Si vous êtes dans l’éducation (enseignant, éducateur, formateur …) comment faire en sorte que vos élèves respectent les règles et vous respectent sans être obligé d’être agressif ou perdre votre énergie ?

Si vous êtes parents comment faire obéir votre enfant ou vos enfants en douceur sans être obligé d’élever la voix ou de jouer le jeu de la récompense / punition ?

Cet article se place dans un contexte d’éducation.

Voici les 2 erreurs les plus courantes (dans 90% des cas).

 

Article et texte écrits par Jean-François MICHEL Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Éditions Eyrolles 2005, 2013 et 2019

—- Voici la version vidéo —

Erreur N°1 : perdre ses nerfs

La première erreur est de crier et / ou menacer. Bref, vous perdez vos nerfs.

Cette attitude est due souvent à un vieux schéma : croire que crier, d’élever la voix c’est envoyer du « lourd » et donc que l’autre aura compris.

Quand vous êtes une figure d’autorité (par exemple parent, enseignant…), vous croyez que c’est une façon de s’affirmer.

En réalité, vous montrez votre faiblesse. Vous essayez de compenser une perte d’autorité.

 Et à la moindre faille, les limites seront transgressées.

 

Erreur n°2 l’absence de réaction

 

La deuxième erreur, certainement la plus courante est de ne pas réagir, ou de réagir tièdement.  Le pire serait de réagir avec inconstance.

Vous ne mettez pas vraiment de limite.

Les raisons sont multiples, comme :

  • la peur du conflit
  • la peur de déplaire
  • la peur d’avoir une mauvaise image

Vous croyez à tort que les choses vont s’arranger. Le plus souvent pour avoir la paix!

Au contraire, elles vont s’aggraver.

Vous ne savez pas vraiment dire « non ».

Pour vous faire respecter :

Vous devez réagir et mettre des limites claires, sans agressivité, sans vous emporter.

Vous serez d’autant plus respecté(e), que la limite est perçue comme juste par l’autre.

Une fois ça dit, c’est bien joli, mais comment faire concrètement ? La plupart du temps vous vous trouvez dans la 2ème erreur.

 

Apprendre à dire « non » !

 

Apprendre à dire « non » ! Belle lapalissade me direz-vous.

Même si vous savez qu’il faut dire non, vous aurez du mal à le faire.

Pourquoi ?

Parce que c’est un processus inconscient ! Ce n’est pas parce que vous avez conscience d’une chose que vous la faites.

Savez-vous qu’il est normal d’avoir des difficultés de dire « non ».

Pourquoi ?

Car  « nous avons un besoin instinctif de connexion avec d’autres personnes – c’est essentiel à notre survie. Nous craignons que dire non ne rompe ces liens », déclare Vanessa Bohns, Ph.D., professeur de comportement organisationnel à l’Université Cornell.

Vanessa Bohns, a réalisé l’expérience suivante :

À des personnes habituées à se rendre à une bibliothèque un chercheur (sous couvert d’être un simple visiteur) a demandé aux visiteurs de dégrader un livre en écrivant le mot cornichon au crayon.

Même s’ils ont réagi, quand même,  plus de la moitié se sont conformés parce que dire non à une autre personne était si difficile» [1]

Et les femmes semblent avoir plus de mal à dire non. 

« Nous sommes socialisés pour nous sentir responsables des sentiments et du bien-être de ceux qui nous entourent »

Julie de Azevedo Hanks, Ph.D., travailleuse sociale clinique agréée à Salt Lake City  [2]

 

Acceptez de ne pas savoir dire « non ».

 

Comment apprendre à dire « non » ?

L’erreur courante est de vouloir changer, ou pire de se révolter contre soi-même et de se dire « non ! ça suffit ! »

En faisant cela, vous renforcez votre blocage.

La solution ?

N’y résistez pas. Acceptez ! Oui ! Vous lisez bien : acceptez.

Je sais c’est contre-intuitif !

Mais sachez que tout ce à quoi vous résistez persiste.

On ne transforme que ce que l’on accepte !

Pour la célèbre comportementaliste Marsha Linehan.

« L’acceptation radicale signifie accepter pleinement notre réalité et abandonner l’amertume. »

Lorsque vous acceptez radicalement quelque chose, vous reconnaissez que combattre la réalité ne fait qu’accroître la souffrance

« L’acceptation commence par percevoir la réalité telle qu’elle est actuellement: ce que sont les gens plutôt que ce que vous voulez qu’ils soient, des situations que vous ne pouvez pas contrôler. Reconnaissez ce qui est présent et ce qui est, mais sachez que ce n’est pas nécessairement fini. » [3]

Comment faire pour accepter ?

Steve Taylor, docteur en psychologie de l’université Leeds Beckett propose  quatre étapes de l’acceptation [4]

 

Étape 1 – Prenez conscience de vos sentiments négatifs et des pensées qui les accompagnent. Essayez de les verbaliser – si la situation le permet, notez-les.

Étape 2 – Accordez votre attention à la réalité de votre situation. Soyez conscient de vos sentiments et de votre environnement.

Étape 3 – Remplacez vos pensées négatives par des pensées positives conscientes. Demandez-vous «Qu’est-ce qui ne va vraiment pas dans cette situation ? »

Étape 4 – S’il reste une résistance, lâchez-la. Ne repoussez pas mentalement la situation, accueillez-la. Embrassez la situation.

 

Attention ! Accepter ne veut pas dire se résigner, d’être passif.

 

Pour résumer, c’est :

a/ C’est reconnaître son blocage, sa caractéristique sans aucune culpabilité envers soi-même, ou de reproche.

b/ Agir en sortant de sa zone de confort.

 

Marcia Linehan, (créatrice de la thérapie comportementale dialectique (TCD),) suggère de s’exercer à dire «non» dans de petites situations sans importance, comme ne pas acheter quelque chose dans une pharmacie. [5] [6]

Votre cerveau ensuite prendra l’habitude. Il vous sera ensuite plus facile de dire « non ».

 

Communiquez immédiatement

Vous pouvez vivre des moments où les limites sont bien fixées, normées, et pourtant elles seront franchies

Alors, agissez, ne laissez pas passer.

N’attendez pas. Après il sera trop tard.

C’est ce que rappellent « Kenneth Blanchard et Spencer Johnson » les auteurs du best-seller « le manager minute ». [7]

Mais comment réagir ? Que dire ? N’y a-t-il pas le risque de créer un conflit ? C’est souvent ce qui est redouté.

 

Utilisez la force du « pourquoi »

 

Prenez l’habitude d’utiliser une question toute simple :

Pourquoi  faites-vous cela ?

Voici 2 cas pratiques.

Un professeur à un élève : « Vous savez que le téléphone portable est interdit en classe. Pourquoi le prenez-vous ? »

Un parent à son enfant : « On avait dit qu’à 20h00 il n’y avait plus d’écran, alors pourquoi tu es encore sur ton téléphone ? »

Cette question est puissante, car vous amenez la personne à se justifier.

Mais le plus important n’est pas là.

Par le seul fait de réagir, le langage non verbal montre que vous vous faites respecter.

Vous montrez vos limites.

Pour rappel, le langage est à environ 80% non verbal et 20 % verbal. Le « comment vous le dites » est plus important que le contenu.

Un principe important  : ne cherchez pas à avoir raison. Le but est de simplement montrer que vous réagissez. C’est tout.

Mais ne laissez pas passer.

 

Utilisez la communication non violente

 

Vous pouvez utiliser la structure de la communication non violente.

Voici une structure de phrase que vous pouvez utiliser, c’est très efficace 

Je comprends que …X. , mais j’ai besoin que…

Ma fille, je comprends que le film que tu regardes sur ton téléphone puisse être passionnant, mais nous avions dit qu’à partir de 20h00, plus d’écrans.

Je vois que vous faites …X… mais je vous demande …

Je vois que vous êtes occupé avec votre téléphone portable, mais vous savez que leur usage est interdit en cours. Je vous demande donc de l’éteindre.

Je vous renvoie aux vidéos et articles suivants :

Comment gérer les conflits : le pouvoir des questions

Comment instaurer son autorité

 

Être cohérent avec ses actions

 

Pour que les autres respectent vos règles et vous respectent, soyez l’exemple même.

Lorsque j’étais enseignant, je me souviens que des collègues se plaignaient du retard des élèves. Et pourtant, eux-mêmes pouvaient arriver en cours 5 min à 10 min en retard.

Dans leurs exigences d’être à l’heure, ils n’étaient plus crédibles du tout.

Si vous êtes parents, si vous demandez qu’à table personne ne consulte son téléphone, que se passe-t-il lorsque vous recevez un appel téléphonique ? Décrochez-vous ?

 

Compréhension de l’autre

 

Se faire respecter n’implique pas seulement d’agir, mais d’analyser la situation.

Très souvent on croit à un manque de respect alors que ce n’est pas du tout le cas. Votre cerveau vous trompe. Comment ? À cause des biais cognitifs.

On va y venir.

Attention ! La compréhension cela ne veut pas dire excuser ou renoncer.

Cette attitude de compréhension et d’analyse permet de ne pas être dans un état de peur ou d’anxiété. Vous réagissez calmement. Vous êtes dans un bon état d’esprit pour pouvoir agir sereinement et efficacement.

Quand vous réagissez, vous mettez le curseur au bon endroit !

Car très souvent l’autre ne vous manque pas de respect, il ne connaît pas vos limites, donc forcément à un moment il peut être amené à les dépasser.

L’autre ne dit pas « tiens j’ai envie de manquer de respect ». Cela se produit uniquement lorsque l’autre s’est senti auparavant blessé par vous ou a senti un manque de respect de votre part.

C’est une réponse du berger à la bergère. Une question d’ego.

Ce n’est pas un manque de respect. C’est un malentendu.

On est victime du biais de projection. Qu’est-ce que c’est ? Si vous me suivez, j’en parle souvent.

C’est la tendance à supposer avec confiance que les autres partagent notre mode de pensée, nos attitudes et nos croyances sont connues sous le nom de biais de projection.

Cela ramène aussi au biais du faux consensus.

C’est la tendance à surestimer combien d’autres gens nous ressemblent et partagent nos avis, croyances, préférences, valeurs et habitudes et, en conséquence, pensent de la même façon que nous.

Nous avons une naturelle tendance égocentrique à anticiper le comportement des autres à partir de notre propre comportement. Ce biais cognitif nous incite à percevoir un consensus qui n’existe pas : un « faux consensus ».

Imaginez, vous êtes dans une salle d’attente remplie. Vous quittez pour 2 minutes votre place. À votre rapide retour, une personne l’a occupée.

Qu’allez-vous en déduire ? Sur l’instant, votre cerveau risque de vous dire : « il l’a fait exprès pour m’embêter. »

Alors qu’en réalité, la personne vous a vu partir et a cru que vous libériez la place volontairement.

Il s’agit d’un malentendu. Mais vous n’aurez pas forcément cette interprétation.

C’est de croire qu’évidemment regarder son téléphone portable en cours est un manque de respect. Pour un enseignant c’est une évidence, et il va croire que les élèves partagent cette opinion.

Alors que non. Il s’agit souvent d’un réflexe compulsif. Les écrans sont devenus addictifs. Pour certain, il est difficile de tenir 1h00, 2h00 sans consulter une notification.

Chacun est différent. Chacun a des contextes différents. Ce n’est pas une excuse. 

Ce n’est pas contre vous.

Un autre exemple classique d’erreur et de malentendu et la façon dont les adultes coïncidèrent et perçoivent les adolescents.  

Pourquoi ?

Chez l’adolescent, le cerveau est en formation. Il y a des choses qu’ils ne comprennent pas, car des connexions neuronales ne sont pas encore faites. Certaines cellules peuvent l’appeler à la violence d’autre à faire preuve d’empathie.

Généralement, ils ne comprennent pas leurs émotions.

« Les scientifiques ont identifié une région spécifique du cerveau appelée l’amygdale qui est responsable de réactions immédiates, y compris la peur et les comportements agressifs. Cette région se développe tôt. Cependant, le cortex frontal , la zone du cerveau qui contrôle le raisonnement et nous aide à réfléchir avant d’agir, se développe plus tard. Cette partie du cerveau est encore en train de changer et de mûrir jusqu’à l’âge adulte. » [8]

Enfin pour construire leur personnalité les enfants ont besoin de tester. [9]

Donc quand un enfant, un adolescent passe votre limite que vous estimez du non-respect, l’action n’est pas contre vous.

Par contre vous aurez le devoir de réagir en lui communiquant vos limites.

 

Évitez de mettre un trop grand nombre de règles

 

Quand vous voulez faire respecter des règles, le piège est d’en mettre trop et de vouloir toutes les faire respecter.

Vous allez vous épuiser, et vous serez tenté à un moment de laisser-faire, car vous n’aurez plus d’énergie.

La solution : hiérarchisez vos règles. Faites le tri entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas.

Mieux vaut faire respecter une ou deux règles qui vous semblent importantes, et de lâcher sur le reste.

Comment hiérarchiser ?

Adaptez selon la compréhension du contexte.

Voici un exemple simple.

Dans ma carrière d’enseignant, j’avais des élèves en bac pro commerce. J’avais une seule exigence : que ceux qui ne souhaitent pas travailler ne dérangent pas les autres.

J’étais très cohérent et consistant dans le respect de cette règle.

En école de commerce, j’avais plus d’exigences avec mes élèves : être ponctuel, silence en cours, pas de téléphone portable.

Un élève de bac pro n’a pas le même esprit et la même culture ni les mêmes objectifs qu’un élève d’école de commerce.

 

Sources et références

 

 [1] Vanessa K. Bohns ; M. Mahdi Roghanizad, Amy Z. Xu « Underestimating Our Influence Over Others’ Unethical Behavior and Decisions » Personality and Social Psychology Bulletin Déc 2013 https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0146167213511825

https://doi.org/10.1177/0146167213511825

[2] Julie de Azevedo Hanks, Ph.D., travailleuse sociale clinique agréée à Salt Lake City et auteure de The Assertiveness Guide for Women .

https://www.realsimple.com/magazine-more/inside-magazine/life-lessons/learn-to-say-no

 

[3] Pamela S. Willsey LICSW, BCD, PCC « The Powerful Practice of Accepting Reality. Accept your reality and reduce your suffering. »  https://www.psychologytoday.com/us/blog/packing-success/202011/the-powerful-practice-accepting-reality

[4] Steve Taylor Ph.D. How Acceptance Can Transform Your Life – The Four Stages of Acceptance Août 2015-  https://www.psychologytoday.com/us/blog/out-the-darkness/201508/how-acceptance-can-transform-your-life

Steve Taylor  – https://en.wikipedia.org/wiki/Steve_Taylor_(author)

[5] Preston Ni M.S.B.A. – « Are You Too Nice? 7 Ways to Gain Appreciation & Respect » Septembre 2013 – https://www.psychologytoday.com/us/blog/communication-success/201309/are-you-too-nice-7-ways-gain-appreciation-respect

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Marsha_Linehan

[7] Ken Blanchard et Spencer Johnson  – « Le manager minute » https://www.amazon.fr/manager-minute-Ken-Blanchard/dp/2708137778

[8] Teen Brain: Behavior, Problem Solving, and Decision Making – No. 95; September 2016 – https://www.aacap.org/AACAP/Families_and_Youth/Facts_for_Families/FFF-Guide/The-Teen-Brain-Behavior-Problem-Solving-and-Decision-Making-095.aspx

[9] Alison Escalante M.D. – « Why Do Kids Act Up? According to neuroscience, our children are like puppies » Septembre 2019. – https://www.psychologytoday.com/us/blog/shouldstorm/201909/why-do-kids-act

 

 

 

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