2014_02_24_violenceQuelle école aujourd’hui n’est pas concernée par ce problème ? On n’en parle cependant pas plus que ça. Est-ce le signe d’un déni, s’obstine-t-on à ne pas vouloir ressembler aux autres ? Est-ce le signe d’autre chose ? Ne sait-on pas définir ce qu’est la violence ?

Scène ordinaire de la vie quotidienne

Des parents s’absentent parfois en soirée et font garder leurs enfants de 10 et 4 ans par une nounou. Cette nounou est aussi une Atsem de l’école que fréquentent leurs enfants. Un soir, alors que la nounou arrive –dans le cadre de la vie privée donc- pour garder les enfants, elle leur signale que depuis un mois leur fille est insupportable et violente à l’école. Les parents sont stupéfaits. Stupéfaits de l’apprendre ainsi alors que chaque jour l’un d’entre eux se rend à l’école pour emmener et aller chercher les enfants. Stupéfaits aussi car comment pourraient-ils agir, apporter des régulations à la situation s’ils ne sont pas au courant ?

Des cadres de communication à penser

Cette situation est-elle le reflet d’un phénomène dans lequel les enseignants oseraient de moins en moins parler aux parents ? En effet, il arrive que des enseignants soient insultés, menacés voire claqués. En effet, les enseignants peuvent parfois se sentir en danger. Mais il faut reconnaître qu’il arrive aussi souvent que des enseignants parlent mal aux parents, devant tout le monde, qu’ils les infantilisent en les grondant à eux comme ils gronderaient l’enfant. Ce sont donc des cadres de communication qu’il s’agirait de penser. Cela afin que la relation parent –enseignant soit une relation d’adulte à adulte et non une relation infantilisante pour le parent.

Des solutions simples

Un truc tout simple : qu’il y ait au moins deux chaises d’adulte dans les écoles. Une pour l’enseignant, une pour le parent. En effet, en école maternelle –époque des premières relations parent-enseignant- les parents sont bien souvent invités à s’asseoir sur des chaises de petit. Pour l’enseignant, c’est peut-être habituel, pour le parent, c’est infantilisant. Et puis, qu’il y ait dans la classe maternelle, un objet symbolique du parent –Sa chaise-, une sorte d’objet transitionnel serait une très bonne chose pour l’enfant. Autre truc : bien souvent le règlement de l’école est remis à l’inscription. Il serait intéressant qu’il soit remis aux parents à chaque rentrée scolaire et que les parents soient invités à en prendre connaissance, à l’analyser et à le comprendre avec leur enfant.

 Ce qui marchait à l’école primaire ne marchera plus au collège

Nous ne pouvons pas non plus omettre de parler de ces enseignants « gentiment » invités à la mutation. Particulièrement en milieu rural où l’on peut voir des parents se plaindre aux maires des enseignants. De quoi n’est-on pas capable pour des histoires de paysannerie, de CU à accorder, de terres à vendre ou à acheter à un tel plutôt qu’à un tel ? C’est alors que l’enseignant est fortement décrédibilisé, c’est alors que son autorité est fortement réduite à néant par des parents dont les enfants se croient infaillibles. Mais le collège les rattrapera. Ce qui marchait à l’école primaire ne marchera plus au collège. C’est alors que les psys voient arriver dans leurs cabinets ces ados et parents envoyés par un CPE sous peine d’exclusion. Le problème est que quand il s’agit de commencer l’éducation d’un jeune à 12 ans, c’est hélas bien souvent trop tard..

 Difficultés des professionnels

Parlons aussi des difficultés que peuvent rencontrer les professionnels qui interviennent sur les temps péri -scolaires. Pendant ces temps, ils sont seuls responsables des enfants, donc, en principe, détenteurs de l’autorité. Ils se plaignent cependant de ne pouvoir avoir les moyens d’agir cette autorité. Ils ne peuvent parfois pas punir. Les enseignants, qui insistent pourtant –et paradoxalement- sur le fait que ces temps ne les concernent pas, leur interdisent parfois de punir. Ils n’ont alors aucun moyen, ils ne peuvent donner des lignes, ils ne peuvent priver de récréation, ils ne peuvent demander à l’enfant de participer aux tâches après le repas par exemple, ils ne peuvent écrire sur le cahier de liaison… Quand ils le font, les sanctions qu’ils « donnent » ne sont pas reconnues par les parents. « Si c’est une punition de la dame de la cantine alors tu ne la fais pas ».

Qu’ils soient reconnus par les parents passerait d’abord par ce qu’ils soient reconnus et valorisés par les enseignants, par les directeurs d’école. Passerait ensuite par des positionnements fermes de leurs supérieurs. Qu’arrive-t-il alors ? Les supérieurs en passent par des règlements extraits de textes de lois (voir ci-dessus) qui n’ont que pour effet de braquer davantage les parents.

Les parents ont alors à choisir : accepter une punition émanant de la dame de la cantine ou recevoir un courrier qui s’apparente à celui qu’enverrait un tribunal pour mineurs. Condamnés à ne pouvoir rien agir, il ne faut pas non plus s’étonner que ces professionnels restent dans un coin de la cour de récréation, attendant que l’heure passe.

 Prévenir les situations à risque

L’enfant en situation d’être la victime est en situation traumatique. Il pourra en sortir en n’entrant pas dans une spirale du silence, sous l’effet d’un chantage et de menaces. C’est alors aux parents d’agir cette prévention, en évoquant régulièrement ces questions avec leur enfant, en lui rappelant ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, en montrant qu’il agit dès lors qu’il est au courant de quelque chose qui ne lui paraît pas normal. Il s’agit de ne pas banaliser et de ne pas avoir peur de passer pour un enquiquineur dès lors qu’il souhaite signaler quelque chose à un enseignant.

Les parents ont à être très observateurs, au quotidien, concernant les attitudes de leurs enfants. Une situation de harcèlement transpire toujours quelque part. Dès lors qu’un parent observe un changement dans l’attitude de son enfant, il s’agit d’être vigilant. Il ne s’agit pas de supposer de suite que son enfant est victime de violence mais il faut se dire que ça peut être ça aussi. Il s’agit de parler au quotidien, de s’informer sur ce qui se passe à l’école, d’un point de vue général, pas simplement du point de vue de son enfant.

L’enfant en situation d’être l’agresseur, s’il n’est jamais arrêté, est aussi dans une situation traumatique. Il pourra en sortir en n’entrant pas dans une spirale de la violence, en étant arrêté à temps. C’est alors aux parents d’agir cette prévention après avoir entendu ce que l’enseignant leur aura dit, après avoir accepté ce que l’enseignant leur aura dit. Il s’agit de le surveiller de près, de ne lui passer aucune transgression, de le punir dès lors qu’il transgresse. Tenu par des règles et des limites, il devrait alors se sentir mieux et moins déborder. A force d’apprentissage des règles et des limites, il devrait finir par les intégrer, par les comprendre et par les faire siennes.

L’enfant en situation d’être le suiveur ou le témoin est aussi dans une situation traumatique. Car il finit par penser que la loi du plus fort est la règle, car il finit par ne plus se retenir alors qu’il savait le faire, car il finit lui aussi par se laisser aller à ses débordements, à ses instincts.

Tous les enfants ont surtout à apprendre ou à ré –apprendre que le héros n’est pas celui qui fait semer la terreur dans la cour de récréation mais que le héros est celui qui dit non, qui dit stop, qui va chercher les adultes pour que ça s’arrête.

Enfin une grande campagne de prévention en perspective

« Agir contre le harcèlement à l’école », c’est son titre. C’est une campagne de prévention et de lutte contre le harcèlement à l’école. Un site existe.

On y trouve plusieurs rubriques :

. Un centre de ressources qui propose des outils pédagogiques à destination des écoles et des parents dans l’objectif de la prévention.

. Que faire ? Qui contacter ? Rubrique dans laquelle on trouve des numéros de téléphone, des fiches conseils, un protocole à destination des acteurs de l’école.

Les numéros de téléphone :

. Stop harcèlement : 0808 807 010 qui permet aussi une mise en relation avec un référent harcèlement par académie.

. Net Ecoute : 0800 200 000 en cas de cyber harcèlement.

Les fiches conseils : aux témoins, aux victimes, aux parents de témoins, aux parents de victimes.

Le protocole de traitement de situations de harcèlement dans les écoles et dans les établissements publics locaux d’enseignement.

Qu’est-ce que le harcèlement ?

. Reconnaître le harcèlement : ses différentes formes, les acteurs du harcèlement, comment repérer une situation de harcèlement, les recours possibles.

. Les conséquences du harcèlement : sur les victimes, sur les témoins, sur les harceleurs.

. Le cyber harcèlement.

Dossier et texte : Violaine VERDOUX

 

Violaine Verdoux est psychologue à la Maison de la santé. Elle exerce également en cabinet à Lembeye (64 – Pyrénées-Atlantiques)

 

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