2016_07_16_echec_scolaireComment redonner une estime de soi à des jeunes en échec scolaire? La compréhension de la théorie des intelligences multiples d’Howard Gardner peut beaucoup aider.

La piètre estime de soi que j’ai pu si souvent constater chez ces jeunes qui sont passés à côté de l’école relève pour un grande part de la conviction qu’ayant été de mauvais élèves, ils sont forcément dotés d’une intelligence très médiocre. Ils son quasiment tous convaincus de leur nullité intellectuelle, les exceptions sont rares.
Il s’agit maintenant de remettre les pendules à l’heure et de tenter de faire disparaître ou du moins d’atténuer cette conviction destructrice et erronée.

Pour y parvenir, j’ai choisi de m’appuyer sur les travaux d’Howard Gardner, le père de la théorie des intelligences multiples.

Les intelligences multiples

Cette théorie suggère qu’il existe huit types d’intelligence chez l’enfant et, par extension, chez l’adulte. Ainsi, chacun d’entre nous présenterait une intelligence à dominante logique (ou mathématique), littéraire, interpersonnelle, intrapersonnelle, kinesthésique (ou corporelle), artistique, musicale, ou naturaliste.

Dans son ouvrage, Howard Gardner donne les clés pour comprendre l’échec scolaire des enfants aux USA. Une traduction française, Les formes d’intelligence (éd. Odile Jacob), a été publiée en 1997. Au départ, Gardner ne recensait que 7 types d’intelligence. La huitième, l’intelligence naturaliste, a été ajoutée par la suite.

Il faut noter que l’auteur avait évoqué également l’existence de l’intelligence spirituelle qu’il ne considérait pas vraiment comme une intelligence à part entière. Gardner n’est pas le seul à avoir présenté une thèse sur la multiplicité des intelligences. On peut citer les travaux de Peter Koestenbaum, de Tony Buzan et de Daniel Coleman. Le concept d’intelligence sexuelle et celui d’intelligence émotionnelle ont notamment fait leur apparition dans les théories récentes.

Personnellement, j’ai choisi de m’en tenir aux intelligences de Gardner qui me semblaient couvrir un champ suffisant pour l’objectif que je m’étais fixé.

Les différents types d’intelligence

On peut définir ces différents types d’intelligence de la manière suivante :

Intelligence linguistique : capacité à utiliser le langage pour comprendre les autres et exprimer ce que l’on pense.

Intelligence logico-mathématique : capacité à utiliser le nombre efficacement et à bien raisonner.

Intelligence visio-spatiale : capacité à bien percevoir le monde, à se faire une image mentale juste des choses.

Intelligence interpersonnelle : capacité à agir et réagir avec les autres, à discerner l’humeur, le tempérament, la motivation et le désir des autres et à y répondre correctement.

Intelligence intrapersonnelle : capacité à se former une représentation de soi et à l’utiliser efficacement, à accéder à ses propres sentiments et à reconnaître ses émotions.

Intelligence kinesthésique : capacité à apprendre par la pratique, à bien manipuler les objets, aptitude à maîtriser les mouvements de son corps, à utiliser celui-ci pour exprimer une idée, un sentiment…

Intelligence musicale : capacité à comprendre la musique, aptitude à produire et à apprécier un rythme, une tonalité et un timbre, à apprécier des modèles musicaux.
Intelligence naturaliste : capacité à comprendre, à classer et expliquer la nature, à utiliser ses connaissances sur l’environnement naturel.

Deux types d’intelligence valorisés dans le système éducatif français

Notre système éducatif valorise deux types d’intelligence, logique et littéraire, mais ignore les autres.

L’intelligence littéraire est généralement considérée comme moins porteuse que l’intelligence logique qui permet d’accéder aux filières d’excellence mais est néanmoins reconnue, mise en valeur. Ainsi il ne viendrait à personne l’idée que quelqu’un qui est bon en français et en difficulté en mathématiques est « idiot ».

On conviendra par ailleurs qu’un « matheux » est très intelligent, ce qui, sans être faux évidemment, n’est pas correctement exprimé. Un élève bon en math est doté d’une intelligence à dominante logique. Des différences de niveau existent ensuite à l’intérieur de cette dominante.

Mais que pense-t-on d’un élève mauvais dans ces deux matières, et donc dans un certain nombre de matières connexes, notamment celles qui réclament un niveau correct en français ?

La réponse, on la connaît tous. Malheureusement l’échec scolaire est souvent précoce (en classe de CP), et depuis le plus jeune âge ces enfants vont avoir le sentiment de ne pas être à la hauteur, d’être différents, voire inférieurs aux autres.

Détecter au début de la scolarité à quel type d’intelligence dominante on est rattaché pourrait contribuer à lutter contre la détérioration de l’estime de soi que connaissent la plupart des élèves qui sont en échec scolaire.
Tout individu a une intelligence dominante, le savoir faciliterait les choix d’orientation pour les parents et les enseignants.

Il serait naïf d’imaginer que c’est pour demain. Les élèves en échec scolaire, surtout s’ils ont développé un comportement scolaire inadapté, sont condamnés à impatienter voire exaspérer l’ensemble des enseignants qu’ils côtoient. Par la suite ils seront orientés soit vers des parcours scolaires adaptés (Segpa), soit vers des filières professionnelles (qu’ils n’auront pas choisies la plupart du temps), ou ils sortiront simplement du système éducatif dès qu’ils auront plus de 16 ans.

Ce sont ces anciens mauvais élèves que l’on retrouve quelques années plus tard dans nos formations d’insertion professionnelle ou dans les Ecoles de la Deuxième Chance (1)

Il est impératif, avant de travailler avec eux, de prendre le temps de les réhabiliter à leurs propres yeux, afin qu’ils reconstruisent un peu de l’estime de soi qu’ils ont dû laisser quelque part, sur un banc d’école.

Leurs fanfaronnades, leur détachement apparent, leur absence d’implication, leurs difficultés à s’inscrire dans une discipline, à respecter les règles, ne doivent jamais nous détourner de l’objectif qui est de leur faire reprendre confiance.
Ils pourront alors retrouver assez d’énergie pour s’impliquer, supporter les contraintes et construire un projet.

Intelligence et estime de soi

Les résultats des tests du groupe sont assez représentatifs de ceux obtenus, au cours des années, par d’autres groupes de stagiaires.

L’intelligence logique n’est pas la plus courante chez ces jeunes qui ont été très tôt en échec scolaire. Sur trois groupes de formation, soit l’équivalent de 45 stagiaires, seulement deux ou trois jeunes présentent cette intelligence en dominante.
L’intelligence verbale n’est également pas la plus fréquente.
Il est à noter qu’elle s’exprime souvent par une aisance orale, qui s’accompagne rarement de facilités à l’écrit.

La fréquence de l’intelligence interpersonnelle, en particulier chez les filles, m’a toujours frappée. Ces dernières présentent souvent des profils à forte empathie, tournés vers les autres.

Les intelligences kinesthésique et visio-spatiale sont également assez répandues. L’aisance corporelle, les capacités manuelles sont des atouts importants dans l’élaboration d’un projet professionnel. A contrario, cela pose un vrai problème lorsqu’on oriente un jeune vers un métier où l’habileté manuelle est requise alors qu’il n’a pas d’aptitude particulière dans ce domaine.

L’intelligence intrapersonnelle ne concerne pas une majorité de stagiaires, ce qui est dommage car l’introspection constitue un atout dans le travail de recherche d’orientation.

L’intelligence naturaliste est également peu fréquente, bien qu’on la retrouve de temps en temps chez des jeunes qui ont une attirance particulière pour le monde animal.

L’intelligence musicale est assez bien répartie chez ces jeunes pour qui la musique fait partie du quotidien et qui ont une compréhension immédiate de types de musique variés.

Ce test sert avant tout de prise de conscience, grâce à lui on peut entrer rapidement dans le sujet mais par la suite seules l’observation, l’écoute, les mises en situation et les évaluations qui suivront permettront d’infirmer ou de confirmer les capacités révélées par le test.

(1) Ecole de la Deuxième Chance : la première école de ce type a été créée à Marseille en 1997. Depuis, plusieurs dizaines de structures ont vu le jour en Europe. Leur objectif est d’assurer l’insertion professionnelle et sociale des jeunes de 18 à 25 ans sortis du système
Texte et dossier : Annick DEBANNE-LAMOULEN

 

 

Tous les ans, 150 000 jeunes sortent de l’école sans diplôme ni qualification. Certains d’entre eux vont bénéficier d’une deuxième chance en suivant une formation d’insertion professionnelle. L’auteur, formatrice sur un dispositif de ce type, raconte le quotidien de ces jeunes qui tentent, pendant les 6 mois que dure leur formation, d’acquérir l’estime de soi, les connaissances de base, les codes de vie en société, les rudiments de communication, enfin de commencer à bâtir un avenir professionnel. Un témoignage optimiste, mais sans illusion.

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2 Comments

  1. GRABA Mohand Akli says:

    bonjour , très intéressant , et juste pour info, il existe une école de la deuxième chance en ici Algérie dont je suis moi même le responsable, portée par l’association étoile culturelle d’Akbou, on est sur le point d’entamer la 15 ème année.

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