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Vous êtes peut-être un(e) enseignant(e), un(e) formateur / trice, un éducateur qui souhaitent sincèrement aider ses élèves notamment ceux qui se trouvent en difficulté voire même en échec scolaire. Vous pensez même que ces élèves-là ont du potentiel, mais qu’ils gâchent leurs chances par un processus de dévalorisation voire même d’autodestruction.

Vous avez essayé beaucoup de choses, vous avez changé de stratégie, mais vous êtes déçus par les résultats ou ceux-ci pourraient être bien mieux.

Lorsque l’on veut aider une personne, ici un élève, l’intervention (quelle que soit la forme) doit se traduise par un changement.

Le changement se concrétise par un comportement nouveau durable dans le temps et qui amène à de vraies transformations.

Mais comment s’y prendre ? Faut-il manier la carotte et le bâton ? Faut-il fixer à chaque élève des objectifs réalistes, donner conseils ? Que dit la science ?

4 erreurs sont communément commises. C’est ce que l’on va voir dans cet article.

 

Cet article est un extrait du livre  « Les 7 profils d’apprentissage Éditions Eyrolles 2005, 2013 et 2019) de Jean-François MICHEL
 

 

Erreur n°1 – La sanction

S’il est possible d’obtenir des changements comportementaux via l’autorité (en formulant des ordres ou des menaces) ceux-ci ne sont jamais constants : nous obtenons certes les comportements attendus, mais qui obéissent à la sanction  dès que celle-ci disparaît, l’utilisation des radars routiers en est un bon exemple : ils contraignent en effet les automobilistes à ralentir, mais ceux-ci reprennent vite leurs mauvaises habitudes une fois le radar dépassé…

Une étude comportementale [1] a montré la faible efficacité de la sanction pour changer un comportement : c’est l’expérience de Gneezy et Rustichini (2000). Pour lutter contre le retard des parents, une garderie d’enfants a commencé par les sanctionner financièrement, soit 3$ pour chaque retard. Contre toute attente, il a été constaté une augmentation du nombre de retards. Quelle explication ? Les chercheurs se sont aperçus que la sanction de 3$ était perçue presque comme un droit d’arriver en retard. Une fois que la punition tarifaire de 3$ fut supprimée, les parents se sont mis à arriver encore plus en retard.

Bien entendu, la sanction est parfois nécessaire. Dans le cadre de la scolarité, sanctionner un élève qui ne fait pas son travail l’amènera certainement au résultat désiré : travailler.  Mais dès qu’il n’y a plus la menace de la sanction, il arrêtera ou relâchera ses efforts.  Si l’objectif est d’amener l’élève à se motiver à apprendre et même de lui apprendre à apprendre, la sanction ou la perspective d’une sanction ne sera d’aucune efficacité.

Erreur n°2 – La récompense

Tout comme la sanction, il est possible d’agir sur la modification du comportement en récompensant les individus (rétribution financière par exemple). Mais là encore, dès que la récompense est supprimée, l’individu cesse de produire le comportement souhaité. 

Une étude a mené sur le don du sang [3] par les chercheurs Goette et Stutzer (2010) avait pour objectif de savoir comment il était possible d’augmenter le nombre de donneurs pour faire face à une pénurie de sang. Pour cela une récompense matérielle était donnée (t-shirt, ticket de loterie…) ou même avec des cartes cadeaux. Résultat : le nombre de donneurs n’avait pas, pour autant, augmenté.

L’expérience [2] de Festinger & Carlsmith, (1959) est aussi instructive : durant 1 heure, les sujets doivent placer sur un plateau, et d’une seule main, douze bobines : tâche, répétitive et fastidieuse, ne présentant absolument aucun intérêt pour les sujets.

Une fois la tâche fastidieuse terminée les chercheurs demandent aux sujets de mentir sur l’intérêt de l’expérience en la présentant à d’autres personnes, comme intéressante du genre : « C’était très plaisant, je me suis bien amusé, j’y ai pris plaisir, c’était très intéressant ». Dans un premier groupe, les sujets reçoivent 1$ lorsqu’ils exposent le ressenti (évidemment un mensonge) de l’expérience des bobines. Dans le deuxième groupe, les sujets reçoivent 20$.

Après cela, les chercheurs demandent aux sujets (de chacun des groupes) quel a été leur réel avis sur la tâche avec les bobines. La tâche était-elle si ennuyeuse que cela ? Les sujets du premier groupe (ayant reçu 1$) estimèrent la tâche plus intéressante qu’au départ, et ils ont donc modifié leur jugement. Les sujets du 2ème groupe ne présentèrent aucun changement sur leur réel avis de départ : la tâche était très ennuyeuse. Par contre, ils indiquèrent qu’ils étaient motivés à réaliser la tâche à cause de la rémunération de 20$.

Comme la sanction, la récompense n’amènera pas plus de changement. Il y aura une motivation pour la récompense, motivation qui pourra être renforcée par une sanction éventuelle. Mais là encore, il n’y aura pas de véritable changement. Une fois la récompense et la sanction levées, les comportements anciens reviendront.

Là encore, la récompense et la sanction s’avèrent par moments nécessaires dans l’éducation et chez les élèves pour les amener à apprendre et acquérir des connaissances. Mais il ne s’agit pas, non plus, de se bercer d’illusions quant à leur portée sur un quelconque changement [3].

Erreur n°3 – La bonne intention

Il ne suffit pas d’avoir une attitude positive à l’égard d’un acte, d’une action, pour que celle-ci soit effectivement réalisée par la personne. Cette question entre intention et comportement et surtout le décalage entre la réalisation, a fait l’objet d’un certain nombre de recherches. Par exemple, Bickman (1972) demandait à des étudiants [4] si selon eux il était « normal et de la responsabilité de chacun de de ramasser un papier par terre (lorsque le papier était effectivement vu) ? » 94 %  des étudiants étaient tout à fait d’accord avec cette idée. Ensuite, Bickman est passé dans le cas réel : sur les 506 personnes interrogées et qui étaient d’accord avec l’idée de ramasser un papier, seules 8 (soit 1,4%) ont effectivement ramassé un morceau de papier posé par terre dans le cadre de la recherche.

Avoir une vision positive ou adhérer à une idée ne garantit en rien le passage à l’action (même quand cette action est peu, voire pas du tout, couteuse) comme le fait de ramasser un papier).

Pour en revenir à notre contexte éducatif, ce n’est pas parce qu’un  élève est sincèrement convaincu qu’il faut travailler à l’école qu’il se mettra effectivement à travailler. Ce n’est pas parce que l’élève est convaincu qu’il doit adapter (ou en tout cas revoir) sa méthode de travail pour réussir, qu’il le fera effectivement.

Erreur n°4 – Dire et répéter des conseils

Les conseils, même les plus utiles, basés sur des faits incontestables, n’amènent pas forcément non plus à un changement de comportement chez l’individu que l’on veut aider. D’ailleurs n’avez-vous pas été surpris de voir des personnes persévérer dans un comportement leur étant nocif malgré les nombreux avertissements et conseils avisés ?  C’est humain, et de nombreuses expériences de psychologies sociales le montrent.  

L’une des plus « célèbres » [5] est celle menée par Peterson, Kealey, Mann, Marek et Sarason (2000)  dans le cadre d’un programme de prévention contre le tabagisme (projet Hutchinson). 8388 enfants ont été suivis tout au long de leur scolarité (de l’équivalent du Cours élémentaire 2 à Bac + 2 ).

La moitié d’entre eux ont été exposés sur leur temps scolaire à pas moins de 65 interventions de professionnels, représentant environ quarante-six heures dévolues à la prévention du tabac (ces risques, conséquences, etc.). L’autre moitié des enfants ne bénéficiaient pas de ces interventions. 

L’objectif était le suivant : en informant les jeunes des risques du tabac dès leur jeune âge, on réduit considérablement le risque qu’ils fument à l’âge adulte par la suite. On devrait donc s’attendre à ce que les jeunes adultes ayant reçu pas moins de soixante-cinq heures de formation sur les dangers du tabac soient, au final, moins nombreux à fumer que ceux n’ayant pas suivi cette formation.

Pourtant, une fois à l’âge adulte, la proportion de fumeurs est la même dans les deux groupes, que les jeunes gens aient reçu ou pas des sessions d’information et de prévention du tabagisme. Est-ce que l’information avait bien été comprise par le groupe de jeunes adultes ? Les chercheurs ont constaté que ce groupe avait un acquis de réelles connaissances sur le tabagisme et ses dangers. Et pourtant ce savoir n’a pas changé leur comportement, à savoir : ne pas fumer.

Pour en revenir dans à cadre éducatif, ce n’est pas parce que vous essayez de persuader vos élèves de tels ou tels avantages d’un outil pédagogique qu’ils l’utiliseront ou le mettrons en application, et en ferons bon usage. Et cela, même si l’opinion des élèves est positive, voire très positive.

Comment avoir les bons comportements ? C’est ce que nous verrons dans un prochain article, un extrait du livre « les 7 profils d’apprentissage » aux éditions Eyrolles (2005,2013 et 2019).

 

[1] Gneezy U. and Rustichini A. « Pay enough or don’t’ pay at all », The Quarterly Journal of Economics  (2000). 

[2]  « Prosocial Motivation and Blood Donations: A Survey of the Empirical Literature »- US National Library of Medicine National Institutes of Health (2010).

[3] Festinger, L., & Carlsmith, J. M. « Cognitive consequences of forced compliance ». The Journal of Abnormal and Social Psychology, (1959).

Ana Cubillo, Aidan B Makwana, and Todd A Hare  « Differential modulation of cognitive control networks by monetary reward and punishment » Janvier 2019 US National Library of Medicine  National Institutes of Health

[4] Leonard Bickman – « Environmental Attitudes and Actions » – The Journal of Social Psychology -Volume 87, (1972) – Issue 2

[5] Peterson, A.V., Kealey, K.A., Mann, S.L., Marek, P.M. & Sarason, I.G. Hutchinson « Smoking Prevention Project: long-term randomized trial in school-based tobacco use prevention-results on smoking ».nJournal of the National Cancer Institute (2000).

 

One Comment

  1. Merci du prtage

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