se ramifient à partir de là et les branches peuvent être liées ensemble.

La carte mentale ou mind mapping peut être utilisé pour pratiquement n’importe quelle tâche de réflexion ou d’apprentissage, de l’étude d’un sujet (comme une nouvelle langue) à la planification de votre carrière ou même la construction de meilleures habitudes.

La carte mentale ou mind mapping un outil essentiellement graphique qui peut contenir des mots, des images, des nombres et des couleurs, ce qui peut être bien plus facile à mémoriser et plus agréable à revoir et réviser. La combinaison des mots et des images est six fois plus efficace pour se remémorer l’information que les mots seuls. Là encore joue le principe de l’association de la mémoire.

Les cartes mentales ou mind mapping lient et regroupent les concepts par l’intermédiaire d’associations naturelles. Cela aide à générer plus d’idées, trouver une signification plus profonde dans votre sujet, et vous invite également à remplir plus ou trouver ce que vous manquez.

Voir l’article sur les cartes mentales / Mind Mapping

Le procédé mnémotechnique n°3 : métaphore et analogie

Une métaphore est fondamentalement une comparaison implicite qui lie deux objets ou choses différentes. Les deux choses qui sont comparées constituent la métaphore, qui affirme que deux choses qui ne sont pas semblables sont en fait les mêmes. Les métaphores sont plus efficacement utilisées lorsque vous associez un sujet obscur ou difficile à autre chose qui rend le premier plus facile à comprendre.

Exemple de métaphore «  Mais Paris est un véritable océan. Jetez-y la sonde, vous n’en connaîtrez jamais la profondeur. Parcourez-le, décrivez-le ! quelque soin que vous mettiez à le parcourir, à le décrire ; quelque nombreux et intéressés que soient les explorateurs de cette mer, il s’y rencontrera toujours un lieu vierge, un antre inconnu, des fleurs, des perles, des monstres, quelque chose d’inouï, oublié par les plongeurs littéraires.

» Le père Goriot, de René Balzac

Tout comme une métaphore, une analogie affirme qu’il y a un lien entre deux choses différentes, cependant, une analogie implique qu’il ya réellement une différence entre ces deux choses, alors qu’une métaphore les traite comme étant les mêmes.

Le but principal d’une analogie est de faire ressortir le sens d’un concept ou d’une idée de telle sorte qu’il puisse être compris facilement. Les analogies sont efficaces pour donner aux personnes une compréhension visuelle de la logique que vous essayez de communiquer, qui se synchronise naturellement avec leurs modèles mentaux du monde. Pour ce faire, vous devez présenter une nouvelle idée en utilisant des concepts que les gens ont déjà connus ou connaissent. Cette relation aide les personnes à comprendre les concepts et les idées beaucoup plus efficacement et plus facilement.

Exemples d’analogie

  • Qu’est-ce qu’un général est à une armée, un PDG est à une entreprise.
  • Tout comme une épée est l’arme d’un guerrier, une plume est l’arme d’un écrivain.

 

Tenir compte de sa façon d’apprendre

Mais attention, les procédés mnémotechniques ne font pas tout. La connaissance de la façon d’apprendre de l’élève est centrale. Car ce qui convient pour les uns, ne conviendra pas pour les autres. La meilleure approche est celle du pragmatisme. Proposez un éventail d’outils mnémotechniques et laissez les élèves les tester et choisir ceux qui leur conviennent. 

Lorsque l’élève sélectionne le bon moyen mnémotechnique grâce à sa connaissance de sa façon d’apprendre (profil d’apprentissage, voilà ce que cela peut donner (voir la vidéo ci-dessous sur un exercice de mémorisation). 

Quels supports pour un apprentissage efficace ?

Quel est le meilleur support média pour la mémoire et donc pour un apprentissage efficace ? Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’image et la télévision ne sont pas d’aussi bons supports que cela. Et le fait de répéter à haute voix pour mémoriser un contenu (cours, textes de théâtre, liste de mots..) n’est pas une si mauvaise idée que cela.

 

2015_12_22_support_memoire

Les Texte et illustrations : de l’ours Ruppert à la carte de géographie

Dans notre expérience (7 portes), le manuel illustré ne donne pas de meilleurs résultats que le texte seul (lecture) probablement parce que beaucoup de documentaires étaient abstraits (par exemple, poussée d’Archimède). C’est là où la comparaison d’études est utile, car les documents et illustrations utilisées ne sont pas les mêmes.

Ainsi, dans la remarquable synthèse de 155 études réalisées par Howard Levie et Richard Lentz, de l’université d’Indiana, les illustrations sont efficaces seulement si elles sont pertinentes par rapport au texte. Dans toutes ces études, les documents sont variés allant de livres pour enfants (« L’Ours Rupert ») à des documents scolaires et les âges sont également variés, de 9 ans à l’âge du lycée (15-18 ans).

Les résultats montrent que dans la plupart des études les illustrations sont efficaces. Cependant il faut distinguer la relation entre l’illustration et le texte. Les illustrations sont efficaces si elles décrivent des informations du texte (+35% en moyenne). Si au contraire les illustrations sont purement esthétiques alors elles ne sont pas efficaces (+ 5%) par rapport au texte seul.

Prenons quelques exemples et quelques cas extrêmes.
En général, dans ces études il s’agit d’enfants et de textes concrets. Par exemple des dessins humoristiques genre cartoons n’apportent qu’un faible bénéfice (+11%) car seulement esthétiques alors que des schémas en biologie apportent un bénéfice de 28%. Le record de l’illustration est détenu par le schéma de montage de jouet qui donne une efficacité de 400% (c’est-à-dire une efficacité multipliée par 4) dans un montage réel (Stone et GIock, 1 981, cit. Levie et Lenz)… De fait, essayez de monter un vaisseau spatial en Lego sans la notice… !

En revanche, et ceci rejoint les études sur la lecture, les illustrations peuvent aider les enfants faibles lecteurs (+ 35% contre +19% pour les bons) et apportent une meilleure compréhension lorsque les textes sont ambigus (+ 55%). Enfin, les études montrent une meilleure efficacité à long terme de l’illustration. C’est remarquable dans l’étude de Peeck (1 974, cit. Levie et Lenz) avec des livres sur l’ours Ruppert chez des enfants de 9-10 ans : alors que le rappel immédiat de l’histoire ne permet qu’une efficacité négligeable de l’illustration (+10%), cette efficacité est de + 60% dans un rappel après un jour, et + 80% après un délai d’une semaine.

Les schémas, diagrammes, organigrammes…

« Un schéma vaut mieux qu’un long discours » ! Certaines illustrations sont simplifiées et codées, comme les cartes ou les diagrammes. L’utilisation de schémas, diagrammes, organigrammes, est un procédé très classique qui permet de visualiser une organisation (Lieury, 1997. 2005).

Sur les schémas et diagrammes « classiques », si je puis dire, les études réalisées indiquent des résultats variés. Les résultats sont généralement très bons pour les cartes. Ainsi dans un texte sur une tribu fictive d’Afrique, la carte légendée permet une efficacité de +60% (Dean et Kulhavy, 1981, cit. Levie et Lenz) et même jusqu’à 200% pour une carte avec des repères (Schwartz et Kulhavy, 1981, cit. Levie et Lenz).

Contrairement aux cartes dont le principe est de visualiser des relations spatiales, les schémas ou diagrammes permettent, par l’ajout de flèches et autres graphismes (bulles…) de visualiser des relations conceptuelles. Les résultats sont en général assez bons (+ 30% ) mais peuvent être désastreux s’il y a surcharge d’informations (Holliday, 1976, cit. Levie et Lenz ; Lieury, 1997).

2015_12_06_ecran_memoireLes sept portes de la mémoire

La coexistence entre deux grands types de représentations en mémoire, le verbal ou l’imagé et de trois possibilités principales de présentation, le visuel, l’auditif et l’audiovisuel pour les mots (mot lu et mot entendu) aboutit à 7 combinaisons de présentation de l’information dans l’enseignement et la vie courante Dans une recherche réalisée au collège (sur près de cent élèves), nous avons voulu comparer l’efficacité de ces différents médias à partir de documentaires télévisés extraits de E = M6 (par exemple, la poussée d’Archimède ou l’audition). La mémorisation a été mesurée par un questionnaire à choix multiples.

Les résultats indiquent que les modes les plus efficaces sont la lecture d’un texte simple et la lecture d’un manuel (dont les scores sont statistiquement équivalents).

Efficacité des 7 présentations d’un documentaire

Dans cette expérience (et dans d’autres) la lecture reste, malgré l’évolution technique ou esthétique de certains médias, la reine des médias.

Lu lecture… livre, manuel, tableau, écran…

La lecture, qu’elle ait pour média le livre courant (sans illustration) ou le manuel (illustré), est la plus efficace dans cette expérience, comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres. Pourquoi l’audio (oral) et l’image (télévision) sont si peu efficaces ?

Lecture contre écoute

Souvent, on entend dire : « Moi, j’ai une meilleure mémoire visuelle car j’apprends mieux en lisant… » En fait, ce n’est pas une particularité personnelle, c’est le cas général, que l’on retrouve bien dans l’étude précédente et dans d’autres (Furnham et coll, 1 988). Mais pourquoi donc, puisque notre mémoire iconique est éphémère ? C’est qu’au niveau de la lecture de phrases, de textes ou même de documents entiers, la mémorisation fait intervenir des niveaux supérieurs, la mémoire lexicale et la mémoire sémantique. À ce niveau, l’apprentissage est meilleur mais à une condition, c’est que la vitesse de lecture soit libre.

Lorsque le défilement des mots sur un écran est imposé à la même vitesse que l’audio, alors les mots présentés visuellement ou auditivement sont rappelés de façon équivalente (Lieury et Choukroun, 1985). Mais lorsque la lecture est libre (relecture et retours en arrière possibles) alors, la lecture est supérieure à l’écoute. Dès lors, si l’on reprend les résultats de l’expérience « 7 portes », on trouve du point de vue de l’efficacité, en seconde position, l’audiovisuel (mots écrits au tableau ou sous-titres) et en queue de peloton, l’auditif (cours oral ou télévision).

Deux mécanismes sont en cause dont le premier concerne la supériorité de l’audiovisuel sur l’audio. En effet, l’audio suffit seul pour les mots familiers (« abeille ») mais lorsque le mot est peu familier ou inconnu, comme « Hatchepsout » ou « ornithorynque », il faut bien une présentation visuelle pour mémoriser l’orthographe. Le second mécanisme concerne la supériorité du visuel seul (livre et manuel illustré). C’est étonnant à première vue car on penserait volontiers que l’audiovisuel devrait être supérieur au visuel seul puisqu’il cumule les avantages du visuel et de l’audio.

Mais non, car si l’audiovisuel cumule les points positifs il additionne aussi les points négatifs, notamment l’impossibilité de revenir en arrière dans la présentation audio (cours oral ou télévision). Or lorsque l’information est complexe, il faut revenir en arrière pour mémoriser, un seul passage ne suffit pas. Ces retours en arrière ou pauses sont faits automatiquement dans la lecture et les enregistrements par caméra montrent que les saccades oculaires font de nombreux retours en arrière pour les mots complexes ou un texte difficile à comprendre.

La lecture, loin d’être un média dépassé, est un mode autorégulé de prise d’information et qui permet en outre de percevoir l’orthographe et de mieux constituer la fiche lexicale du mot.

Qu’est-ce que la mémoire imagée ? Comment fonctionne t-elle ?

Depuis l’observation de Simonide au Ve siècle avant notre ère, il semblait établi que la mémoire des images était supérieure à la mémoire des mots.

Pourtant l’intérêt pour les images a diminué après Descartes et dans certaines théories qui privilégiaient les mots et les associations verbales. Cependant, avec l’ essor des m2016_08_29_memoire_imageeoyens de communication de image, cinéma, bandes dessinées et surtout la télévision, la recherche fondamentale sur l’image s’est développée, sous l’impulsion de chercheurs comme Allan Paivio au Canada, Gordon Bower aux USA, et, en France, Paul Fraisse, Michel Denis et moi-même.

Et c’était tout simple à démontrer mais il fallait une indépendance d’esprit pour s’intéresser aux images alors que les théories dominantes ne s’intéressaient qu’aux mots et aux associations verbales. De même en France, au pays de Descartes, les bandes dessinées étaient vues jusqu’aux années soixante comme de la sous-littérature réservée à ceux qui n’aimaient pas lire.

Et pourtant, une expérience simple (que Descartes aurait pu faire avec des dessins) consiste à comparer la mémorisation d’une liste de mots familiers (bateau, abeille, horloge…) à celle d’une liste d’images (ou dessins) des mêmes concepts (le dessin d’un bateau, d’une abeille, etc.). Allan Paivio a réalisé le premier ce genre d’expériences. Dans une expérience que j’ai faite plus tardivement, le rappel immédiat des mots est de 43 alors que 57 des images sont rappelées en moyenne pour 210 lycéens.

Dans un test de reconnaissance où il faut reconnaître les bons mots ou les bonnes images parmi des pièges, les mots sont reconnus avec un taux de 70 contre près de 90 pour les images.

Par ailleurs, la capacité de la mémoire imagée semble considérable. À New York, Standing, Conezio et Haber (1970) ont présenté jusqu’à 2 500 photos (il a fallu 4 jours) à des étudiants qui, dans un test de reconnaissance portant sur 280 photos, en ont reconnu 90 , ce qui donne à peu près 2 ooo photos stockées en mémoire. Le poète Simonide avait raison contre le savant Descartes.

Faut-il répéter (à voix basse ou à voix haute) pour bien mémoriser ?

S’il existe une mémoire lexicale d’entrée, d’autres expériences indiquent qu’il existe un autre système pour la sortie, à l’instar de l’imprimante pour l’ordinateur, c’est le système lexical de sortie ou vocalisation. Dans le cerveau, ce centre correspond à la partie frontale inférieure gauche, qui programme les muscles du larynx et de la bouche. En cas de lésions, les patients ne peuvent plus parler, c’est l’aphasie.

Quand nous avons l’impression d’entendre « auditivement » dans notre tête, c’est de notre propre parole dont il s’agit ; ainsi, les mots sont réinjectés dans notre mémoire lexicale. Le rôle de la vocalisation a initialement été étudié par la Canadienne Betty Ann Levy entre autres pour savoir si la lecture silencieuse était efficace.

En effet, contrairement à l’intuition, la lecture normale s’accompagne automatiquement d’une vocalisation, à voix basse chez l’enfant et intériorisée chez l’adulte ; appelée dans ce cas subvocalisation, dont l’adulte n’est pas conscient mais qui peut être enregistrée par l’activité électrique des muscles du larynx. Cette subvocalisation (ou lecture à voix basse chez l’enfant) est-elle nécessaire ou est-ce une habitude que l’on peut supprimer ?

Une manière aisée de supprimer cette subvocalisation est d’obliger le participant à vocaliser autre chose pendant la mémorisation : répéter des chiffres ou répéter « lalalalala… ». En fait, ce qu’on dit importe peu, c’est d’occuper le système vocal qui est important. Les expériences ont montré que la suppression de la vocalisation provoquait une baisse de mémoire, d’environ 40 à 60 . La vocalisation, ou subvocalisation, est donc nécessaire pour l’apprentissage. Généralement, la subvocalisation est répétitive, on l’appelle alors « autorépétition » ou boucle articulatoire (Baddeley), ou boîte à écho.

Bien que ce processus de la mémoire paraisse élémentaire et ressemble à une mémoire de perroquet, il ne faudrait pas le négliger car il permet d’autorépéter les informations (numéro de téléphone, nom propre, etc.) et de mieux les enregistrer comme l’a montré le chercheur anglais, Alan Baddeley. La vocalisation et l’autorépétition permettent aussi de servir de mémoire auxiliaire dans le calcul mental, ou pour mieux comprendre des longues phrases.

 

Dossier réalisé par  Patrick de Sainte Lorette et Jo Marzé auteurs du livre :« Tester et développer sa mémoire » Edition Eyrolles, Alain LIEURY  Professeur émérite de psychologie cognitive à l’université Rennes 2 et Jean-François MICHEL (Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » aux Éditions Eyrolles 2005, 2013 et 2019)

 

[1] « Adieu les fiches : en 2019, le bac se révise sur YouTube et Instagram » Numera 27 mai 2019 

4 Comments

  1. Pingback: Pédagogie | Pearltrees

  2. Merci Patrick pour cet article. Le sujet me tient à cœur et toutes les astuces présentées sont des outils du quotidien pour se souvenir. Pour ma part, je pense aussi que les analogies et métaphores sont également très utiles pour retenir mais aussi faire comprendre et faire apprendre.
    Bonne journée,
    Christelle

  3. Bonjour , merci pour cet article qui recentre rapidement les bénéfices de la mnémotechnie et ses limites !
    il est vrai que presque tout est basé sur le principe d’associations .D’où l’importance d’entraîner son cerveau à cela .C’est le sujet de mon dernier article d’ailleurs ! ( developer ses facultés mentales )
    Les grands esprits se rencontrent 😉 !

    • Merci pour votre message. Oui effectivement il y a beaucoup de choses avec les moyens mnémotechniques qui sont basées sur le principe de l’association.
      En fait le problème, si je prends une métaphore analogique, ce n’est pas tant la capacité à avoir une grosse bibliothèque mais de savoir accéder aux différents ouvrages de cette même bibliothèque. Les moyens mnémotechniques ne sont qu’un véhicule qui facilite l’accès à cette information.

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