2014_07_11_ulisChaque élève est différent, et chacun apprend différemment. L’efficacité des classes type U.L.I.S est qu’elles peuvent s’adapter au profil de l’élève, tant dans son apprentissage que dans son orientation. Voici quelques exemples concrets.

Océane a 18 ans

Elle est présentée par sa professeure comme une élève sérieuse et comme apportant une dynamique à sa classe de CAP. En classe ULIS, elle vient avec Esther

Océane présente une difficulté quant au traitement de la mémoire à court terme. Elle peut comprendre et « assimiler » relativement vite mais sa mémoire ne retient pas, lui joue des tours. C’est peut-être dans son histoire personnelle qu’il faudrait chercher les causes, il y aurait comme quelque chose du ressort de la psychanalyse. Océane est fille unique et vit avec ses parents.

Elle arrive toujours en classe ULIS avec une demande bien précise, réviser pour le contrôle de sciences physiques, réviser pour le devoir de maths, réviser pour le devoir de français. Elle anticipe, s’y prend à l’avance, révise plusieurs fois avant l’examen mais il semblerait que la répétition ne soit pas une solution pour Océane. Quant à son CCF (Contrôle en Cours de Formation) de géographie, qui consiste en la soutenance d’un écrit, Océane ne souhaite pas être aidée pour l’amélioration de son écrit. C’est calé, c’est figé, il ne faut rien toucher, le moindre changement la perturberait.

Elle réussira son oral à condition qu’on l’autorise régulièrement à consulter son écrit. Que ce soit écrit l’aide face à son problème de mémorisation. Elle souhaite aussi souvent se préparer à l’examen sur le linge. Elle demande parfois à être exemptée d’ULIS pour assister au cours de linge prévu pour l’ensemble de sa classe. Elle demande un cours particulier ULIS pour se préparer à cet examen.

Elle a bien retenu comment mettre en route une machine à coudre. Mais sa professeure explique que pour le pliage des torchons, on a beau lui faire répéter les gestes de pliage, Océane ne retient pas. Peut-être parce que mettre en route une machine à coudre, ça a du sens pour Océane, un sens immédiat, ça va servir à quelque chose. Et peut-être que plier du linge n’a pas de sens pour elle, peut-être que des formules de maths, de physiques n’ont pas de sens immédiat et concret. Ce qui est marquant chez Océane, c’est son désir, sa volonté d’y arriver.

Elle envisage une formation qui est vécue comme une promotion dans le lycée, passer le CAP Petite Enfance. C’est peut-être dans son désir, dans sa volonté d’y arriver qu’Océane trouvera les ressources qui lui permettront de pallier à son handicap. Peut-être aussi en mûrissant finira-t-elle par découvrir que le sens des choses ne se joue pas toujours dans le résultat immédiat.

Esther a 18 ans

Elle est présentée par sa professeure comme une élève en difficulté qui, de plus, entre à l’internat suite à des problèmes familiaux.

Esther arrive en classe ULIS avec des demandes de travail de révision avant contrôle. En physiques, en maths, en français, en apprentissage professionnel. Esther comprend et retient. Elle a un très fort désir de comprendre, de s’approprier le savoir. Pour son devoir de physique, elle pensait avoir plus ou moins réussi. Elle ne s’était pas trompée, elle obtint 10/20, une des meilleures notes de la classe.

Quant à son CCF d’histoire, qui consiste en la soutenance d’un écrit, Esther souhaite toujours améliorer son écrit et comprendre toujours plus le thème qu’elle a choisi de traiter. Elle accepte qu’on le reprenne, qu’on l’ordonne pour davantage de cohérence, qu’on mette en lien des éléments. Elle n’accepte pas passivement. Elle accepte dans une démarche active, elle comprend le pourquoi des choses, elle comprend mieux le thème qu’elle a choisi de traiter et elle prend du plaisir à comprendre mieux. Pour la préparation à l’oral, elle se montre aussi très engagée. Esther ne semblait pas telle que l’avaient présenté certains de ses professeurs, très en difficulté.

Sa professeure explique alors qu’Esther a des périodes, des périodes où tout roule et des périodes où tout stagne. Ça a l’air de plutôt bien rouler ces temps-ci, on peut penser alors que l’internat lui est bénéfique. L’internat lui permet de vivre dans une ambiance plus sereine, plus propice au travail, loin de l’ambiance lourde qui règne à la maison. Toujours est-il qu’Esther a des acquis et qu’en principe les acquis se conservent. Certainement qu’à l’occasion de périodes de perturbation personnelle, quelque chose lâche mais ne disparaît pas.

Esther a à trouver les moyens de réguler ses émotions afin de pouvoir être constante dans son travail. Esther envisage un Bac pro. C’est un projet tout à fait réalisable étant donné qu’elle est désirante, travailleuse et que plus elle travaillera plus elle devrait acquérir de la facilité à étudier. Plus elle expérimentera qu’elle peut y arriver et plus elle prendra confiance en elle et en ses possibilités.

Thierry a 18 ans

Sa professeure le présente comme un élève qui manque d’organisation et qui a parfois un handicap à l’oralité. Il semblerait que la mère de Thierry ait difficilement accepté l’orientation en classe ULIS de son fils. Thierry se dit lui-même là par défaut, parce qu’au lycée où il était avant, ce n’était pas du sérieux, il avait beaucoup chuté dans ses résultats et il s’est retrouvé en CAP ici, puis en ULIS. Il y a donc là quelque chose de l’ordre de la non-acceptation des parents et, en conséquence, une mauvaise appréciation de sa réalité par le jeune.

En effet, les élèves ne sont pas ghettoïsés, mis à part. Ils font partie d’une classe « normale » et, parfois, vont en classe U.L.I.S. Les enjeux en termes d’identité sont énormes. En effet, les enfants ont souvent tendance à s’identifier aux adjectifs qu’on leur attribue, aux étiquettes qu’on leur colle. Si on laisse entendre à un jeune qu’il est quelque part par défaut, parce qu’il n’a pas de place ailleurs alors il se construit avec cette idée qu’il ne trouvera de place nulle part et qu’il devra laisser les autres décider pour lui

C’est surtout sur son CCF d’histoire qu’il souhaite travailler. Il a choisi un thème qu’il comprend et tous les apports du professeur prennent vite sens pour lui. L’écrit qu’il a réalisé est cependant désorganisé et peu cohérent. Il s’agit alors pour lui de réaliser un plan, de structurer son travail. Avec l’aide du professeur, le travail est réalisé avec beaucoup de rapidité. Il comprend ce qu’il fait et plus il comprend et plus il est désirant pour poursuivre. C’est avec autant de rapidité qu’il réalise sa première partie. Il sait faire des recherches sur internet. Il sait reformuler ce qu’il a lu, il sait marquer de son empreinte. Concernant la rédaction d’écrit, il est rapide, il a de bonnes bases en orthographe et en grammaire, en vocabulaire. Ainsi, il terminera son écrit, avec de l’aide mais par lui-même. Il manque cependant d’autonomie, il se laisse guider par la professeure à qui il ne rappelle pas les consignes de départ qu’elle ne connaît pas (car de passage).

Ayant terminé son écrit d’histoire, il peut se préparer à l’oral. Là encore, il ne va pas de lui-même se saisir de la trame de travail remise par son professeur mais attend que la professeure d’ULIS s’en saisisse. Mis à part cela, il est très vite prêt pour pouvoir se présenter à l’oral. Thierry est globalement intéressé par l’ensemble de sa scolarité. Il investit les matières générales, les matières professionnelles, les stages professionnels. C’est un jeune homme qui parvient à s’entendre avec tout le monde tout en affirmant sa personnalité. Thierry a choisi de s’orienter vers les métiers de la vente. S’il maintient cette orientation, il y a fort à penser qu’il y fera un bon bout de chemin.

Dossier et texte : Violaine VERDOUX

 

Violaine Verdoux est psychologue à la Maison de la santé. Elle exerce également en cabinet à Lembeye (64 – Pyrénées-Atlantiques)

 

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