Les enfants intellectuellement précoces ont-ils un QI élevés ? Comment faut-il s’y prendre avec eux ? Est-ce que « sauter » une classe est-il une bonne chose ? Voici ce qu’il faut savoir des enfants intellectuellement précoces.

 

( Interview de Béatrice PETIT-JAILLET ) Auteur du livre « Élèves précoces : concrètement que faire? »

Est-ce que les enfants précoces dorment peu ?

Oui, car les enfants précoces ont le cerveau qui bouillonne constamment . Donc dans la journée, ils se posent des tas de questions Ils se posent des tas de questions où ils n’ont pas forcément la réponse dans la journée. Quand ils arrivent le soir à la maison, ils ont besoin d’avoir les réponses aux questions auxquelles ils se sont posés durant la journée. Ils arrivent que le soir ils aillent voir le dictionnaire et internet pour avoir des réponses.
 
Le cerveau des enfants précoces est en forme d’arborescence : une idée en amène une autre, puis à une autre. Pour prendre une métaphore, c’est comme l’image de l’arbre : il y a une ramification d’idées. Le cerveau des enfants précoces est constamment sollicité et quand ils veulent se coucher le cerveau bouille énormément et le bouton « off » n’arrive pas à s’enclencher. Pour ces enfants s’endormir peut sembler une perte de temps. Mais ce sont des êtres humains tout de même et ils arrivent au final à s’endormir. C’est parce qu’ils sont en quête d’informations constantes qu’ils ont du mal à se coucher. Quand ils se réveillent ils ont une multitude d’idées dans la tête dès le petit matin.

À la longue, le fait que les enfants précoces arrivent à peut dormir veut-il dire qu’ils ont besoin de peu de sommeil  ?

Ils peuvent avoir besoin d’assez peu de sommeil effectivement. Cela n’en fait pas forcément des enfants fatigués. C’est un sujet de recherche actuelle : il y aurait une relation entre le besoin de peu dormir et la précocité. Mais cela reste à vérifier. Bien entendu tous les enfants précoces ne dorment pas peu.
Il faut savoir que le cerveau des enfants précoces est un cerveau particulier : à l’IRM on constate que le cerveau est effectivement différent. Les chercheurs ont pu constater que certaines connexions cérébrales sont activées en permanence, pas de la même façon chez un cerveau commun.

La méditation serait alors une bonne chose pour les enfants précoces ?

Les enfants précoces n’aiment pas trop la méditation, la méditation est perçue comme une perte de temps. Eux veulent être en quête d’informations, ils veulent se nourrir.

À partir de quel âge peut-on détecter qu’un enfant est précoce ?

On peut le savoir très tôt, même à quelques mois. On peut reconnaître une enfant précoce dans le regard, la tenue de sa tête, le fait que le bébé ne dorme pas. On reconnaît un enfant précoce notamment dans sa façon de parler. Ils formulent des phrases avec un sujet, verbe complément, des adjectifs, du vocabulaire assez riche. Les phrases sont déjà évoluées pour l’enfant de 2 ans.

Donc entre 2 à 4 ans, on peut savoir  si un enfant est précoce.

Oui, bien sûr à 2 ans on peut savoir si un enfant est précoce. Mais on ne s’en rend pas forcément compte. La précocité est génétique. Quand vous avez un enfant précoce, le suivant le sera très probablement.

Quelle est la caractéristique principale qui permet de reconnaître qu’un enfant est précoce ?

JeanCharles terracier (psychologue spécialiste de l’enfance précoce) explique qu’un enfant précoce de 7 ans peut avoir les caractéristiques affectives d’un enfant de 4 ans (besoin d’un doudou, sucer son pouce, besoin de câlins pour se sentir rassuré). Par contre il aura une maturité intellectuelle et cérébrale d’un enfant de 10 ans : il va vous poser des questions, sur la mort, sur des sujets d’actualité, sur l’existentiel. Il aura souvent une posture mature.
En revanche, il faut comprendre que cet enfant précoce de 7 ans n’aura pas la carapace d’un enfant de 10 ans. Alors il pourra avoir peur et aura besoin de protection. Chez l’enfant précoce il y a donc une dyssynchronie entre l’âge affectif et l’âge intellectuel.

Est-ce recommandé de faire sauter une classe à un enfant précoce ?

Pourquoi pas ? Il faut écouter l’enfant. Les enfants précoces ont peu d’amis. Non pas parce qu’ils ont des problèmes de sociabilisation, parce qu’ils sont asociaux, mais parce que leurs petits camarades ne sont pas capables de répondre à leurs questions existentielles. L’angoisse de l’enfant précoce dans le saut d’une ou plusieurs classes est qu’il puisse perdre son ami(e). Alors il faut le rassurer et lui dire que son ami, que sa copine il pourra le ou la retrouver dans la cour de récréation. Il est fondamental de bien écouter l’enfant et de se concerter avec le maître ou la maîtresse. Dans la question du saut de classe, il faut avant tout voir si l’enfant s’ennuie.
 
Quelle différence y a-t-il entre un enfant précoce et un enfant surdoué ?
L’enfant surdouée est un enfant champion partout, et il est bien dans sa tête. Pour les enfants précoces cette « surdouance » ne sera pas forcément visible. L’intelligence est différente, ils n’ont pas une intelligence innée. Ils ont leur propre façon d’apprendre. Centre d’intérêt différent. Ils ont aussi une sensibilité différente (ils vont s’énerver ou pleurer pour un rien).

Est-ce à dire qu’un enfant précoce a un QI élevé ?

Oui on peut le dire. Il faut faire passer le test du QI par un psychologue spécialisé dans les enfants précoces. Il vaut mieux faire le test à partir de 6 ans. Leurs résultats vont de 130 au minimum jusqu’à 150, voire 155, ce qui est très élevé. Il faut savoir que pour une personne normale le résultat est d’environ 100/110.

Est-ce qu’il y a des enfants précoces qui cachent leur précocité, pour être normal ou paraître normal ?

Oui, c’est ce que l’on appelle l’effet Pygmalion négatif. Il faut faire attention à cela en primaire, au CP notamment. L’enfant aura tendance à copier se caler sur la norme. Il ne sera pas stimulé et c’est négatif car l’enfant va alors régresser.

Comment faire alors ?

Il faut insister auprès de l’enfant et lui dire que sa précocité est une chance, pas un handicap. Il faut l’encourager mais lui faire comprendre d’une manière ou d’une autre que cette différence est une chance. Les enfants précoces sont très sensibles voire hypersensibles même . Ils peuvent aussi être caractériels et s’énerver facilement.

Quelle attitude doive adopter les parents ?

Il faut insister sur le dialogue avec l’enfant. Certes imposer quand c’est important, ne pas laisser le choix quand c’est nécessaire, mais il faut beaucoup l’expliquer.

Et les enseignants comment doivent-ils se comporter face aux enfants précoces ?

Le problème est que l’enfant précoce, en lui-même n’est pas visible, ce n’est pas marqué sur son front qu’il est précoce. Ensuite l’erreur est de croire que si l’élève est précoce il est alors surdoué. Donc si l’élève est surdoué tout devrait bien aller, il n’a pas besoin d’aide. Cela n’est pas vrai. Il y a des élèves précoces qui sont en situation d’échec scolaire.
Pour revenir à notre enfant précoce on va le reconnaître car il va poser beaucoup de questions et souvent cela va énerver le prof. Par ses questions l’enfant précoce va déstabiliser son professeur et aussi la classe même par des questions pertinentes, mais auxquelles le prof ne saura pas forcément réponse. L’enfant précoce pourra se lever et dire à son professeur « ça, Monsieur, vous l’avez déjà dit ». Or un normal pensant à besoin entre 6 à 8 fois de répétition. Alors on va vite croire que l’enfant précoce est quelqu’un qui veut embêter sa classe et son professeur alors qu’en fait il veut se nourrir intellectuellement. L’enseignant se sent alors agressé.
 
Pour bien réagir, la seule solution pour les enseignants est d’être formée. C’est ce que l’on fait à l’AFEP, l’association française pour les enfants précoces. Par exemple on apprend aux enseignants comment nourrir l’enfant précoce pour éviter qu’il s’ennuie tout en privilégiant le dialogue sans s’énerver. Il y a plein de petites stratégies, comme cela, à mettre en place ;  je les ai rassemblées dans mon livre : « élèves précoces, concrètement, comment faire? » aux Éditions TOM POUSSE.

Comment se fait-il que des enfants précoces sombrent dans l’échec scolaire ? C’est paradoxal ?

Cela se produit lorsque l’enfant n’a pas été décelé tôt. Il s’ennuie, et il va donner à l’école une mauvaise image et va décrocher. Il faut savoir que l’enfant précoce n’est pas habitué à l’effort. Quand ils sont dans une classe de 4ème le contenu de leur copie est généralement trop pauvre. Comme on leur a dit que leurs questions étaient déplacées, ils se désinvestissent de l’école.
Ils répondent aussi de façon synthétique. Ils ont du mal à développer. En mathématiques, par exemple, ils vont directement aux résultats. Ils ont du mal à développer leur raisonnement ou, en tout cas, à l’exposer.
Enfin comme ils ont une mauvaise estime d’eux-mêmes, ils se pensent nuls, et se comportent donc en nul.

Vous dites que les L’enfant précoce n’a pas de mémoire. C’est surprenant car on pourrait penser le contraire ?

Il a une mémoire à cours terme. Une mémoire sélective et pas forcément utile pour l’école . L’enfant précoce a surtout une mémoire pour ce qui le passionne. Mais il ne mémorise que si ce qu’il apprend fait du sens. S’il n’y a pas de sens, ils ne retiennent pas. Ils peuvent retenir une chronologie imposante car elle s’inscrit dans un contexte historique qui donne du sens. Mais les tables de multiplication, par contre, ce sera plus difficile pour eux. D’autant qu’ils ne comprendront pas pourquoi apprendre quelque chose qu’un téléphone ou un ordinateur peut faire.

 

 

Béatrice PETIT JAILLET, professeur d’anglais ; maman de 4 enfants précoces de 12 à 18 ans ; membre de l’AFEP depuis 16 ans ; formatrice agréée AFEP auprès des écoles, collèges et lycées ; personne ressource auprès du rectorat de l’académie de Nantes..


Au-delà de ce « diagnostic », de l’élève précoce, ce livre vous propose quelques pistes pour accompagner ces élèves décrocheurs ou décrochés du système scolaire.

Pour voir le livre:Cliquez ici

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*