Comment adapter son cours aux profils d’apprentissage de  ses élèves ? C’est la question que se posent beaucoup d’enseignants, de formateurs lorsqu’ils sont, en classe.  Quelle démarche adopter ? Quels sont les pièges ?

Par Jean-François MICHEL ( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 et 2019 )

 

Piège classique : vouloir s’adapter aux profils d’apprentissage de tous ses élèves

 

Quand il s’agit de pédagogie différenciée, j’entends souvent dire que l’enseignant ou le formateur doit adapter son enseignement aux profils de tous ses élèves. Cette idée part d’une bonne intention. Mais quand on rentre dans le concret de l’application, rien qu’à y penser, vous aurez besoin d’un bon Doliprane.

Pensez-vous qu’un professeur puisse s’adapter en fonction des spécificités d’apprentissage de chaque élève, de chaque apprenant ? Devrait-il penser à la fois à ses notes de cours, à ses idées et se mettre dans la tête de chaque élève pour imaginer si ce qu’il vient de dire est compris ? Quelle gymnastique cérébrale !

C’est absurde.

Il est impossible de s’adapter aux différents profils d’apprentissage (regroupant le profil de compréhension, de motivation et d’identité) de  20, 30 voire parfois 40 élèves dans une classe, et encore moins de s’adapter à tous les élèves en même temps.

Dans le cadre d’un accompagnement personnalisé (coaching scolaire, cours de soutien, coaching personnalisé …) la question ne se pose pas. C’est d’ailleurs pour cela que ce mode d’apprentissage est si efficace.

En tant que coach ou professeur en soutien scolaire, si vous arrivez à vous adapter au profil d’apprentissage de l’apprenant, l’efficacité s’en trouve décuplée. C’est une réelle plus-value.

Si vous avez affaire à un groupe, même de petite taille, vous voyez que c’est une autre histoire.

Vous me direz alors que vouloir adapter la pédagogie à un groupe d’apprenants ne serait-il pas qu’un vœu pieux ou pire qu’une utopie ? Rien de tout cela. Seulement ici l’approche est mauvaise.

Dans cet article, je vais vous montrer comment procéder.

 

La technique du saupoudrage

 

Lorsqu’un enseignant ou un formateur souhaite contenter le maximum d’élèves d’une classe ou d’un groupe, il peut se restreindre aux profils de compréhension des élèves (attention pas sa mémorisation) à savoir sa façon d’intégrer l’information. Les choses sont déjà grandement simplifiées.

La bonne démarche est de construire et de dispenser un cours qui puisse satisfaire ces 3 profils de compréhension à la fois.

Il n’est pas question ici de faire une gymnastique intellectuelle, ou de réaliser la prouesse de se mettre dans la tête de chaque élève de chaque apprenant.

Alors comment ?

Par la technique dite du saupoudrage. Le principe est simple : il convient de transmettre le contenu de façon à la fois auditive, visuelle et kinesthésique.

Voici comment procéder.

Pour le profil de type auditif

C’est le profil le plus facile. Il n’y a pas spécialement d’effort à faire, que celui de parler ou de donner des textes à lire ou à analyser. 

Pour le profil de type visuel

Cela demandera une adaptation au cours. L’information ou le contenu devra être expliqué sous forme de schémas ou de projections via un vidéo projecteur en mode Powerpoint.

Nota : il ne suffit pas d’illustrer une notion par un schéma ou un graphique pour satisfaire le profil visuel. S’arrêter là serait une erreur. Faut-il encore que ce schéma donne le sens. Le support (visuel) doit apporter le sens. C’est une nuance subtile. Mais, nuance qui fait la différence entre un support visuel creux et ennuyeux et un autre percutant.

Une autre erreur : celle de croire que la vidéo est forcément un support visuel. Si, dans cette vidéo, la personne ne fait que de parler, alors celle-ci est un support auditif et non visuel.

Voici un exemple de deux vidéos sur les rêves. Notez la différence.

 

Exemple de vidéo auditive

 

 

Exemple de vidéo visuelle et auditive

Pour le profil de type kinesthésique

Le plus difficile sera de concerner les élèves du profil kinesthésique. Ces élèves ont besoin de « ressentir » l’information pour que celle-ci soit intégrée, à savoir comprise. Outre le fait de dire et d’exposer peut-être par un schéma (surtout si le profil secondaire est visuel), il faudra aussi s’attacher, pour chaque concept important, à expliquer le pourquoi des choses, à donner un sens. Je vous le concède, c’est beaucoup moins facile à faire.

 

Faire de son mieux 

 

Dans les établissements scolaires, dans les centres de formation où j’interviens, je vois souvent des enseignants, des formateurs quelque peu angoissés à devoir changer fondamentalement leur pratique ou qui trouvent très difficile cette pratique de « saupoudrage ».

Peur tout à fait légitime : cela nécessite un changement effectivement. D’où même une certaine résistance.

Là encore, il est nécessaire de penser différemment et de rester très pragmatique.

Plutôt que de changement, je préfère parler d’adaptation.

Donc, cela de ne veut pas dire, « tout jeter à la poubelle » ce que vous faisiez auparavant et repartir d’une feuille blanche. Bien sûr que non ! Loin de là.

Il s’agit de faire un premier pas, même modeste, et d’avancer vers une « transformation » progressive du cours. Cela commence par s’interroger en se posant les questions suivantes :

– « Est-ce que mon cours s’adresse suffisamment aux élèves du profil visuel ? Du profil kinesthésique ? Du profil auditif ? »

– « Quels sont les points où traditionnellement les élèves éprouvent de la difficulté ? »

– « Comment construire mon cours à la fois sur le mode auditif, sur le mode visuel et sur le mode kinesthésique ? »

Vous vous dites certainement que « diable, je ne sais pas comment faire exactement ? ».

Commencez alors par ce qui vous paraît une évidence. Fiez-vous au bon sens. Balayez de votre esprit toute forme de perfectionnisme. Privilégiez l’approche pragmatique tout en acceptant l’erreur. Si vous avez un profil d’identité de type « perfectionniste » ou même de type « dynamique » (fuite de l’échec) alors ce passage vous concerne plus particulièrement.

Voici un de mes ratés de cours. Du classique.En cours, mes élèves semblaient comprendre un concept assez délicat et complexe : ils connaissaient les définitions et les principes de base. Mais qu’elle ne fut pas ma surprise de constater les mauvaises notes du devoir concernant justement ce concept supposé acquis. Il fallait se rendre à l’évidence : il n’avait rien compris du tout !

Refaire le cours n’aurait servi à rien. J’ai pris le temps d’arborer un corrigé type en considérant surtout le profil de type visuel et de type kinesthésique.

Et tout s’éclaira pour eux quand, à la correction, je leur ai distribué  un résumé sous forme de schéma (pour ceux de profil de type visuel) en réexpliquant chaque lien et chaque sens entre les concepts (pour les profils du type kinesthésique).

Le temps passé à faire ce corrigé spécifique ne fut en rien une perte de temps. Mais un investissement. Pourquoi ?

Parce que cela m’a permis de réutiliser ce corrigé l’année suivante sans que cela implique un quelconque travail supplémentaire.

Sortez le verbe « se tromper » du dictionnaire des gros mots. Expérimentez, acceptez l’erreur. Mais restez pragmatique. C’est comme cela que vous bâtirez un savoir-faire.

Attention !  Si « se tromper est humain, persister dans son erreur est diabolique. (Saint Augustin D’Hippone)  – Philosophe, Religieux, Saint, Scientifique, Théologien 354 – 430

 

S’aider des élèves. Mais les élèves ne viendront pas à vous …

 

Dites-vous bien que les élèves ne viendront généralement pas à vous spontanément pour vous faire part d’une difficulté de compréhension. Je vous renvoie à l’article où je parle de la preuve sociale.

Alors, observez, osez aller vers eux. Démarche parfois fatigante pensez-vous ? Possible, surtout quand il y a 18 heures de cours à assurer la semaine voire même plus, avec des élèves parfois difficiles. La patience, l’attention et la présence d’esprit ne sont pas toujours au rendez-vous surtout en fin de trimestre où la fatigue pointe son nez.

Les enseignants, les formateurs ne sont pas tous égaux. Tout dépend de la matière

 

Toutes les matières ne se valent pas. On ne pas dire que tel enseignant de technologie ou de physique enseigne mieux que son collègue de français. Enseigner le français, matière abstraite, n’as pas la même difficulté et pratique didactique que la physique ou la technologie (sauf, bien entendu, à être face à des élèves en section littéraire).

Rien n’est plus difficile que d’enseigner le français ou les mathématiques de façon visuelle ou kinesthésique. Les matières abstraites conviennent bien à des élèves de type auditif (écoute, textes). La technologie, la physique conviendront naturellement plus à des élèves du profil kinesthésique.

Bref, selon la matière, et le profil de l’élève le niveau de difficulté est différent.

Toutes les matières ne se valent pas. On ne pas dire que tel enseignant de technologie ou de physique enseigne mieux que son collègue de français.

Enseigner le français, matière abstraite, n’a pas la même difficulté et pratique didactique que la physique ou la technologie (sauf, bien entendu, à être face à des élèves en section littéraire). Rien n’est plus difficile que d’enseigner le français ou les mathématiques de façon visuelle ou kinesthésique.

Les matières abstraites conviennent bien à des élèves de type auditif (écoute, texte). La technologie, la physique conviendront naturellement plus à des élèves du profil kinesthésique.

Bref, selon la matière, et le profil de l’élève le niveau de difficulté est différent.

 

Des réactions différentes selon les classes, ou les groupes

 

Sachez que cette méthode de saupoudrage (s’adresser aux 3 profils de compréhension en même temps) peut susciter parfois des réactions diverses, bonnes ou mauvaises (cela peut arriver) selon les classes.

Pourquoi ? Parce que cela dépendra du profil de compréhension majoritaire de la classe. Si vous avez une classe où les élèves ont, dans leur majorité, un profil de type auditif, ceux-ci se demanderont pourquoi vous passez du temps à exposer des concepts sur un PowerPoint ou un graphique alors qu’ils préféraient une explication écrite avec des définitions. Car pour eux les mots donnent plus de sens.

Dans une classe à forte tendance visuelle, les explications du « pourquoi » (pour les profils de type kinesthésique) n’ont que peu d’intérêt. Pour eux vous n’allez va pas assez vite. Certains élèves s’inquiéteront même du fait du retard pris (même si c’est faux) pour boucler le programme. Ils auront une impression de lenteur dans votre cours. Cours qui convient pourtant parfaitement aux élèves de type kinesthésique.

Donc d’une classe à l’autre vous aurez des réactions tout à fait différentes et parfois diamétralement opposées. Si la solution qui vient immédiatement à l’esprit est de donner satisfaction aux élèves ayant majoritairement un type de profil, vous laissez de côté les autres élèves de profils de compréhension différents qui risquent de décrocher. D’autant que la force de l’opinion d’un groupe ne permet pas toujours à une minorité de s’exprimer (voir l’article sur la preuve sociale).

 

Connaître le profil d’une classe

 

Pour éviter cet écueil, la meilleure solution est de connaître le profil de compréhension de sa classe. Ainsi il est également possible d’anticiper les problèmes. Vous savez à quels élèves vous donnez satisfaction et quels sont les autres que vous risquez de démotiver.

Mais comment connaître le profil d’une classe ? Je vous l’accorde, on ne peut pas connaître aux seuls comportements de quel profil de compréhension appartiennent les élèves. À s’y essayer, c’est assurément faire des erreurs.

On est donc dans l’inconnu le plus total, même si, selon le type de classe on peut connaître intuitivement une tendance. Les bacs pros, les classes plus techniques sont souvent d’un profil majoritairement kinesthésique. Attention, ce n’est qu’une tendance.

D’où la nécessité de faire passer le test (dans sa première partie) à vos classes. Double avantage : non seulement les élèves connaîtront leur profil de compréhension, mais en plus vous aurez automatiquement le profil de la classe entière dans votre panneau de gestion.

Vous optimisez ainsi vos efforts : inutile de s’attarder à travailler votre cours ou votre formation pour les apprenants de profil de type kinesthésique si, au final, vous n’en avez aucun dans le groupe ou très petite minorité. Gardez à l’esprit qu’ils puissent être perdus à un moment ou un autre.

Nota : La procédure pour réaliser le test à vos élèves est  expliquée dans votre panneau de gestion. Vous pouvez également consulter le guide.

 

Les 4 étapes pour utiliser la technique du saupoudrage

 

.1/  Utilisez les profils de compréhension : visuel, auditif, kinesthésique

.2/  Considérez le profil de votre groupe ou classe. Quelle est la répartition ? Celle-ci est-elle équilibrée ? Ou au contraire, y a-t-il une dominante sur un profil ?

.3/  En fonction de cela, adaptez la technique de saupoudrage. Forte pour un groupe avec une répartition équilibrée. Modérée ou adapté en cas d’une dominance d’un profil.

.4/  Allez-y pas à pas. Expérimentez en restant pragmatique. Commencez par adapter à la marge votre cours ou votre formation.

 

                                  Et vous ?

> Connaissiez-vous cette technique de saupoudrage ?

> Dans quelle spécialité êtes-vous : matière plutôt abstraite ou pratique ?

> Comment adaptez-vous votre cours ou votre formation ?

Indiquez vos réponses dans un commentaire  (cela me permettra d’y répondre).

 

 

Texte : Jean-François MICHEL – Visitez la chaîne YouTube logo-YouTube

( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 )

8 Comments

  1. Bonjour,
    Je suis enseignante en primaire (CM1) et je souhaiterai vraiment trouver un moyen d’appliquer vos conseils.
    Je le faisais de maniere intuitive cette année mais je manque d’outils pour déceler les types de mes élèves (pas facile d’avoir des résultats fiables avec des enfants de 10 ans !)
    Si vous avez un outil pour moi, je veux bien !
    Vous avez vraiment apporté beaucoup de réponses mes questions et je souhaite partager ce que j’apprends avec les collègues du primaire.

    • Bonjour,
      Merci pour votre message.
      En effet vous pouvez faire le test des 7 profils d’apprentissage qu’à partir du collège pour la compréhension des questions. Il n’était pas possible de faire un test pour les enfants de l’école primaire notamment à cause du problème de compréhension des questions.

      Vous pouvez déjà travailler sur les profils de compréhension : comme indiqué dans l’article, vous utilisez la technique du saupoudrage.
      Ensuite vous expliquer aux enfants ce que veut dire (dans le sens des 7 profils d’apprentissage) ce que veut dire : un profil de type auditif, visuel et kinesthésique. Pour cela vous pouvez revoir les vidéos sur ma chaîne YouTube. https://youtu.be/yrsAZsbEYeg

      Nota : les profils de compréhension n’ont rien à voir avec la mémorisation. Mais vous pouvez faire un lien pour imager.

      L’autre but est de montrer aux élèves du primaire qu’ile apprennent différemment. En commençant par les profils de compréhension c’est assez facile. les enfants se déculpabilisent.

      Je ne serais vous recommander de commencer par ces quelques étapes que je viens de vous décrire.

      Bien entendu, vous pouvez aller plus loin. Dans ce cas, vous pouvez prendre contact (en cliquant ici) afin d’en discuter plus amplement.

      En vous souhaitant une bonne journée.

      Bien cordialement

      Jean-François

  2. Bonjour, merci pour cette découverte des profils d’apprentissage. je vais entamer un emploi de formateur à la rentrée et tous vos conseils vont m’aider à démarrer.je pense me servir du test des profils. Fabienne

    • Bonjour Fabienne,
      Merci pour votre retour. On vous encourage nus faire part de vos retour d’expérience dans votre nouveau métier de la formation.

      Jean-François

  3. Bonjour,

    je suis formatrice pour des adultes en reconversion profesionnelle.
    J’enseigne la programmation informatique, en particulier.

    J’ai testé mon profil sur votre site, l’an dernier et acheté votre livre sur les 7 profils d’apprentissage.
    Je suis kinésthésique en 1er et visuelle en 2nd.

    J’ai suggéré aux apprenants de faire le test, sans les y obliger. Je leur ai expliqué les différents profils, mon profil et donc ma manière d’enseigner. Je leur ai expliqué que ça ne conviendrait peut-être pas à tous, mais que je fournirai des ressources pour les profils différents du mien.
    Sachant mon profil et les différences possibles entre les apprenants, je pratique le saupoudrage sans le savoir. Votre article me permet de formaliser ma pratique.

    Je fais aussi attention aux 8 intelligences multiples de Gardner, en particulier, lors des travaux de groupe, je donne toujours un temps de réflexion personnel avant une mise en commun en petit groupe pour satisfaire les intelligences intra-personnelle et inter-personnelle.

    Merci pour vos articles ! Ils me permettent de prendre du recul sur ma pratique et de mieux enseigner.

    • Bonjour,
      Merci pour votre message. Votre façon de procéder est très bien. Vous pouvez tout à fait associer les intelligences multiples de Gardner. J’y reviendrai dans un prochain article sur le changement de cadre de référence. Bizarrement Gardner est quelque peu contesté dans le monde éducatif aux USA et au Canada.

      « Je suis kinésthésique en 1er et visuelle en 2nd.« 

      –> C’est mieux de dire « J’ai un profil de type kinesthésique » . Pour éviter l’identification. J’en parlerai aussi bientôt.

  4. Pour la première fois, je viens de faire faire le test des profils d’apprentissage à mes classes. C’est très révélateur et cela va m’éviter cette année de faire fausse route. Merci pour ces conseils.

    • Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. Le profil de votre classe vous donne une « carte » qui vous permet de vous repérer ensuite.
      Jean-François

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