Dernière modification de l’article le 16 janvier 2026 par Admin

Comment faire cours lorsque, face à vous, les élèves semblent apprendre chacun dans une langue différente ?

Lorsque ce qui déclenche un déclic chez l’un laisse l’autre totalement imperméable ?

Lorsque, malgré votre engagement et votre expertise, vos explications paraissent à la fois justes… et inefficaces ?

Alors vous ajustez.

Vous ajoutez.

Vous multipliez les approches.

Plus d’exemples.

Plus de supports.

Plus d’énergie.

Et pourtant, une fatigue sourde s’installe.

Ce constat, je ne l’ai pas tiré d’une théorie de plus. Il s’est construit sur le terrain. À travers des interventions dans plusieurs centaines d’établissements. Au contact de milliers d’enseignants et de formateurs. Et surtout à partir d’une réalité observable : aujourd’hui, plus de 2 700 écoles utilisent les 7 profils d’apprentissage dans leur pédagogie.

Et partout, le même malentendu revient.

Un bon enseignant devrait s’adapter à tous les élèves. Tout le temps. En permanence.

Une idée généreuse. Presque indiscutable. Et pourtant…

Cette croyance, largement partagée, n’a manifestement pas été comprise. Pire : elle alimente une mauvaise pratique. Vouloir s’adapter à tout le monde conduit bien souvent à se disperser, à s’épuiser, et à perdre en efficacité. À force de vouloir répondre à toutes les différences, on finit par diluer le message. Et par ne plus réellement s’adapter à personne.

Les pièges pédagogiques ne sont pas là où on les attend. Ils ne sont ni grossiers, ni visibles. Ils se cachent dans des injonctions bien intentionnées, répétées sans jamais être confrontées à la réalité d’une classe hétérogène.

Faut-il alors renoncer à toute adaptation ?

Évidemment non.

Mais encore faut-il savoir à quoi s’adapter… et comment le faire sans s’y perdre.

Avant d’ajouter une méthode de plus.

Avant de remettre en question votre posture ou votre légitimité.

Une clarification s’impose. Une distinction essentielle, issue du terrain, de l’observation, et de l’expérience accumulée au fil des années.

C’est précisément cette confusion, et la manière concrète d’en sortir, que ce dossier vous invite à explorer.

Par Jean-François MICHEL ( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013, 2019 et 2024)

 

Premier piège, et sans doute le plus répandu : croire qu’il faudrait s’adapter aux profils d’apprentissage de tous les élèves.

En matière de pédagogie différenciée, cette idée revient sans cesse.

Elle part d’une intention louable.

Mais dès que l’on quitte le terrain des principes pour entrer dans la réalité d’une classe, le décor change. Rien qu’en l’envisageant sérieusement, la migraine n’est jamais bien loin.

Un instant, prenez du recul.

Un enseignant peut-il réellement ajuster son discours en temps réel aux spécificités d’apprentissage de chaque élève ?

Peut-il, tout à la fois, suivre son fil pédagogique, garder le cap de son programme, et se glisser mentalement dans la tête de vingt, trente, parfois quarante apprenants pour vérifier si chaque phrase fait sens pour chacun d’eux ?

C’est une gymnastique mentale impossible.

Une tentative d’ubiquité pédagogique.

La réalité est simple, même si elle dérange : il est irréaliste de vouloir s’adapter simultanément aux profils d’apprentissage — compréhension, motivation, identité — de tous les élèves d’une classe.

Et encore moins de le faire au même instant.

Dans un accompagnement individuel, la question ne se pose pas. Coaching scolaire, soutien personnalisé, accompagnement sur mesure…

C’est précisément pour cela que ces formats fonctionnent si bien.

Lorsqu’un enseignant ou un coach ajuste réellement son approche au profil d’apprentissage d’un apprenant, l’efficacité explose. La valeur ajoutée devient immédiatement perceptible.

Mais dès qu’un groupe entre en jeu, même restreint, les règles changent.

Faut-il alors conclure que l’adaptation pédagogique à un groupe relève du rêve naïf, voire de l’utopie ? Absolument pas. Le problème n’est pas l’objectif. C’est la manière de l’aborder.

On confond souvent adaptation et dispersion.

On croit devoir tout faire, pour tout le monde, en même temps. Comme si l’enseignant devait devenir un caméléon épuisé, changeant de couleur à chaque regard posé sur lui.

Dans cet article, je vais vous montrer une autre voie.

Plus simple.

Plus réaliste.

Et surtout, compatible avec la vraie vie d’une classe.

La technique du saupoudrage

Lorsqu’un enseignant ou un formateur cherche à toucher le plus grand nombre d’élèves dans une classe ou un groupe, une tentation apparaît presque mécaniquement : vouloir tout prendre en compte. Tous les profils. Toutes les différences. Toutes les subtilités.

Et très vite, l’énergie se disperse, l’esprit se fatigue, l’impact s’affaiblit.

Il existe pourtant une approche beaucoup plus sobre. Et surtout, beaucoup plus efficace.

Plutôt que de vouloir agir sur tous les leviers à la fois, il est pertinent de commencer par un socle commun : la compréhension. Non pas la mémorisation, ni la motivation, ni l’identité, mais la façon dont l’information est intégrée au moment où elle est transmise.

Dans le modèle des  7 profils d’apprentissage, cette dimension renvoie aux profils de compréhension.

On y retrouve notamment les canaux visuel, auditif et kinesthésique dans pas mal de profils pédagogiques. 

Mais attention : ces termes sont génériques. Ils circulent dans de nombreux modèles, avec des significations parfois très différentes selon le modèle de profils pédagogiques. 

Selon les approches de profils pédagogiques, ils peuvent désigner des préférences sensorielles, des styles cognitifs, ou de simples habitudes pédagogiques.

Ici, il ne s’agit ni de catégories figées, ni d’étiquettes psychologiques. Ces termes désignent une réalité précise : la manière dont une information prend sens pour être comprise.

À partir de là, tout se simplifie.

La bonne démarche consiste à concevoir un cours capable de parler simultanément à ces trois modes de compréhension. Pas en alternance. Pas en ciblage individuel. Mais dans une construction globale, pensée en amont.

Contrairement aux idées reçues, cela ne demande ni gymnastique intellectuelle, ni prouesse pédagogique. Il n’est pas question de se glisser dans la tête de chaque élève, ni d’anticiper leurs réactions internes.

La clé repose sur un principe simple, presque intuitif : le saupoudrage.

L’idée est de transmettre un même contenu en activant, au fil du cours, les dimensions auditive, visuelle et kinesthésique de la compréhension. Comme on équilibre un plat, sans masquer la saveur principale.

Voyons comment cela se traduit concrètement.

Pour la dimension auditive

C’est celle que l’enseignant mobilise le plus naturellement. Expliquer, raconter, questionner, faire lire, analyser un texte… Tout cela relève du canal auditif au sens de la compréhension.

Aucun effort particulier n’est requis. Le piège serait de croire que ce canal, à lui seul, suffit à faire comprendre.

Pour la dimension visuelle

Une adaptation devient nécessaire. Le contenu gagne à être structuré, spatialisé, organisé sous forme de schémas, de cartes, de tableaux, de projections. Pas pour décorer, mais pour donner à voir le sens.

Et c’est ici qu’une confusion fréquente apparaît.

Illustrer une notion par un schéma ne garantit rien. Un visuel n’est pertinent que s’il porte la compréhension. Le support visuel ne doit pas accompagner le discours. Il doit le rendre lisible.

La nuance est fine.

Mais elle marque la frontière entre un support visuel creux, vite oublié, et un support qui éclaire réellement.

Autre confusion classique : assimiler la vidéo à un support visuel. Si une vidéo se limite à une personne qui parle, sans structuration graphique ni organisation spatiale de l’information, alors le canal principal reste auditif. L’image seule ne crée pas le visuel. C’est la mise en forme du sens qui le fait émerger.

Prenez deux vidéos traitant d’un même sujet.

L’une parle.

L’autre montre, organise, met en relation.

La compréhension n’a plus rien à voir.

C’est précisément à cet endroit que la technique du saupoudrage prend toute sa valeur : elle ne cherche pas à classer les élèves, mais à multiplier les portes d’entrée vers le sens.

 

 

 

Exemple de vidéo auditive

 

 

Exemple de vidéo visuelle et auditive

Pour la dimension kinesthésique

C’est souvent là que les choses se compliquent.

Les élèves relevant de la dimension kinesthésique, au sens du modèle des 7 profils d’apprentissage, ont besoin de ressentir l’information pour qu’elle prenne sens. Comprendre, pour eux, ne passe ni uniquement par l’écoute, ni seulement par le regard. L’information doit être incarnée, reliée, vécue intérieurement.

Dire ne suffit pas.

Montrer ne suffit pas toujours davantage.

Même si un schéma peut aider — notamment lorsque le profil secondaire est visuel — l’essentiel se situe ailleurs. Pour chaque concept clé, il devient indispensable d’expliquer le pourquoi. De relier. De donner du sens. De montrer la logique interne, la cohérence, la raison d’être.

Oui, c’est plus exigeant.

Oui, c’est moins confortable.

Mais c’est précisément à cet endroit que la compréhension réelle émerge.

Faire de son mieux 

Dans les établissements scolaires et les centres de formation où j’interviens, je rencontre régulièrement des enseignants et des formateurs traversés par une forme d’angoisse. L’impression qu’il faudrait changer profondément leurs pratiques. La crainte de ne pas y arriver. La sensation que cette technique du saupoudrage est trop lourde, trop complexe.

Cette peur est légitime. Elle traduit un changement de posture. Et tout changement génère, tôt ou tard, une résistance.

C’est pourquoi il est essentiel de rester pragmatique.

Plutôt que de parler de changement, je préfère le mot adaptation.

Il n’est nullement question de jeter à la poubelle ce que vous faisiez jusqu’ici, ni de repartir d’une page blanche. Bien au contraire.

Il s’agit d’un premier pas. Parfois modeste. Mais conscient.

Une transformation progressive du cours, construite dans le réel.

Cela commence par quelques questions simples, presque dérangeantes par leur évidence :

– Mon cours s’adresse-t-il réellement aux profils visuel, auditif et kinesthésique, tels qu’ils sont définis dans le modèle des 7 profils d’apprentissage ?

– À quels moments mes élèves décrochent-ils habituellement ?

– Comment puis-je structurer un même contenu pour qu’il soit entendu, vu et ressenti ?

À ce stade, une pensée surgit presque toujours :

« Très bien… mais concrètement, je ne sais pas comment faire. »

Alors commencez par ce qui vous paraît évident.

Fiez-vous au bon sens.

Évacuez toute tentation de perfectionnisme.

L’erreur n’est pas un échec. Elle est un laboratoire.

Si votre profil d’identité vous pousse vers le perfectionnisme, ou vers l’action permanente pour éviter l’échec, ce passage vous concerne tout particulièrement.

Je me souviens très bien d’un de mes ratés de cours. Un classique.

En classe, tout semblait clair. Les élèves maîtrisaient les définitions. Les principes de base étaient connus. Le concept paraissait acquis.

Puis vint le devoir.

Et les notes furent catastrophiques.

La réalité s’imposait : ils n’avaient rien compris.

Refaire le cours à l’identique n’aurait servi à rien. J’ai alors pris le temps de construire un corrigé type, en tenant compte prioritairement des profils visuel et kinesthésique.

Tout s’est débloqué au moment de la correction.

Je leur ai remis un résumé sous forme de schéma pour structurer l’information, puis j’ai réexpliqué chaque lien, chaque articulation, chaque raison d’être entre les concepts. Là, le sens est apparu. Presque instantanément.

Le temps consacré à ce corrigé spécifique n’a jamais été une perte. C’était un investissement.

Un investissement durable.

Pourquoi ?

Parce que ce travail m’a servi les années suivantes, sans effort supplémentaire.

Il devient alors essentiel de réhabiliter un mot injustement diabolisé : se tromper.

Expérimentez. Ajustez. Corrigez.

Mais restez lucide et pragmatique.

C’est ainsi que se construit un véritable savoir-faire pédagogique.

Et gardez en tête cette mise en garde de Saint Augustin :

«  se tromper est humain.

S’obstiner dans l’erreur ne l’est pas.»

 

S’appuyer sur les élèves… sans attendre qu’ils viennent à vous

Partons d’un principe simple, et souvent inconfortable : les élèves ne viendront que très rarement vers vous pour signaler une difficulté de compréhension. Non par mauvaise volonté. Mais parce que le groupe observe, juge, compare. La dynamique de classe agit comme un miroir silencieux. La preuve sociale fait son œuvre.

L’élève se tait. Il doute. Il attend.

Et le malentendu s’installe.

C’est donc à l’enseignant, au formateur, d’ouvrir la voie. D’observer. D’oser aller vers eux. Non pour porter, sauver ou surprotéger, mais pour amorcer autre chose : la responsabilisation progressive de l’apprenant.

Oui, cette démarche peut sembler fatigante. Surtout lorsque les semaines s’enchaînent, que les heures de cours s’accumulent, que les classes sont chargées et parfois éprouvantes. En fin de trimestre, la fatigue se glisse partout. Dans le corps. Dans la voix. Dans la patience.

Mais c’est précisément ici que se joue un levier essentiel.

Aller vers les élèves n’a pas pour but de faire à leur place. L’objectif n’est pas de devenir omniprésent. Il est de créer un cadre où l’élève apprend à identifier ce qu’il comprend, ce qu’il ne comprend pas, et comment il apprend.

Autrement dit : rendre l’élève acteur de son apprentissage.

Observer un regard qui se perd.

Interroger sans exposer.

Nommer une difficulté sans juger.

Ce sont ces micro-interventions qui, peu à peu, autorisent l’élève à se dire : « J’ai le droit de ne pas comprendre… et j’ai surtout la capacité de chercher comment comprendre. »

L’autonomie ne naît pas d’un discours. Elle se construit dans la relation, dans la sécurité pédagogique, dans la clarté des attentes. Lorsque l’élève comprend que l’erreur n’est pas une faute mais une information, alors il commence à prendre en charge son propre processus d’apprentissage.

C’est un déplacement subtil, mais décisif.

Vous ne portez plus seul le poids de la compréhension.

Vous partagez la responsabilité de l’apprentissage.

Et paradoxalement, c’est à cet endroit précis que votre charge mentale s’allège. Parce qu’un élève rendu responsable devient plus attentif, plus engagé, plus autonome. Non par contrainte. Mais parce qu’il comprend enfin comment il fonctionne.

Former, enseigner, ce n’est pas remplir des têtes.

C’est apprendre à chacun à tenir la barre de son propre apprentissage.

 

Les enseignants, les formateurs ne sont pas tous égaux. Tout dépend de la matière

Et cela n’a rien à voir avec la compétence ou l’engagement. Tout dépend de la matière.

Toutes les disciplines ne posent pas les mêmes défis pédagogiques. Comparer un enseignant de technologie ou de physique à un enseignant de français n’a tout simplement pas de sens. Non pas parce que l’un ferait mieux que l’autre, mais parce que la nature même de la matière impose des contraintes didactiques radicalement différentes.

Enseigner le français ou les mathématiques, disciplines fortement abstraites, ne mobilise pas les mêmes leviers qu’enseigner la physique ou la technologie. Les premières reposent largement sur le langage, les concepts, les structures symboliques. Les secondes s’appuient plus naturellement sur l’expérience, la manipulation, l’observation du réel.

Autrement dit, toutes les matières ne sollicitent pas les mêmes canaux de compréhension.

Les disciplines abstraites entrent plus facilement par le canal auditif : écouter, lire, analyser un texte, manier des notions. À l’inverse, la technologie ou la physique offrent spontanément des points d’appui kinesthésiques : expérimenter, manipuler, tester, voir un phénomène à l’œuvre.

C’est là que naissent de nombreuses incompréhensions.

Rien n’est plus complexe, par exemple, que de rendre le français ou les mathématiques véritablement visuels ou kinesthésiques, en dehors de contextes très spécifiques comme certaines sections littéraires. À l’inverse, rendre une discipline expérimentale purement auditive appauvrit souvent la compréhension.

Le niveau de difficulté ne dépend donc ni du talent de l’enseignant, ni de sa bonne volonté. Il dépend de l’écart entre la nature de la matière et le profil de compréhension de l’élève.

C’est une réalité qu’il devient essentiel de reconnaître.

Non pour se résigner.

Mais pour ajuster les attentes.

Et surtout, pour éviter une erreur fréquente : croire que les difficultés d’apprentissage relèvent uniquement de l’élève ou uniquement de l’enseignant.

Entre une matière, un mode de compréhension et un élève, l’équilibre n’est jamais donné d’avance. Il se construit. Et parfois, il se conquiert.

Des réactions différentes selon les classes, ou les groupes

Il est important de le savoir dès le départ : la technique du saupoudrage — s’adresser simultanément aux trois profils de compréhension — ne provoque pas toujours les mêmes réactions d’une classe à l’autre. Et c’est parfaitement normal.

Pourquoi ?

Parce qu’une classe n’est jamais neutre. Elle possède presque toujours une dominante. Un profil de compréhension majoritaire qui façonne les attentes, le rythme perçu et même le jugement porté sur votre cours.

Dans une classe à dominante auditive, par exemple, certains élèves s’interrogeront. Pourquoi passer du temps sur des schémas, des graphiques, des diapositives, alors qu’une explication structurée, appuyée sur des définitions claires, leur donnerait immédiatement le sentiment de comprendre ? Pour eux, ce sont les mots qui portent le sens. Le reste paraît superflu.

À l’inverse, dans une classe fortement visuelle, les temps consacrés à expliquer le « pourquoi », à relier les concepts, à donner du sens en profondeur — indispensables aux profils kinesthésiques — peuvent être perçus comme inutiles. Le cours semble ralentir. Certains élèves s’inquiètent même d’un prétendu retard dans le programme. L’impression de lenteur s’installe, alors même que le contenu est en train de devenir réellement compréhensible pour une partie de la classe.

Autrement dit, un même cours peut être jugé trop lent par les uns, trop chargé par les autres, parfaitement ajusté par ceux qui, jusque-là, décrochaient.

D’une classe à l’autre, les réactions peuvent donc être très différentes. Parfois même opposées.

La tentation est alors grande de céder à la pression du groupe majoritaire. D’aller dans son sens. D’adapter le cours à ce qui se manifeste le plus bruyamment. Mais cette solution apparente a un coût invisible : elle laisse de côté les élèves dont le mode de compréhension est minoritaire.

Or, la dynamique de groupe joue rarement en faveur de la minorité. L’opinion dominante s’impose. Les autres se taisent. Ils décrochent sans bruit.

La technique du saupoudrage n’a pas pour objectif de satisfaire un groupe au détriment d’un autre. Elle vise un équilibre. Un partage du temps et des formes qui permette à chacun de trouver, à un moment donné, une porte d’entrée vers le sens.

C’est une posture exigeante.

Mais c’est aussi celle qui, à long terme, limite le décrochage silencieux.

Connaître le profil d’une classe : sortir du pilotage à l’aveugle

Pour éviter les écueils liés aux réactions contrastées des élèves, il existe une clé simple, rationnelle et souvent négligée : connaître le profil de compréhension de sa classe.

Tant que vous ne le connaissez pas, vous avancez à l’intuition.

Parfois juste.

Souvent approximative.

En connaissant le profil dominant d’un groupe, vous pouvez anticiper. Vous savez à quels élèves votre cours parlera spontanément… et lesquels risquent de décrocher, non par manque de capacité, mais par inadéquation entre la forme du cours et leur mode de compréhension.

La difficulté, c’est qu’on ne peut pas déduire un profil de compréhension à partir de simples comportements observables. Un élève discret n’est pas forcément auditif. Un élève agité n’est pas nécessairement kinesthésique. S’y fier conduit presque toujours à des erreurs d’interprétation.

Autrement dit, sans outil, vous êtes dans un flou total.

Certes, avec l’expérience, certaines tendances apparaissent. Les classes à dominante technique, les filières professionnelles, présentent souvent une majorité d’élèves à compréhension kinesthésique. Mais cela reste une tendance, jamais une certitude. Et une tendance ne suffit pas à construire une pédagogie solide.

D’où l’intérêt de s’appuyer sur un outil objectif : le test des 7 profils d’apprentissage.

En faisant passer la première partie du test à vos élèves, vous obtenez un double bénéfice immédiat.

D’abord pour les élèves eux-mêmes. Ils découvrent leur mode de compréhension. Ils mettent des mots sur ce qu’ils vivent intérieurement. Et, déjà, un premier déplacement s’opère : ils commencent à comprendre comment ils apprennent. C’est un pas décisif vers la responsabilisation et l’autonomie.

Ensuite pour vous. Le profil de l’ensemble de la classe est automatiquement synthétisé dans votre panneau de gestion. Vous ne travaillez plus à l’aveugle. Vous savez où concentrer vos efforts, où ajuster, et où alléger.

Cela change tout.

Il devient inutile, par exemple, de consacrer une énergie considérable à développer des dispositifs kinesthésiques complexes si votre groupe ne comporte aucun élève de ce profil, ou une infime minorité. En revanche, vous gardez en tête que ces élèves, s’ils sont présents, peuvent se perdre ponctuellement, et vous anticipez ces moments.

Vous passez ainsi d’une pédagogie réactive à une pédagogie stratégique.

Dernier point important : la procédure pour faire passer le test aux élèves est expliquée pas à pas dans votre panneau de gestion. Un guide est également disponible pour vous accompagner.

Connaître le profil d’une classe, ce n’est pas enfermer les élèves dans des cases.

C’est vous donner les moyens de construire un cadre clair, lisible, et responsabilisant.

Et surtout, c’est cesser de confondre difficulté d’apprentissage… et défaut d’adaptation pédagogique.

Les 4 étapes pour utiliser la technique du saupoudrage

 

.1/  Utilisez les profils de compréhension : visuel, auditif, kinesthésique

.2/  Considérez le profil de votre groupe ou classe. Quelle est la répartition ? Celle-ci est-elle équilibrée ? Ou au contraire, y a-t-il une dominante sur un profil ?

.3/  En fonction de cela, adaptez la technique de saupoudrage. Forte pour un groupe avec une répartition équilibrée. Modérée ou adapté en cas d’une dominance d’un profil.

.4/  Allez-y pas à pas. Expérimentez en restant pragmatique. Commencez par adapter à la marge votre cours ou votre formation.

 

                                  Et vous ?

> Connaissiez-vous cette technique de saupoudrage ?

> Dans quelle spécialité êtes-vous : matière plutôt abstraite ou pratique ?

> Comment adaptez-vous votre cours ou votre formation ?

Indiquez vos réponses dans un commentaire  (cela me permettra d’y répondre).

 

Sources et références

Neil D. Fleming & Colleen Mills « Not Another Inventory, Rather a Catalyst for Reflection » University of Nebraska Lincoln https://digitalcommons.unl.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1245&context=podimproveacad

Alain LIEURY « La mémoire visuelle, une croyance encore tenace » 19.05.2014 https://www.pourlascience.fr/

Étude sur les 7 profils d’apprentissage en classe. Publication –>  Question de pédagogie dans l’enseignement supérieur (Grenoble 13-16 juin 2017) – Page 243 « Profils d’apprentissage : impacts sur les résultats académiques » – https://api.unil.ch/iris/server/api/core/bitstreams/220c1726-774c-4137-88a4-b17ef6db2514/content

23 Commentaires

  1. Étant étudiante en éducation des adultes, votre texte me parle beaucoup. En plus d’appliquer les différentes théories liées aux concepts de l’andragogie, si on veut optimiser une formation, je crois aussi qu’il est pertinent de s’adapter au type d’apprenant. En s’intéressant aux différences des participants, on réduit l’écart entre les chances de réussite de chacun. Quand la situation s’applique, je suis aussi persuadée que de débuter la formation en statuant sur les différents types d’apprenants, il est plus facile ensuite d’adapter la formation, afin d’optimiser la capacité d’apprentissage de chacun. Bien que je n’aie pas encore l’expérience, je serais bien curieuse d’expérimenter le tout concrètement dans une formation! Merci pour ces bons conseils.

  2. Bonjour, je vous remercie de cette brillante et apprenante note, j’en tres rassagié. J’ai l’intention d’organiser une formation de reinforcement de capacité technique et professionel des enseignants de Mon pays pour un bon niveau de nos enfants. Votre presentation m’a donné beaucoup d’idée.

    • Bonjour,
      Merci pour votre message. J’espère que vous pourrez appliquer les idées et les conseils de cet article dans votre école.
      Bien cordialement
      Jean-François

  3. Bonjour M. Jean-François

    J’ai reçu le dossier 2. Merci pour le partage. Ce document est aussi très pertinent.
    J’interviens à trois niveaux au sein de notre institut (Licence 1, Licence 2 et Master 1). Nous avons d’énormes difficultés de connexion. J’ai fait le test pour moi-même. Mais j’hésite beaucoup à le faire pour les étudiants car je ne sais ni le temps que cela peut prendre dans les heures de cours ni les conséquences du test si l’administration n’est pas du même avis que moi.

    Par ailleurs, dans une de vos réponses le 06 novembre 2019, vous avez évoquée une formation en ligne. S’agit-il de celle que je suis en train de suivre ? C’est-à-dire les 12 dossiers envoyés en raison d’un par semaine suivis des réponses aux questions, des situations vécus etc. dans des commentaires.
    Merci M. Jean-François.
    Cordialement. @

    • Bonjour,

      Merci pour votre message

      S’agit-il de celle que je suis en train de suivre ? C’est-à-dire les 12 dossiers envoyés en raison d’un par semaine suivis des réponses aux questions, des situations vécus etc. dans des commentaires.

      Non, il s’agit d’une autre formation, gratuite également. Vous aurez des éléments de réponses et des clefs importantes d’application, notamment par rapport à votre question sur la pertinence de faire passer le test à vos élèves.

      Voici la présentation de celle-ci où vous pouvez vous inscrire : https://www.apprendreaapprendre.com/reussite_scolaire/presentation-fg-7-profils/

      En vous souhaitant une bonne journée.

      Bien cordialement.

      Jean-François

  4. Bonjour,
    Merci pour ces informations. J’ai une question d’ordre pédagogique: En parcourant votre guide et afin de toucher le maximum d’élèves, proposer un enseignement protéïforme serait il aussi une conséquence de votre étude?

    Merci
    Cordialement
    patrick olivier

    • Bonjour,
      Merci pour votre message.

      proposer un enseignement protéïforme serait il aussi une conséquence de votre étude

      Essayer de changer constamment son enseignement ou sa manière de former pour s’adapter au profil d’apprentissage de ses élèves, est une manière logique de voir les choses.
      Mais cela pose un double problème :
      . L’épuisement de l’enseignant ou du formateur
      . La déresponsabilisation de l’élève, qui devient alors un consommateur. Il n’est pas acteur de son apprentissage.

      Le modèle des 7 profils d’apprentissage propose le contraire : une responsabilisation de l’élève. Bien sûr, l’élève doit pouvoir connaître sa façon d’apprendre, c’est à dire son profil d’apprentissage. Ensuite c’est à lui d’aller voir son professeur et indiquer ce qui le bloque. Alors le professeur pourra éventuellement s’adapter en fonction de sa demande.

      C’est rendre un grand service aux élèves d’encourager leur responsabilité dans leur apprentissage. Et c’est un gain de temps et d’énergie pour le professeur.

      Vous trouverez plus d’information dans cette formation gratuite : https://www.apprendreaapprendre.com/reussite_scolaire/presentation-fg-7-profils/

      En vous souhaitant une bonne journée.

      Cordialement

      Jean-François

  5. Bonjour,
    J’ai trouvé votre article vraiment très intéressant mais j’aurais besoin d’un éclaircissement concernant cette partie :
    « Nota : il ne suffit pas d’illustrer une notion par un schéma ou un graphique pour satisfaire le profil visuel. S’arrêter là serait une erreur. Faut-il encore que ce schéma donne le sens. Le support (visuel) doit apporter le sens. C’est une nuance subtile. Mais, nuance qui fait la différence entre un support visuel creux et ennuyeux et un autre percutant » => pourriez vous m’en dire plus ? Ou bien auriez-vous un exemple s’il vous plaît ?
    Merci beaucoup

    • Bonjour,
      Très bonne question.
      Il y a 2 choses.

      1. La compréhension et donc aussi la mémorisation se fait beaucoup mieux par le sens. Si les supports visuels ne mettent pas de sens, il sera assez difficile de les retenir et d’appliquer le contenu de ces mêmes supports. Ne guère se soucier du sens est une erreur qui est souvent faite.

      2. Il est très rare d’avoir un seul profil à 100%. L’information utilise plusieurs canaux, qui ne sont certes pas les principaux. D’où les profils secondaires. Pour les personnes ayant un profil principalement visuel et Kinesthésique en secondaire, le sens du support sera très important.
      Pour les personnes ayant un profil principalement visuel et auditif en secondaire, cette nécessité sera moins forte.

      En espérant avoir pu vous éclairer.

      Bien cordialement

      Jean-François

  6. Bonjour monsieur,
    merci pour cet article lequel je trouve très intéressant. cette étude qui ma motiver pour travailler dans mon mémoire cette année et qui sera le premier réaliser dans mon pays.

  7. Bonjour,
    Merci pour cet article vraiment c’est un sujet très intéressant qui ma attiré dans lequel je vais travail sur ça dans mon mémoire cette année je me donne à fond pour que je puisse réaliser ce test et ce travail qui sera le premier fait en Algérie.

    • Bonjour,
      Merci pour votre message. Je suis en train de préparer et de finaliser une formation (offerte) qui sera en ligne en décembre. Elle vous intéressera pour votre sujet je pense. Elle sera annoncée en newsletter.
      Jean-François

  8. Bonjour,
    Je suis enseignante en primaire (CM1) et je souhaiterai vraiment trouver un moyen d’appliquer vos conseils.
    Je le faisais de maniere intuitive cette année mais je manque d’outils pour déceler les types de mes élèves (pas facile d’avoir des résultats fiables avec des enfants de 10 ans !)
    Si vous avez un outil pour moi, je veux bien !
    Vous avez vraiment apporté beaucoup de réponses mes questions et je souhaite partager ce que j’apprends avec les collègues du primaire.

    • Bonjour,
      Merci pour votre message.
      En effet vous pouvez faire le test des 7 profils d’apprentissage qu’à partir du collège pour la compréhension des questions. Il n’était pas possible de faire un test pour les enfants de l’école primaire notamment à cause du problème de compréhension des questions.

      Vous pouvez déjà travailler sur les profils de compréhension : comme indiqué dans l’article, vous utilisez la technique du saupoudrage.
      Ensuite vous expliquer aux enfants ce que veut dire (dans le sens des 7 profils d’apprentissage) ce que veut dire : un profil de type auditif, visuel et kinesthésique. Pour cela vous pouvez revoir les vidéos sur ma chaîne YouTube. https://youtu.be/yrsAZsbEYeg

      Nota : les profils de compréhension n’ont rien à voir avec la mémorisation. Mais vous pouvez faire un lien pour imager.

      L’autre but est de montrer aux élèves du primaire qu’ile apprennent différemment. En commençant par les profils de compréhension c’est assez facile. les enfants se déculpabilisent.

      Je ne serais vous recommander de commencer par ces quelques étapes que je viens de vous décrire.

      Bien entendu, vous pouvez aller plus loin. Dans ce cas, vous pouvez prendre contact (en cliquant ici) afin d’en discuter plus amplement.

      En vous souhaitant une bonne journée.

      Bien cordialement

      Jean-François

  9. Bonjour, merci pour cette découverte des profils d’apprentissage. je vais entamer un emploi de formateur à la rentrée et tous vos conseils vont m’aider à démarrer.je pense me servir du test des profils. Fabienne

    • Bonjour Fabienne,
      Merci pour votre retour. On vous encourage nus faire part de vos retour d’expérience dans votre nouveau métier de la formation.

      Jean-François

  10. Bonjour,

    je suis formatrice pour des adultes en reconversion profesionnelle.
    J’enseigne la programmation informatique, en particulier.

    J’ai testé mon profil sur votre site, l’an dernier et acheté votre livre sur les 7 profils d’apprentissage.
    Je suis kinésthésique en 1er et visuelle en 2nd.

    J’ai suggéré aux apprenants de faire le test, sans les y obliger. Je leur ai expliqué les différents profils, mon profil et donc ma manière d’enseigner. Je leur ai expliqué que ça ne conviendrait peut-être pas à tous, mais que je fournirai des ressources pour les profils différents du mien.
    Sachant mon profil et les différences possibles entre les apprenants, je pratique le saupoudrage sans le savoir. Votre article me permet de formaliser ma pratique.

    Je fais aussi attention aux 8 intelligences multiples de Gardner, en particulier, lors des travaux de groupe, je donne toujours un temps de réflexion personnel avant une mise en commun en petit groupe pour satisfaire les intelligences intra-personnelle et inter-personnelle.

    Merci pour vos articles ! Ils me permettent de prendre du recul sur ma pratique et de mieux enseigner.

    • Bonjour,
      Merci pour votre message. Votre façon de procéder est très bien. Vous pouvez tout à fait associer les intelligences multiples de Gardner. J’y reviendrai dans un prochain article sur le changement de cadre de référence. Bizarrement Gardner est quelque peu contesté dans le monde éducatif aux USA et au Canada.

      « Je suis kinésthésique en 1er et visuelle en 2nd.« 

      –> C’est mieux de dire « J’ai un profil de type kinesthésique » . Pour éviter l’identification. J’en parlerai aussi bientôt.

  11. Pour la première fois, je viens de faire faire le test des profils d’apprentissage à mes classes. C’est très révélateur et cela va m’éviter cette année de faire fausse route. Merci pour ces conseils.

    • Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. Le profil de votre classe vous donne une « carte » qui vous permet de vous repérer ensuite.
      Jean-François

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