Comment reconnaître qu’un enfant souffre de stress ? Les enfants qui ne travaillent pas sont-ils pas quelque part fainéants ? Quelles sont les solutions simples pour aider un enfant qui est sous stress ou qui souffre de stress ?
 
Interview de Louis MUSSO Louis MUSSO a été professeur d’EPS à l’université Paul Sabatier, plus particulièrement à l’UFR sport. Cette interview est basé sur le livre : Sortir de l’échec scolaire – Un guide à l’usage des parents

 

Comment savoir qu’un enfant est stressé ?C’est assez facile. Il y a des signes qui ne trompent pas. Il suffit de poser quelques questions assez simples : As-tu souvent mal à la tête ? As-tu souvent mal au niveau des cervicales, aux épaules l au milieu du dos ? Est-ce que tu te sens oppressé au niveau du plexus ? Il faut aussi l’interroger au niveau de la qualité de son sommeil a-t-il du mal à s’endormir ? Le matin se réveille-t-il reposé ou fatigué ? Si l’enfant est fatigué ou a un sentiment de fatigue cela veut dire que son sommeil n’est absolument pas réparateur. C’est un signe de stress qui ne trompe pas. Enfin il faut se poser des questions quant au vécu scolaire  – Est-ce que dans chaque contrôle tu te sens dépassé ? Est-ce que tu as du mal à faire des devoirs ? Souvent l’enfant stressé repousse ses devoirs car il a l’impression que c’est une montagne à surmonter.

Vous dites que l’enfant est rarement paresseux

Oui tout à fait, je maintiens ce que je dis, il est rare d’avoir affaire à un enfant paresseux. Je crois qu’il y a des enfants qui sont dépassés par les évènements du fait qu’ils se sentent en échec scolaire. Ils ont l’impression que, quoi qu’ils fassent, ils n’y arriveront pas. Et à partir de là c’est très compliqué de se mettre en action.

N’y a-t-il pas le risque de déresponsabiliser les enfants ? D’en faire des enfants rois ?

 Ici il n’est pas question de considérer les enfants comme des rois, mais simplement de considérer une réalité. Tout être humain ne peut arriver à bouger s’il n’y a aucun un espoir de récompense. Cela est un fait. Quand il y a un espoir de récompense, dans le cerveau on a pu constater qu’au niveau des lobes frontaux il y a une sécrétion d’une substance que l’on appelle la dopamine. Cette substance joue un rôle important dans la motivation en fonctionnant sur une sorte de système de récompense.
Cette molécule est également impliquée dans certains plaisirs abstraits comme écouter de la musique. Donc si ce je fais quelque chose avec l’espoir de la réussite je vais avoir envie de me bouger. Si j’ai l’impression contraire, que je ne peux pas y arriver alors je n’ai pas envie de bouger. Quand on a l’impression que l’on ne peut pas y arriver, il y a une autre hormone est sécrété, toujours dans les lobes frontaux qui s’appelle la sérotonine qui est une substance qui joue un rôle important dans l’inhibition.

Certains expliquent qu’ils leur faudrait inculquer aux enfants la notion d’effort pour résoudre les problèmes de motivation.

Un enfant bloqué est, comme on dit,  bloqué. Vous pouvez lui inculquer ce que vous voulez, il n’avancera pas mieux. Vous arriverez plutôt à faire de lui une personne révolté. Ses résultats scolaires ne s’amélioreront pas plus. Et vous allez faire quoi de ces enfants bloqués par le stress ?  Aujourd’hui, on les laisse sur le bas côté avec leurs lacunes en déclarant qu’ils sont des fainéants. C’est un peu commode et facile vous ne trouvez pas ? C’est ainsi que l’on retrouve ces enfants dans un processus d’échec. On les oriente vers des voies qu’ils n’ont pas choisies, et qu’ils jugent dévalorisantes. Certains ont un tel sentiment de mal être qu’ils se tournent vers la violence. C’est en ayant conscience des mécanismes d’échec que l’on peut résoudre les problèmes des enfants, des jeunes en échec.
 
Je ne dis pas que l’éducation de rigueur et de sens de l’effort sont inutiles. Cette éducation aura son efficacité quand ces enfants, ces jeunes auront été aidés à surmonter leurs blocages.

Justement quelles sont les solutions pour surmonter ces blocages ?

Un enfant va être dépassé s’il a autour de lui un environnement négatif ou très négatif. Comme par exemple si les parents disent en permanence à son enfant qu’il n’y arrivera pas. Il en est de même pour les enseignants avec leurs remarques. Là non plus il ne s’agit pas d’occulter une réalité. Quand un enfant ne travaille pas il ne faut pas se le cacher, il faut le lui dire. Mais avant tout il faut éviter des mots qui dénotent un jugement de valeur comme « tu es un fainéant, tu n’es pas intelligent etc. ».
Il faut faire attention à ce que l’on dit surtout dans les moments où les parents, les enseignants se sentent dépassés ou stressés. Les mots ont un pouvoir et la parole est sacrée surtout dans ce contexte éducatif où les parents et les enseignants sont des figures d’autorité. Ils n’ont pas assez conscience de la portée de ce qu’ils peuvent dire sur les enfants. Je sais que ce n’est pas facile tous les jours. Mais déjà commencer par cela pour éviter de bloquer un enfant.
C’est le milieu qui décourage l’enfant. Le fait de constater qu’il ne travaille pas, c’est un symptôme, un signe extérieur visible. D’autant qu’aujourd’hui, il est facile de se déconcentrer et de se plonger dans l’oisiveté avec les réseaux sociaux, les jeux etc.  L’enfant peut vitre prendre l’habitude d’une oisiveté ensuite. Mais si l’enfant retrouve le moral, il va se remettre à travailler.

Avez-vous un exemple de situation négative ?

 J’ai un cas concret récent. J’ai reçu une jeune fille qui était en 5ème que l’on avait déclaré dyslexique (la dyslexie, la dyscalculie sont des mots issus d’un diagnostic trop vite fait quand un enfant à un problème scolaire). En déclarant cette jeune fille dyslexique devant elle, en l’amenant à un spécialiste de la dyslexie, on lui a cassé tout espoir de progrès. J’ai découvert qu’elle se croyait malade et avait donc honte d’aller à l’école. Pensez qu’une enfant en 5ème n’a pas la maturité et le recul pour comprendre vraiment ce que veut dire la dyslexie. Alors je lui ai expliqué que la dyslexie n’est pas une maladie et qu’en fait elle apprend d’une façon différente. Chez elle cela demande un travail particulier mais qu’elle est tout aussi intelligente voire même plus que ses camarades de classe. Ici mon but était de lui donner espoir et de lui casser cette croyance qu’elle était malade.
Alors bien entendu il n’y a pas eu d’effet visible immédiat sur ses résultats scolaires, mais cette jeune fille a retrouvé la motivation pour aller chez l’orthophoniste et combler peu à peu ses lacunes. Et c’est cela qui compte.
Pour conclure, je dirais que souvent l’enfant n’avance plus car le milieu dans lequel il a vécu n’est pas un milieu positif et donneur d’espoir.
 

 

Interview de Louis MUSSO – 6 min 37 –

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Louis MUSSO a été professeur d’EPS à l’université Paul Sabatier à l’UFR sport. Aujourd’hui à la retraite, il est aussi Sophrologue Caycédien Master Spécialiste. Il est persuadé que la plupart des enfants ont une intelligence normale. Il pense que la plupart de leurs échecs scolaires sont la conséquence d’une mauvaise gestion de leurs émotions.


Pour voir le livre:Cliquez ci

 

 

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