Comment « apprendre à apprendre »  ? Bien évidemment, vous pouvez avoir une idée et vous comprenez le français.

Derrière cette notion « d’apprendre à apprendre », il y a bien plus. C’est même le centre de tout, c’est ce qui fait la différence entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent. Oui ! Vous lisez bien. C’est ce que j’ai pu constater en 25 ans d’enseignement et de formation en entreprise.

Malheureusement il y a de nombreuses confusions et erreurs qui sont faites.

Alors, cela vaut la peine de développer un peu cette idée d’apprendre à apprendre,  afin de porter un autre point de regard.

Plutôt que de donner une définition et de me lancer dans une tentative d’explication qui vous semblera hermétique et stérile, commençons par  une petite histoire… vraie.

Par Jean-François MICHEL ( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 et 2019 )

 

Louis, jeune homme de 14 ans qui n’aimait pas l’école

 

Connaissez-vous, l’histoire de Louis ? Louis sèche régulièrement l’école. D’ailleurs, il n’aime rien : le français pour lui c’est inutile, les maths encore plus. Ses parents s’inquiètent. Comment pourrait-il en être autrement. Ils s’interrogent : « Que va devenir le dernier de la famille ? » Il y a quand même l’ainé qui a fait de brillantes études en école d’ingénieurs et représente une fierté familiale. Louis souffre-t-il de la comparaison ? Il s’en fiche. Il veut travailler et le plus vite possible. Il aime la mécanique et s’amuse à réparer tout ce qu’il trouve. Âgé de 14 ans, il installe un atelier au fond du jardin de la résidence secondaire familiale. Plutôt que d’aller à l’école, il préfère passer ses journées dans un atelier mécanique en Montmartre où il s’improvise stagiaire. Une fois libéré d’une scolarité désastreuse (et encore c’est un euphémisme), il ira travailler comme ouvrier apprenti dans les ateliers Serpollet.

Si vous lisez l’histoire de ce garçon plutôt timide, têtu, avec le prisme selon laquelle on apprend tous de la même façon (qu’il y a une notion d’aptitude pour ne pas dire d’intelligence), Louis n’a pour tout avenir que celui d’un ouvrier, tout au plus passionné par son métier. Au mieux arrivera-t-il un jour à devenir chef d’atelier. On est loin d’un Albert Einstein.

La réalité est bien différente, puisque Louis deviendra un des grands capitaines de l’industrie française. Rien que ça ! Les voitures Renault, vous connaissez . C’est lui. Il a déposé son premier brevet à 22 ans et en déposera plus de 500 ! Boîte de vitesse, amortisseur… C’est encore lui ! Cela veut dire que Louis Renault savait apprendre et même plutôt bien, dans un monde où en 1908 il n’y avait pas les facilités de communication actuelles : pas d’internet, de YouTube pour consulter des tutos, pas de groupe Facebook. Et je ne parle pas du téléphone portable. À l’époque, créer son entreprise c’était un vrai chemin de croix : zéro aide, des obstacles à gogo. Il a dû tout apprendre : la gestion, la comptabilité, le management, le français (pour, au minimum, savoir écrire…).

Que s’est-il donc passé ?

Simplement, l’école n’était pas, pour Louis Renault, un contexte pour apprendre. Car pour apprendre il avait besoin d’un terrain d’apprentissage différent. Car de toute évidence il était différent. Sa grande force est de l’avoir su tôt. Il a évité le piège dû : « je n’arrive pas à apprendre, donc je suis nul ». Croyance adoptée par beaucoup de jeunes en difficulté à l’école.

Attention : cela ne veut pas dire que l’école est inutile, loin de là. Cette histoire montre deux choses

1/ Chacun à sa façon propre façon d’apprendre

Pour le Dr Oakley (docteur en sciences de l’éducation à l’université d’Oakland (Michigan) ) [1]

« Il est nécessaire de comprendre que chacun d’entre nous apprend de différentes manières. Ceux qui ont un «cerveau de voiture de course» obtiennent des informations; ceux qui ont le « cerveau du randonneur » mettent plus de temps à assimiler l’information, mais, comme un randonneur, perçoivent plus de détails en cours de route. Reconnaître les avantages et les inconvénients, dit-elle, est la première étape pour apprendre à aborder un sujet inconnu. »

Dr Mel Levine professeur de pédiatrie à l’école de médecine de l’Université de la Caroline du Nord et directeur du Clinical Center for the Study of Development and Learning (Centre clinique d’étude du développement et de l’apprentissage) de cette même université [2]

« Personne n’apprend de la même Façon. Et cela crée des problèmes pour bien des élèves, parce que la plupart des écoles s’accrochent encore à une philosophie de l’éducation prônant une même méthode pour tous. En conséquence, ces élèves ont des difficultés, car leurs mécanismes d’apprentissage ne cadrent pas avec les méthodes scolaires. »

2/ L’école est un très bon terrain d’apprentissage pour certains et beaucoup moins, voire pas du tout, pour d’autres

Le parcours atypique de Louis Renault n’est pas un cas si rare.  Connaissez-vous le célèbre milliardaire, Richard Branson fondateur et PDG de Virgin ? Il a quitté l’école à 16 ans. Luc Besson n’a jamais fait d’école de cinéma. Et, que dire de Steve Jobs qui n’a fait aucune étude supérieure et encore moins d’école de commerce pour apprendre les affaires, le marketing. On pourrait encore citer tous ceux qui sont moins ou pas célèbres et qui ont connu des parcours identiques. Cela commence à faire du monde.

Alors l’école ne serait-elle pas inadaptée, voire complètement inutile pour ces jeunes-là ?

Le raccourci est tentant et il est souvent vite fait. Tirer sur l’école ou sur le système éducatif est devenu légion, presque une mode. On ne compte plus les vidéos YouTube, les articles ou même les livres qui vont dans ce sens.

Alors voici une simple question :

Si vous enleviez l’école, que mettriez-vous à la place ? L’école nous apprend à écrire, à compter, la culture générale. La question centrale est de savoir « apprendre à apprendre » et Louis Renault savait apprendre à apprendre, tout comme Richard Branson, Luc Besson et tous autres.

L’école sera amenée à changer

Le problème est que l’école (pas seulement française), quel que soit le niveau (collège, lycée, études supérieures) n’invite pas ou pas assez ses élèves à apprendre à appendre.

D’autant plus vrai aujourd’hui que l’on trouve beaucoup de cours sur le net. YouTube est en passe de devenir la plus grande école du monde.

Si vous souhaitez apprendre la cuisine, vous cherchez à apprendre une recette. Où vous allez d’abord aller ? Une école de cuisine ? Acheter un livre ? Vous allez probablement aller sur YouTube pour chercher une vidéo qui vous intéresse sur le sujet.

Que vont faire les élèves qui veulent comprendre des cours de mathématiques trop hermétiques à leur goût ? Ils vont se tourner sur internet, de préférence sur YouTube à la recherche de vidéos de qualité qui sont très pédagogiques

Avec la connaissance disponible et accessible facilement et instantanément, le métier d’enseignant est amené à changer. Il aura plus de sens à l’axer sur  « apprendre à apprendre ». D’autant plus, avec l’arrivée de l’intelligence artificielle.

Le Dr.Oakley d’ailleurs s’étonne : « Nous avons des clubs d’échecs, nous n’avons pas de club pour apprendre. Je pense que d’apprendre aux enfants d’apprendre à apprendre est la plus grande chose qu’il soit possible de faire. » [1]

Alors, concrètement qu’est-ce qu’« apprendre à apprendre » ? Comme cette idée d’apprendre à apprendre est mal comprise, pour commencer, voici des erreurs à éviter dont certaines peuvent être destructrices.

Erreur n°1. Confondre les nouvelles méthodes pédagogiques  et apprendre à apprendre

Pourquoi cette confusion est gênante, voire dangereuse ?

Via le biais de projection (ici en schématisant c’est le « Ce qui est bon pour moi c’est aussi bon pour les autres »)  beaucoup d’enseignants et de formateurs, dans une démarche d’apprendre à apprendre, ont tendance à imposer leur méthode, car elle fonctionne pour eux. Et ils sont souvent confortés dans leur certitude par le retour positif de 1 ou 2  élèves tests. Et pour les apprenants, pour élèves qui sont différents, pour qui la méthode fonctionne moins, voire pas du tout ? Cela peut être désastreux.

Pourquoi ? Imaginez l’élève en difficulté qui adopte une méthode qui n’est pas adaptée pour lui. Que va-t-il voir autour de lui ? Des camarades pour qui la méthode fonctionne. C’est là qu’il va y voir la preuve irréfutable qu’il est vraiment nul. Pas facile de se manifester à cause de la comparaison et de l’effet de groupe (ou la preuve sociale ). [4]

C’est comme cela qu’il se tait et fait semblant et se massacre un peu plus. Alors le diagnostic est sans appel : élève non motivé ou pire immature.

La bonne démarche : connaître sa façon d’apprendre et ensuite choisir sa méthode pédagogique quitte à adopter des ajustements.

Apprendre à apprendre c’est choisir et si c’est nécessaire adapter des méthodes pédagogiques adaptées à sa façon d’apprendre. L’approche empirique est certainement la meilleure : proposer aux élèves plusieurs outils. Chacun les teste et choisit ce qui fonctionne pour soi.

Et bien entendu, ce n’est pas parce que vous avez du mal à mémoriser que vous ne savez pas apprendre.

Erreur n°2 Une utilisation mécanique des méthodes pédagogiques

Souvenez-vous : chacun apprend différemment. Ce n’est pas parce qu’une chose fonctionnera pour quelqu’un qu’elle fonctionnera pour vous. Mais quand on cherche des astuces, des méthodes pour apprendre plus vite et mieux que fait-on par réflexe ? On va voir ce qui fonctionne chez les autres. C’est humain et normal. Mais fonctionnent-elles vraiment pour nous ? Se poser la question, explorer, tester devient nécessaire.

Le problème, c’est que ce travail de quasi-introspection » peut être long, pénible. Notre cerveau aime ce qui est simple, facile. Il est programmé ainsi. Alors tout naturellement, la tendance est de croire que ce qui fonctionne pour les autres fonctionne pour nous-mêmes. Quitte même à s’en persuader surtout ceux qui sont en référence externe (le fait d’être convaincu par les avis extérieurs). Ceci étant renforcé par notre manque de connaissance de soi, de sa façon de fonctionner, sa façon d’apprendre. Les raccourcis sont alors vite faits.Voilà comment il est possible d’adopter des méthodes d’apprentissage inadéquates.

Erreur n° 3 Apprendre c’est mémoriser

La mémorisation fait, certes, partie de l’apprentissage. On ne peut pas apprendre sans mémoriser un certain nombre de savoirs. La mémoire fonctionne comme une bibliothèque : on se souvient de ce qui existe déjà. Mais ce n’est pas parce que vous savez que vous avez mémorisé que vous avez appris.

OK ! J’imagine que c’est un peu confus dans votre esprit. Voici un exemple concret: combien d’élèves connaissent les formules mathématiques par cœur avant un devoir écrit ? 80% voire 90 %.  Et parmi eux, combien savent correctement appliquer et utiliser dans les exercices ces formules mémorisées? Toujours  80% ?! Cette confusion est un piège dans lequel tombent beaucoup d’élèves : ils apprennent leur cours par cœur, et s’étonnent ensuite de ne pas savoir faire l’exercice.

Erreur n°4 Mémoire visuelle, mémoire auditive

Les scientifiques, pour ne pas dire les neurosciences, ont démontré que la mémoire visuelle ne dure que 1/4 de seconde. Il n’existe pas plus de mémoire auditive . Pour ce sujet, je vous renvoie au site du grand spécialiste français de la mémoire, Alain Lieury

« Beaucoup de gens pensent à tort qu’il existerait une mémoire visuelle, auditive ou olfactive. En réalité, nous savons que les mémoires sensorielles sont éphémères. La mémoire sensorielle visuelle ne dure qu’un quart de seconde. L’impression de « voir » la page d’un livre vient d’une autre mémoire, la mémoire imagée. » [5]

Erreur n°5 Croire en l’efficacité du « brain gym »

Plus vous exercez votre cerveau, plus il est sollicité et plus vous développez les connexions neuronales. C’est ainsi que le développement des capacités cognitives, de raisonnement et de mémorisation se développe. C’est sur ce constat que la notion de « brain gym » (ou gym cerveau) s’est développée : faire des exercices de lecture, des jeux pour développer ses capacités cérébrales. Vous vous souvenez probablement dans les années 2010 la publicité de la société de jeux Nientendo qui a développé des applications (en collaboration avec le docteur Kawaschima) pour développer son cerveau.

Toujours Alain Lieury avec Sonia Lorant-Royer, on montré que les gains du brain gym étaient faibles. Pour être plus direct, dans leur étude, cela ne fonctionnait pas.

Erreur n°6 Êtes-vous cerveau droit ou cerveau gauche ?

Êtes-vous plutôt cerveau droit ou cerveau gauche ? Peut-être avez-vous déjà cette interrogation un jour. Si vous êtes plutôt créatif, si vous êtes dans le ressenti, vous seriez donc plutôt cerveau droit. Hémisphère du cerveau, siège de l’imagination, de la créativité et de l’émotion. Si vous privilégiez plutôt l’esprit cartésien, alors vous seriez alors cerveau gauche, où se trouve la logique. Bref selon la personnalité de chacun, nous privilégions un hémisphère plutôt qu’un autre.

Cette notion de cerveau droit et cerveau gauche a été popularisée dans le monde avec un livre best-seller publié en 1979 « Drawing on the Right Side of the Brain » du Dr. Betty Edwards. « Il indique que : «Peu importe la façon dont votre cerveau est câblé, entrer en contact avec votre «cerveau droit» vous aidera à percevoir – et à dessiner – les choses différemment. » [7]

Mais quand est-il vraiment ? Une étude réalisée en 2013 par l’Université de l’Utah, apporte des éléments de réponse.  [8]

Plus de 1 000 jeunes âgés de 7 à 29 ans ont été examinés à l‘IRM  (imagerie médicale). Différentes zones du cerveau ont été divisées en 7 000 régions afin de déterminer si un côté du cerveau était plus actif ou connecté que l’autre. Verdict : Il a été constaté que les 2 hémisphères travaillent de concert et l’un n’est pas plus privilégié que l’autre.  Les auteurs ont conclu que le fait que certaines personnes aient plus le cerveau gauche ou le cerveau droit est davantage une figure de style qu’une description exacte.

Est-ce à dire que la notion de cerveau droit / cerveau gauche est à jeter aux orties ?  Pour Robert H. Shmerling, MD (de la faculté de médecine de Havard)  « Si vous vous êtes toujours perçu comme un «homme de chiffres» ou un créateur, cette recherche ne change rien. [9]

Car ces 2 traits de caractère existent bel et bien et sont observables. Mais il est probablement inexact de lier ces traits à un côté de votre cerveau.

Robert H. Shmerling  rajoute « Nous ne savons toujours pas grand-chose de ce qui détermine la personnalité individuelle; mais il semble peu probable que ce soit la domination d’un côté du cerveau ou de l’autre qui compte ».

Connaître sa façon d’apprendre pour « apprendre à apprendre »

Comme vous l’aurez compris, apprendre à apprendre passe d’abord par connaître sa propre façon d’apprendre.

Ainsi, un élève, un apprenant pourra anticiper les problèmes d’apprentissage. Le professeur , le formateur dispense son cours d’une façon qui ne « colle » pas avec la façon d’apprendre de l’élève ? Pas grave, celui-ci saura s’adapter, poser les bonnes questions à son professeur ou consulter les ressources sur le net qui lui conviennent.

 Il pourra être proactif. Acteur de son apprentissage (et de sa vie) il évitera de sombrer dans la croyance bien ancrée chez les décrocheurs : je ne comprends pas, c’est la preuve que je suis nul 

Si nous apprenons différemment, que nous avons besoin de découvrir notre propre façon d’apprendre pour apprendre à apprendre. Mais comment fait-on concrètement ? Pas facile. Apprendre à apprendre revient, en quelque sorte, à faire un travail sur soi. Quand on est un enfant, un adolescent, il est bien difficile d’en prendre conscience et de se découvrir seul, sans aide extérieure. Et je dirais même que c’est le cas chez les adultes. Vous en douteriez .

Posez-vous la question : comment apprenez-vous précisément ? Au mieux vous en avez une vague idée.

Et ne croyez pas que les élèves qui apprennent facilement en savent mieux. Comme l’apprentissage est facile, la question de savoir comment ils font n’a pas lieu d’être.

En tout cas, vous voyez que savoir comment on apprend précisément, ce n’est pas évident à savoir.

Si vous en restez là, que va-t-il se passer ? Le cerveau a horreur de vide, il a besoin d’une idée claire et précise. Et s’il n’a pas quelque chose de satisfaisant, il va tout simplement le combler automatiquement. Comment ? Par quelque chose qu’il connaît : votre ancien schéma !

C’est comme cela qu’un apprenant, même si on lui dit qu’il apprend différemment, qu’on lui dit qu’il est intelligent, conservera son schéma de pensée limitant et perpétuera son comportement dont les symptômes les plus visibles sont : démotivation, et auto-sabotage presque.

Besoin d’outilOn comprend facilement qu’un outil, si possible fiable, soit nécessaire pour connaître sa façon précise d’apprendre. Quels sont-ils ? En voici une énumération des plus connus. Je n’expliquerai pas leur fonctionnement. Pour plus de précisions, je vous renvoie à des descriptions.Je me contenterai d’évoquer les apports et les limites.

Les intelligences multiples

Les intelligences multiples sont sans doute l’outil le plus connu et le plus utilisé parmi les enseignants et les formateurs.

Pour autant, il y a une forte critique chez les scientifiques notamment chez ceux qui étudient sur l’intelligence [10]. Pourquoi ? Car l’approche des intelligences multiples n’a pas été prouvée scientifique ni même par une étude empirique.

Bien que Howard Gardner ait publié sa théorie pour la première fois en 1983, la première étude empirique sérieuse destinée à la tester n’a été publiée que 23 ans plus tard (Visser et al., 2006a) et les résultats obtenus n’étaient pas probants [11].

Contestation scientifique

Mais alors pourquoi les intelligences multiples sont-elles si populaires et adoptées par nombre d’enseignants ? On pourrait se dire que ceux-ci connaissent bien le terrain, et perçoivent la réalité et les résultats ? Comment expliquer cette différence d’avis entre les scientifiques, et les praticiens du concret que sont les enseignants et les formateurs ?

Pour le Dr. Bernard Luskin la théorie est acceptée, car elle fait partie d’un mouvement de l’estime de soi qui est humaniste et fait du bien. Cela fait plaisir de croire qu’en réalité personne n’est en réalité « plus intelligent » que quiconque, mais juste différent. Mais ce sentiment n’est pas gage de validité scientifique. [12]

Le manque de preuves ne prouve pas le contraire

Mais pour Robert H. Shmerling, professeur associé à la faculté de médecine d’Havard, il est nécessaire de tirer des conclusions hâtives  et faire des  interprétations suite à l’absence ou aux manques de preuves scientifiques.Il ajoute :

« Le manque de preuves ne prouve pas le contraire. Pour les personnes qui vivaient  il y a des milliers d’années, une incapacité à prouver que la terre était ronde ne prouvait pas qu’elle était plate! » [9]

C’est un peu le même débat dans le milieu scientifique pour savoir quant au rôle de l’esprit dans le processus de guérison. Scientifiquement, rien n’est prouvé. Pour autant,  le nombre de  guérisons (qualifiées médicalement d’impossibles)  est significatif [13].

À l’image de Clause Pinalt atteint du syndrome du Gilin Barret. Médicalement et scientifiquement parlant, Claude Pinault ne pouvait marcher. Et pourtant ! Voir l’interview

La gestion mentale : l’approche de La Garanderie

Antoine de la Garanderie est le père de la gestion mentale. Pour résumer :

 

La gestion mentale, selon de La Garanderie,  permet à chaque enfant de découvrir sa propre manière de mettre en œuvre les gestes mentaux et d’acquérir la meilleure efficacité possible dans le domaine des apprentissages [22]

Pour décrire l’approche d’Antoine de la Garanderie et a philosophie de la gestion mentale, rien de mieux que d’écouter son interview

 

La principale critique de la gestion mentale, est inhérente aux nouveaux outils pédagogique : celle de la mise en application auprès des élèves.

 – Souvent cela réclame que les enseignants soient formés

– Les enseignants ont besoin de temps supplémentaire pour appliquer la gestion mentale

– Pour certains élèves l’appropriation de la gestion mentale peut être compliquée.

Les profils d’apprentissages

Il existe plus de 65 constructions ou modèle de profils d’apprentissage.

Comme les intelligences multiples, l’idée même de profils d’apprentissage est fortement critiquée par une partie de la communauté scientifique. Ce qui pourrait paraître assez surprenant, car finalement il semble une évidence, dans les faits constatés, que chacun apprend différemment.  Cela relayé par des scientifiques spécialistes de la psychologie cognitive et de neurosciences comme nous l’avons vu.

Il y a plusieurs raisons à cela :

Contestation scientifique

Ces 65 différents types de construction de profils d’apprentissage sont essentiellement basés sur le modèle V, A, K, R / (« Reading » – lire pour le R). Ce modèle est à l’origine de Fleming & Mills [14]

Le visuel est un apprentissage faisant appel à la mémoire visuelle. L’auditif est un apprentissage faisant appel à la mémoire auditive. Le kinesthésique représente l’apprentissage par le toucheré ou le mouvement (selon certains modèles) : apprendre en marchant ou en ayant besoin d’écrire.

Comme nous l’avons vu, la science a démontré que la mémoire visuelle comme la mémoire auditive n’existent pas. À la base la construction est fausse.

Vous me direz : «  tiens ! Jean-François, toi qui es l’auteur des 7 profils d’apprentissage, ton modèle serait faux ? » 

Pour ceux qui utilisent le modèle des 7 profils d’apprentissage, vous savez 2 choses :

. Le modèle n’est pas basé sur le visuel, auditif, kinesthésique.  Ils ne sont qu’une composante.

. Enfin dans ce modèle, le visuel, auditif et kinesthésique ne sont en rien basés sur la mémorisation, mais la compréhension.  Comme je l’explique dans cette vidéo.

On y reviendra plus tard.

Critique par l’absence de résultat d’expérimentation

Tout comme pour les intelligences multiples, le groupe de scientifiques qui contestent l’approche par les profils d’apprentissage ou style d’apprentissage  avance de l’absence d’expérimentation terrain démontrant l’efficacité.

La possibilité d’expérimentation rigoureuse est d’autant plus difficile qu’il y a 65 modèles différents à tester. Si on veut faire preuve de rigueur scientifique, il ne faudrait en laisser aucun de côté. Ce qui est du point de vue pratique est difficile. Et on en revient à l’absence de preuve qui ne prouve pas le contraire comme l’indique  Robert H. Shmerling, professeur associé à la faculté de médecine d’Havard.

Résultat de l’expérimentation du modèle VARK de Fleming & Mills

Pour contourner le problème, comme ces 65 modèles de profils (sauf les 7 profils d’apprentissage) reprennent le la théorie VARK de Fleming & Mills, une étude a été mené en 2017 sur celle-ci portant sur un échantillon de 426 étudiants au total. Et les conclusions sont plutôt négatives. [15]

Un effet placebo ?

Pour autant beaucoup d’enseignant et de formateur sont relativement enthousiastes quant à leur utilisation dans leur pratique pédagogique. Dans une enquête menée dans les pays anglo-saxons, 90% des enseignants se disent convaincus de l’utilisation et de leur utilité. Là encore, comment expliquer cet écart d’avis entre des scientifiques et les enseignants qui connaissent bien mieux la réalité du terrain ?

Certains scientifiques l’expliquent par l’effet placebo. Le modèle VARK de Fleming & Mills donnerait l’illusion aux élèves de comprendre comment ils apprennent. Ce qui permettrait de lever certains de leurs blocages et de se sentir mieux. Mais l’aspect visuel, auditif et kinesthésique (tel qu’ils sont définis dans leur modèle) n’a aucune réalité scientifique. [16]

On retombe un peu dans le même débat du cerveau droit et cerveau gauche.

La question est donc : faut-il remettre en cause un outil ou une solution parce que les résultats positifs observés ne sont dus qu’à un effet placebo ?

Une critique et une contestation qui ne font pas du tout l’unanimité parmi les scientifiques

Pour autant cette contestation ne fait pas l’unanimité dans le monde scientifique.

Pour le Dr. Kaufer (Professeur de biologie et membre de l’institut Helen Wills de neurosciences de Berkeley)

« Faire appel à différents styles d’apprentissage est également une technique qui semble s’appuyer sur les dernières recherches en neurobiologie, mais pas de la manière généralement comprise. » [17]

Kaufer a décrit une étude intitulée «Influencer les réseaux cérébraux: conséquences pour l’éducation» [18] qui suggère que, même s’il existe de solides preuves de réseaux cérébraux communs à tous êtres humains, il existe également des différences individuelles dues aux gènes et aux expériences.

L’article suggérait également que l’apprentissage semblait plus efficace lorsque les apprenants «associaient» de nouvelles informations à d’anciennes connaissances, suggérant que les connaissances antérieures et les idées préconçues étaient particulièrement importantes pour l’enseignement et l’apprentissage.

Cette étude est appuyée deux années plus tard par une autre suite à l’analyse des différentes régions du cerveau. [19]

Les 7 profils d’apprentissage

Comme j’en suis l’auteur, je suis bien mal placé pour apporter un avis, forcément partisan. Je me restreins aux seuls faits.

Comme nous l’avons vu, les 7 profils d’apprentissage sont assez différent  du modèle  VARK de Fleming & Mills. Principalement pour 2 raisons :

a/ La signification du Visuel, auditif et kinesthésique n’est pas fondée sur la mémorisation, mais sur la compréhension.

b/ Les 7 profils d’apprentissage combinent 3 niveaux : la compréhension ; la motivation externe (les éléments extérieurs qui motivent à apprendre) et le comportement en situation d’apprentissage (voir ici).

Les 7 profils d’apprentissage ont fait l’objet d’une étude en 2016 par l’HEPHEC de Bruxelles et présentée au colloque de l’enseignement supérieur en 2017 [20]. L’enquête conclue que les 7 profils d’apprentissage permettent une augmentation significative des résultats académiques des élèves qui connaissent leur profil (par rapport à ceux qui ne les connaissent pas) surtout chez les élèves en difficulté.

Au moment d’écrire cet article, près de 1857 établissements de formation et d’écoles francophones utilisent les 7 profils d’apprentissage. 

 

Quel est le meilleur outil ? Quelle démarche adopter ?

Alors quel est le meilleur outil ? Qu’est-est qui fonctionne et ne fonctionne pas ? Quel outil choisir ? Intelligence multiple, gestion mentale, profils d’apprentissage ? Les avis d’experts sont contradictoires ou parfois purement idéologique. Tout cela peut vous paraître bien confus.

Si vous êtes en quête de preuves scientifiques, le risque est d’être constamment dans le doute. Et vous n’agirez jamais. Vous passerez à côté de la preuve valable et incontestable : celle du terrain et des résultats que vous obtenez.

Ce qui n’a pas été prouvé scientifiquement aujourd’hui peut l’être demain. Le cerveau est un organe très complexe dont on commence à peine à comprendre le fonctionnement. ET encore pour certains neuroscientiques, il y a encore beaucoup de chemin à faire [21].

Ce qui est faux par absence de preuve aujourd’hui peut se révéler exacte demain. Comme la découverte de la neuroplasticité (pour résumer : l’évolution de la structure du réseau neuronal dans le temps) est récente. Affirmer une telle chose il y a quelques années vous faisait passer pour un escroc où il était admis que le développement cérébral était figé.

On peut prendre l’exemple de la méditation . Elle a longtemps été rejetée par les scientifiques la qualifiant (à tort) de pratique religieuse au pire de pratique « hippie » de l’époque « new age ».  Mais elle donnait des résultats. C’est ensuite que les scientifiques se sont demandé sérieusement pourquoi la méditation était efficace et ont commencé à essayer de comprendre.

Chaque outil que l’on a vu présente ses avantages et ses limites. L’important et de se satisfaire de la seule preuve valable : celle des résultats que vous obtenez dans votre pratique.

Que vous soyez apprenant, élève, formateur, éducateur ou enseignant, appropriez-vous les outils que vous utilisez. Évitez tout dogmatisme et concentrez-vous sur la seule chose : le résultat. Vous utilisez l’outil « X » et vous avez des résultats perceptibles ? Vous êtes sur la bonne voie, continuez ! Restez pragmatique.

Posez-vous des questions du type : quels résultats donne l’outil que j’utilise ? Quels résultats obtenez-vous sur le terrain ? Est-il satisfaisant pour votre pratique pédagogique et pour vos élèves, vos apprenants ? Est-ce que vous ne pouvez pas combiner avec d’autres outils ?

Je suis intervenu dans plus d’une centaine d’établissements de formation et d’école. Je me souviens d’un lycée technique et un lycée agricole qui 3 outils sur 3 niveaux différents.

Pour montrer aux élèves qu’il n’y avait pas ceux qui sont intelligents et les autres qui ne le sont pas ou le sont moins, ceux ont été sensibilisé aux intelligences multiples. via leurs enseignants. C’est le premier niveau. Mais dans la pratique et l’utilisation, les intelligences multiples restaient un peu vagues selon les professeurs.

C’est la raison pour laquelle ces deux écoles ont utilisé les 7 profils d’apprentissage en second niveau. D’où la raison de ma présence dans ces deux lycées. Lorsque les élèves ont pu connaître leur profil d’apprentissage, les enseignants ont affiné leur travail pédagogique (en troisième niveau) en introduisant la gestion mentale et l’approche d’Antoine de la Garanderie.

Quel est mon avis sur la pratique de  ces 2 lycées de combiner 3 outils pédagogiques ? Est-ce que cette façon de faire des deux lycées est bien ?

Je vous répondrais que je n’en sais rien et ce n’est pas important. Ces 2 écoles ont pu constater des résultats plutôt spectaculaires : la grande majorité des jeunes en décrochage ont repris le goût d’apprendre. Et c’est ça qui compte! Le nom de leur programme pédagogique qui combine 3 outils sur 3 niveaux  : apprendre à apprendre.

 

Article et dossier  Jean-François MICHEL ( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 et 2019 )

 

 

Notes et références

[1] [3] Article du new York times « Learning to Learn: You, Too, Can Rewire Your Brain » : https://www.nytimes.com/2017/08/04/education/edlife/learning-how-to-learn-barbara-oakley.html

[2] Dr Mel Levine  « A chaque sa façon d’apprendre » Ada Éditions 26/06/2003

[4] Influence, engagement et dissonance : Illustration de la preuve sociale (Expérience de Milgram, Bickman et Berkowitz)

https://www.psychologie-sociale.com/index.php/fr/experiences/influence-engagement-et-dissonance/283-illustration-de-la-preuve-sociale)

[5] « Apprendre par cœur n’est pas bête » L’Etudiant. Interview d’Alain LIEURY

 https://www.letudiant.fr/examen/dix-questions-a-alain-lieury-specialiste-francais-de-la-memoire.html

Alain Lieury « La mémoire visuelle, une croyance encore tenace » 19.05.2014 science blogs.fr http://www.scilogs.fr/memoire-et-cie/moi-monsieur-je-suis-un-visuel-la-memoire-photographique/

[6] Programmes d’entraînement cérébral et performances cognitives : efficacité, motivation… ou « marketing » ? De la Gym-Cerveau au programme du Dr Kawashima… ·  Sonia Lorant-Royer, Veronika Spiess, Julien Goncalves et Alain Lieury –  Bulletin de psychologie 2008/6 (Numéro 498), https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2008-6-page-531.htm

[7] « Drawing on the Right Side of the Brain » Dr. Betty Edwards Ed. NY Times 1979 https://www.amazon.fr/Drawing-Right-Side-Brain-Definitive/dp/1585429201

[8] «An Evaluation of the Left-Brain vs. Right-Brain Hypothesis with Resting State Functional Connectivity Magnetic Resonance Imaging» ·  Brandon A. Zielinski, Michael A. Ferguson, Janet E. Lainhart, Jeffrey S. Anderson Plos One août 2014 https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0071275

«Fin du lythe des personnes à cerveau droit ou cerveau “gauche ». Futura santé 22/08/2013 https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-fin-mythe-personnes-cerveau-droit-gauche-48433/

[9] « Right brain/left brain, right? » Robert H. Shmerling, MD Harvard Health Publishing 25.08.2017 : https://www.health.harvard.edu/blog/right-brainleft-brain-right-2017082512222

[10]. «The Illusory Theory of Multiple Intelligences Gardner’s theory of Multiple Intelligences has never been validated»  Scott A. McGreal MSc. Pyschology Today Nov 2013 : https://www.psychologytoday.com/us/blog/unique-everybody-else/201311/the-illusory-theory-multiple-intelligences

[11].  Visser, B. A., Ashton, M. C., & Vernon, P. A. (2006b). g and the measurement of Multiple Intelligences: A response to Gardner. Intelligence, 34(5), 507-510. doi: http://dx.doi.org/10.1016/j.intell.2006.04.006

[12]  « How Are You Smart?  Multiple intelligences, diverse learning styles, motivation and success » Bernard J. Luskin, Ed.D., LMFT Sept 2013 Psychology Today  : https://www.psychologytoday.com/us/blog/the-media-psychology-effect/201309/how-are-you-smart

[13] « L’esprit peut-il guérir le corps ? » INREES 21/01/2014 https://www.inrees.com/articles/esprit-peut-il-guerir-le-corps/

[14] Fleming, N.D. & Mills, C. (1992). «  Not Another Inventory, Rather a Catalyst for Reflection. To Improve the Academy», 11, 137-155 à Pour un résumé de l’approche : http://vark-learn.com/introduction-to-vark/bibliography/

(1) même s’il n’est pas indiqué spécifiquement, cela appelle à la mémoire visuel. Ce qu’on repris les autres modèles qui se sont bâtit sur cette base.

[15] « Learning style, judgements of learning, and learning of verbal and visual information » Abby R. Knoll, Hajime Otani*, Reid L. Skeel and K. Roger Van Horn

Central Michigan University, Mount Pleasant, Michigan, USA – British Journal of Psychology (2017), 108, 544–56 (Voir l’étude)

« Another Nail in the Coffin for Learning Styles? Disparities among Undergraduate Anatomy Students’ Study Strategies, Class Performance, and Reported VARK Learning Styles ». Husmann PR, O’Loughlin VD. Anat Sci Educ. 2019 Jan;12(1):6-19. doi: 10.1002

 [16] « Learning’s Placebo Effect » 16 juillet 2018 : https://www.fulcrumlabs.ai/blog/learning-styles-placebo/

[17] «What can Neuroscience Research Teach Us about Teaching? » Université de Berkeley: https://gsi.berkeley.edu/programs-services/hsl-project/hsl-speakers/kaufer/

[18] (Posner et Rothbart, Trends in Cognitive Sciences 9.3 [mars 2005], 99-103),

[19] « The Neural Correlates of Visual and Verbal Cognitive Styles » (Kraemer et al., Journal of Neuroscience 29.12 (March 25, 2009, 3792–3798),

[20] Bachy, S. et Alen, I. (2017). Profils d’apprentissage : impacts sur les résultats académiques. IX° Colloque Questions de pédagogies dans l’enseignement supérieur. Grenoble, 13-16 juin 2017, 1-10 Pour voir l’étude

[21] « There’s a long way to go in understanding the brain » Tom Siegfried ScienceNews  25 juillet 2017 https://www.sciencenews.org/blog/context/neuroscience-understanding-brain

[22] École de la Garanderie https://www.garanderie.com/projet-pedagogique/

3 Comments

  1. Merci pour cet article complet et synthétique. A bientôt

  2. J’ai beaucoup aimer cette publication. Bravo et félicitations !

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