Comment aider ses élèves à réaliser leur plein potentiel et limiter l’échec scolaire ?

C’est relativement simple : il suffit de croire que vos élèves ont du potentiel, il suffit de croire qu’ils sont suffisamment bons et intelligents pour atteindre des objectifs un peu plus élevés que ce qui est normalement demandé.

Même si cette idée peut paraît fantaisiste, elle est tout à fait sérieuse. C’est ce que l’on appel l’effet Rosenthal ou Pygmalion.

La science s’est penchée dessus et les effets sont assez incroyables.

Comment ça fonctionne, quels résultats peut-on attendre ? C’est ce que l’on va voir dans ce dossier. 

Par Jean-François MICHEL auteur « Les 7 profils d’apprentissage  » Edition Eyrolles 2005, 2013 et 2019

 

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Une expérience dans une école dans les années 60

 

Tout commence dans une école, la  Oak School à San Francisco [1]

Léonore Jacobson en est la Directrice d’école, et s’intéresse beaucoup à la psychologie des enfants. Elle demande alors à Robert Rosenthal, psychologue de l’université Californie à Riverside de mener une expérience avec ses élèves pour étudier une intuition : celle de la prophétie autoréalisatrice.

À un 1er groupe d’enseignants, Robert Rosenthal et Léonore Jacbson leur disent que certains de leurs élèves avaient été identifiés comme ayant le potentiel de devenir très performants et que ces élèves s’épanouiraient au cours de l’année.

En fait ces élèves n’avaient rien de particulier : un QI et une performance dans la moyenne

Ils ont en effet été choisis tout à fait au hasard. Mais lorsque le bilan a été fait à la fin de l’année scolaire, Robert Rosenthal et Léonore Jacbson ont constaté que les enfants choisis avaient, en moyenne, fait beaucoup plus de progrès et apprenaient bien mieux que leurs camarades.

Et leur QI avait même augmenté de 5 à 25 points, alors que celui-ci n’avait pas évolué dans le groupe témoin. [2]

Le phénomène constaté par Robert Rosenthal et Léonore Jacbson  est plus connu sous e nom de l’effet « pygmalion », nom de la pièce du théâtre de George BERNARD SHAW écrite en 1912 et dont la thématique tournait autour de l’effet de l’attente (positive que négative) sur les autres.

Dans la mythologie grecque, Pygmalion était un sculpteur qui sculptait une statue si belle qu’il en tomba amoureux. Son adoration était si forte que les dieux ont transformé la pierre en une vraie femme. 

L’effet négatif ou contraire de l’effet pygmalion existe également, bien moins connu, appelé l’effet « Golem ».

Bien entendu l’expérience de Robert Rosenthal et Léonore Jacbson n’est pas exempte de critiques, ce qui est tout à fait normal et sain dans le monde scientifique. (du moment qu’elles sont argumentées).

La principale critique a été faite par le psychologue scolaire Robert L. Thorndike a [3]. Il note que la mesure d’augmentation du QI était mauvaise et que l’on ne pouvait pas dire qu’il y avait une augmentation du QI.

D’autres études ont été menées sur l’effet Pygmalion ou ses dérivées [4]

Des chercheurs en éducation aux Pays-Bas ont découvert que selon les attentes et les croyances des enseignants à la fin du primaire prédisaient les résultats de ces mêmes élèves au secondaire. 

Des psychologues de l’Université du Michigan et de l’Université Rutgers ont conclu que selon les attentes des enseignants il est possible de prédire la réussite des élèves pendant des années. Plus précisément, ils ont découvert que les attentes des enseignants en sixième et septième année prédisaient la réussite des élèves six ans plus tard.

Une enquête MetLife de 2009 [5] avec un échantillon national représentatif de plus de 1 000 enseignants de la maternelle à la 12e année (soit la terminale dans le système français) – 86 % des enseignants déclarent qu’il existe une relation étroite entre le fait d’avoir « des attentes élevées pour tous les élèves » et l’apprentissage des élèves.

 

L’effet  Pygmalion et le management

Le professeur de l’Université de Tel-Aviv, Dov Eden [6] , a démontré la présence de l’effet Pygmalion dans toutes sortes de groupes de travail, dans tous les secteurs et industries. 

Si les superviseurs ou les managers ont des attentes positives quant à la performance de ceux qu’ils dirigent, par exemple en croyant qu’ils peuvent résoudre un problème difficile, la performance s’améliore. D’un autre côté, si le leader a des attentes négatives – des attentes que le groupe échouera – cela conduit à des baisses de performance (l’effet Golem redouté). [7 et 8]

Une méta-analyse récente [9] a bien validé le constat du professeur de l’Université de Tel-Aviv (une analyse statistique qui combine les résultats d’études) a révélé que la formation en leadership Pygmalion était l’intervention de développement du leadership la plus efficace.[ 10]

L’essentiel est le suivant : Leaders, croyez en votre équipe. Ayez des attentes positives et élevées selon lesquelles ils résoudront ce problème difficile, relèveront le défi apparemment insurmontable et, le plus souvent, ils répondront ou dépasseront vos attentes.

 

L’effet  Pygmalion et les parents

Ne croyez pas que l’effet Pygmalion ne concerne que les salles de classe ou les managers. Comme on peut s’en douter, les découvertes de R. Rosenthal et Leonore Jacbson concernent aussi les parents et je dirais même tout particulièrement les parents.

Le schéma de pensée est le même :

si les parents choisissent de traiter leurs enfants comme des êtres humains intelligents, talentueux et indépendants, selon l’effet Pygmalion, ils sont plus susceptibles d’intérioriser ces attitudes et d’agir en conséquence. [11 et 12]

À l’inverse, l’effet Golem agit aussi :  si un parent considère son enfant comme incapable, inintelligent ou faible, cette personne s’abaissera très probablement à ces attentes. [13]

 

Prophétie autoréalisatrice : la boucle causale

 

Une prophétie autoréalisatrice peut être une forme de boucle de causalité, également connue sous le nom de boucles de rétroaction. Ils sont décrits comme un système dans lequel deux ou plusieurs aspects du système s’influencent mutuellement.

En termes abstraits, l’événement A conduit à l’événement B conduit à l’événement C conduit à l’événement D qui conduit ensuite à nouveau à l’événement A. Le cycle se répète ensuite.

Ces boucles, à leur tour, sont de parfaits exemples de cycles de rétroaction. Une fois le cycle commencé, il est difficile de se retirer de la situation et d’empêcher des actions et des résultats incontrôlables. La prophétie elle-même sert de moteur à une action, et elle est donc autoréalisatrice.

Merton a illustré son processus de boucle occasionnelle dans son livre Théorie sociale et structure sociale en 1949. Il y montre comment les boucles causales peuvent faire avancer cette idée d’une prophétie autoréalisatrice.

Ce phénomène est très connu en économie : une rumeur se répand que les banques s’effondrent. En réponse à cet événement, les gens retirent alors leur argent dans la panique. En conséquence, les banques commencent réellement à lutter et, par conséquent, davantage de personnes retirent leur argent. Le cycle se répète jusqu’à ce que la banque s’effondre finalement, complétant la prophétie autoréalisatrice.

Une boucle causale se nourrit d’elle-même, le danger étant que la cause puisse souvent être une rumeur ou une superstition non étayée par la vérité. Une fois qu’une boucle commence à se renforcer, le résultat devient très réel et il peut être difficile d’y mettre un terme. [14]

 

Attention aux attentes  

Le plus n’est pas toujours mieux les attentes sont irréalistes, c’est-à-dire si elles dépassent de loin les capacités d’un enfant, cela peut entraîner une baisse des performances scolaires. 

Les attentes excessives peuvent être une source de stress et d’anxiété pour les élèves. Il semble que la règle de Boucle d’or s’applique – trop peu ou trop et ce n’est pas bon. Fixer un défi certes, mais réaliste, devrait être le principe directeur.

 

Quels enseignements ?

Que l’on soit enseignant, formateur, parent ou même manager, pour que l’effet Rosenthal joue en votre faveur, le fond est la bienveillance et la vocation. Pas besoin de faire des nœuds au cerveau.

Sachez que les mots, les intentions peuvent avoir un impact fort. Si la bienveillance est le centre de tout ici, la forme (à savoir la communication) n’est pas à négliger.

La meilleure structure communicative à adopter est celle de la CNV (la communication non violente).   

Vous me direz : « Mais quand les notes d’un enfant, d’un élève sont malgré tout mauvaises ? On ne peut pas nier la réalité, les faits sont là. »

C’est vrai. Il ne s’agit pour autant de nier une réalité. Si les notes, les résultats sont en effet « mauvais », plutôt que de laisser votre cerveau dire en mode « automatique » que l’enfant est nul,  ayez une vision différente. Utilisez la technique du « pourquoi ? »

Alors pourquoi les résultats sont-ils mauvais ?

Y a-t-il des lacunes ? Si oui, quelles sont-elles ?

Ces lacunes sont-elles nombreuses ?

Comment les combler ?

 

Se poser des questions du pourquoi, permet d’avoir un autre angle de vue, plus positive, et qui ne remet en rien le fait que l’enfant ou l’élève a des capacités. Votre esprit est orienté problème à résoudre et solutions.

Le cerveau aime faire les raccourcis faciles. Attention au biais cognitif de fausse corrélation (ce qui paraît logique n’est pas toujours vrai).

 

Pour en savoir plus sur l’effet Rosenthal / Pygmalion : lire l’interview  de Sylvain Delouvée Maître de conférence en psychologie sociale à l’université Rennes 2 auteur du livre « Pourquoi faisons-nous des choses stupides ou irrationnelles ? » 

 

Sources et références

 

[1]Rosenthal, Robert; Jacobson, Lenore (1992). «  Pygmalion in the classroom : teacher expectation and pupils’ intellectual development (Newly expanded ed.)» . Bancyfelin, Carmarthen, Wales: Crown House Pub. ISBN 978-1904424062.

[2] « Great expectations: how to help your students fulfil their potential. When you believe in your pupils, they will believe in themselves. Here’s how to create a culture of positivity in your classes » The Guardian 2016

https://www.theguardian.com/teacher-network/2016/aug/31/great-expectations-how-to-help-your-students-fulfil-their-potential

[3] Thorndike, R.L. (1968). Reviewed work: « Pygmalion in the classroom by Robert Rosenthal and Lenore Jacobson. » American Educational Research Journal, 5(4), 708–711.

[4] Megan Wilhelm, and Robert Hanna – « The Power of the Pygmalion Effect. Teachers Expectations Strongly Predict College Completion »- By Ulrich Boser, October 6, 2014, https://www.americanprogress.org/issues/education-k-12/reports/2014/10/06/96806/the-power-of-the-pygmalion-effect/

[5] « The MetLife Survey of the American Teacher: Collaborating for Student Success  » https://files.eric.ed.gov/fulltext/ED509650.pdf

[6] Dov Eden – Tel Aviv University – « Leadership Now: Reflections on the Legacy of Boas Shamir – Charismatic Pygmalion: The Most Effective Leadership Combo » (pp.109-123) – https://www.researchgate.net/publication/327587442_Chapter_5_Charismatic_Pygmalion_The_Most_Effective_Leadership_Combo

L’effet Pygmalion a été documenté pour améliorer les performances des employés.

[7] Ronald E. Riggio Ph.D. – « Pygmalion Leadership: The Power of Positive Expectations

The Pygmalion effect has been documented to improve employee performance. » April 18, 2009

https://www.psychologytoday.com/intl/blog/cutting-edge-leadership/200904/pygmalion-leadership-the-power-positive-expectations

[8] McNatt, D. B. (2000). « Ancient Pygmalion joins contemporary management: A meta-analysis of the result. » Journal of Applied Psychology, 85(2), 314–322. https://doi.org/10.1037/0021-9010.85.2.314

https://psycnet.apa.org/record/2000-15247-014

[9] Analytic_Review_of_Leadership_Impact_Research_Experimental_and_Quasi-experimental_Studies  https://www.researchgate.net/publication/222068433_A_Meta-Analytic_Review_of_Leadership_Impact_Research_Experimental_and_Quasi-experimental_Studies

[10] Bruce J. Avolio – Rebecca Reichard – « A Meta-Analytic Review of Leadership Impact Research: Experimental and Quasi-experimental Studies » – October 2009

https://www.researchgate.net/publication/222068433_A_Meta-

[11] « Students’ aspirations, expectations and school achievement: what really matters? » https://bera-journals.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/berj.3171

[12]  « Magnitude of teacher expectancy effects on pupil IQ as a function of the credibility of expectancy induction: A synthesis of findings from 18 experiments. » 1984 Journal of Educational Psychology,

 [13] Brophy, J. E. (1983). « Research on the self-fulfilling prophecy and teacher expectations. » Journal of Educational Psychology, 75(5), 631–661. https://doi.org/10.1037/0022-0663.75.5.631

[14]  « Parental involvement on student academic achievement: A meta-analysis » – February 2015, – Pages 33-46 https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1747938X15000032

[15] « Don’t Aim Too High for Your Kids: Parental Overaspiration Undermines

Students’ Learning in Mathematics » – Journal of Personality and Social Psychology © 2015 American Psychological Association2016, Vol. 111, No. 5, 766–779 – https://www.apa.org/pubs/journals/releases/psp-pspp0000079.pdf

[7] « The Relation  Between  Perception  and  Behavior, or  How to Win  a Game  of Trivial  Pursui » – Journal  of  Personality  and  Social  PsychologyIW8,  Vol.  74,  No.

http://www.communicationcache.com/uploads/1/0/8/8/10887248/the_relation_between_perception_and_behavior-_how_t_win_a_game_of_trivial_pursuit.pdf

https://blog.innerdrive.co.uk/the-language-of-growth-mindset

[8] Vanessa LoBue Ph.D. – « Expect the Best: On the Power of Expectation »

« Research on how our expectations for our children could affect their behavior » September 10, 2018

https://www.psychologytoday.com/us/blog/the-baby-scientist/201809/expect-the-best-the-power-expectation

 

 

 

 

 

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