Dernière modification de l’article le 12 avril 2026 par Admin
« Pourquoi certains enseignants, certains formateurs obtiennent le silence… sans jamais hausser la voix ?
Pourquoi, face à un même groupe, l’un s’épuise… pendant que l’autre impose le respect… presque naturellement ?
Et vous… dans votre pratique… qu’observez-vous vraiment ?
Des élèves qui testent ?
Qui discutent ?
Qui contournent les règles… dès que vous relâchez la pression ?
Alors vous faites quoi ?
Vous répétez ?
Vous insistez ?
Vous durcissez le ton… un peu plus chaque jour ?
Mais à quel prix ?
Celui de votre énergie, de votre plaisir d’enseigner.
Et parfois… votre autorité elle-même.
N’avez-vous jamais observé un phénomène contre intuitif ?
Plus vous forcez…plus le respect vous échappe. Plus vous cherchez à contrôler… plus la relation se tend.
Parce que, sans le savoir… la majorité des professionnels de l’éducation (enseignants, formateurs, éducateurs) commettent… toujours les mêmes erreurs.
Deux erreurs … discrètes et invisibles, mais redoutablement efficaces… pour détruire le respect.
Et tant que vous ne les voyez pas…vous rejouez le même scénario… encore et encore et ruinez votre enseignement.
Article et texte écrits par Jean-François MICHEL Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Éditions Eyrolles 2005, 2013, 2019 et 2024
Erreur de communication n°1 : perdre ses nerfs
Vous pensez vraiment que crier renforce votre autorité ? Ou est-ce simplement… une illusion rassurante ?
Sur le moment, oui… la voix monte, le silence revient, les regards se figent.
Mais observez mieux.
Ce silence… est-ce du respect ?
Ou juste… une pause avant la prochaine résistance ?
Parce que derrière ce réflexe — crier, menacer, durcir le ton — ce cache un vieux programme, une croyance profondément ancrée :
« Si j’élève la voix… je pèse plus lourd. »
Comme si le volume… remplaçait la légitimité.
Comme si l’intensité… créait l’autorité.
Et dans un rôle éducatif — enseignant, éducateur, formateur — la tentation est forte.
Vous voulez vous affirmer, montrer que « vous tenez le cadre », que vous ne laissez rien passer.
Alors vous appuyez.
Encore un peu plus fort.
Encore un peu plus haut.
Mais posez-vous cette question.
Quand vous criez… qui contrôle vraiment la situation ?
Vous ? Ou votre perte de contrôle ?
Car c’est là que tout bascule.
Au moment précis où vous élevez la voix… vous envoyez un message invisible.
Votre enseignement est inaudible.
Un message que les élèves captent… instantanément.
Pas avec des mots.
Mais avec leur cerveau émotionnel : « Il ou elle est en train de perdre la main. »
Et à partir de là… ce n’est plus une question d’obéissance. C’est un jeu, un test.
Jusqu’où peut-on aller ? Où est la limite… cette fois ?
Parce que ce que vous pensez être un signal de force…est perçu par le groupe, par vos élèves comme une faille, une brèche.
Et dans cette brèche… les règles deviennent négociables, les limites deviennent floues, et le respect… s’effrite.
Jusqu’au moment où… il faut crier encore plus fort, puis encore.
Comme une spirale.
Et au fond… vous le sentez.
Ce n’est pas stable.
Ce n’est pas durable.
Ce n’est pas du respect.
C’est une tension… sous contrôle temporaire dans votre enseignement.
Et à la moindre baisse de vigilance… tout recommence. Et c’est épuisant!
Sur une année scolaire, c’est comme comme courir un marathon au rythme d’un sprinter de 100m : vous allez vite vous épuiser…
Vous pensez que crier ramène le calme ?
C’est exactement ce que beaucoup d’enseignants croient.
Et pourtant… les données disent autre chose.
Une étude menée en 2004 sur un échantillon significatif de 600 enseignants et 4000 élèves [1] par l’Australian Council for Educational Research a analysé l’impact des réactions des enseignants face aux comportements des élèves.
Le constat est clair.
Lorsque l’enseignant élève la voix, menace ou adopte une posture agressive : le climat de classe ne s’améliore pas, il se détériore.
Plus précisément, l’étude montre que :
- le niveau de tension augmente dans la classe;
- le calme devient instable et fragile;
- les comportements perturbateurs… augmentent.
Autrement dit : crier ne régule pas mais amplifie
Ce que vous observez comme un retour au calme…
n’est en réalité qu’un calme sous contrainte, de courte durée.
Bref, une illusion.
Et surtout…un calme qui prépare la prochaine perturbation.
Pourquoi ?
Parce que les élèves ne deviennent pas plus responsables.
L’étude montre au contraire : une baisse du sens des responsabilités et une augmentation des réactions opposantes.
Erreur de communication n°2 l’absence de réaction
Et si le problème n’était pas votre autorité… mais votre manière de réagir ?
Ou plus précisément… votre difficulté à réagir au bon moment, avec le bon niveau d’intensité ?
Vous voyez le comportement.
Vous sentez que quelque chose dépasse.
Vous percevez clairement que la limite est franchie… mais vous hésitez.
Alors vous temporisez.
Vous laissez passer « pour cette fois », vous vous dites que ce n’est pas si grave.
Vous espérez, au fond, que la situation va se réguler d’elle-même… sans avoir besoin d’intervenir.
Pourquoi ?
Parce qu’il y a derrière cela des mécanismes très humains :
- La peur du conflit;
- La peur de déplaire;
- La peur d’abîmer la relation… ou de renvoyer une image trop autoritaire.
Alors, presque inconsciemment, vous choisissez une autre voie.
Vous minimisez, vous relativisez, vous intervenez… mais sans réellement poser de limite.
Et parfois, vous réagissez… mais de manière inconstante.
Un jour, vous laissez passer.
Le lendemain, vous reprenez.
Puis vous relâchez à nouveau.
Et c’est précisément là que le problème commence.
Parce que pour un élève, une limite floue… n’est pas une limite : c’est une zone d’exploration.
Un espace dans lequel il va tester, ajuster, observer.
Jusqu’où peut-il aller ?
Quand la règle s’applique-t-elle réellement ?
Est-elle stable… ou négociable ?
Et plus le cadre manque de clarté… plus les comportements s’intensifient.
Ce que vous laissez passer aujourd’hui ne disparaît pas, il revient.
Souvent plus fort.
Souvent plus installé.
Non pas parce que l’élève « abuse » volontairement… mais parce qu’il cherche un repère stable, un cadre lisible, cohérent, prévisible.
Et lorsque ce cadre varie… lorsque vos réactions changent selon le moment, l’humeur ou le contexte…
Alors le message devient confus.
Où est la limite ?
À quel moment s’applique-t-elle vraiment ?
Est-elle valable pour tous… ou seulement parfois ?
Dans ce flou, le respect ne peut pas s’installer.
Pas par opposition… mais par manque de repère.
Parce qu’on ne peut pas respecter ce qui n’est ni clair… ni stable.
Alors oui, sur le moment, vous avez peut-être l’impression d’acheter la paix.
D’éviter une tension inutile.
De préserver la relation.
Mais en réalité, vous installez une instabilité plus profonde.
Oui, je sais ça dérange!
Et pourtant, une synthèse scientifique de l’Australian Institute for Teaching and School Leadership [2] met en évidence un point essentiel :
– Les classes les plus apaisées ne sont pas celles où l’on évite d’intervenir ;
– Ce sont celles où les réactions sont claires, immédiates et cohérentes.
À l’inverse…lorsque l’enseignant ne réagit pas… ou réagit de manière trop faible… ou encore de façon irrégulière…les comportements perturbateurs augmentent
Le respect ne se construit ni dans la force… ni dans l’évitement.
Il se construit dans la clarté.
Une limite posée calmement, sans agressivité… mais sans ambiguïté.
Une limite stable, cohérente, et assumée dans le temps.
Une limite qui n’a pas besoin d’être répétée dix fois… parce qu’elle est comprise.
Et surtout…
Une limite perçue comme juste.
Car ce que les élèves respectent réellement, ce n’est pas votre statut… ni votre ton.
C’est la cohérence de votre cadre.
Une fois que cela est dit, tout semble simple.
Presque évident.
Mais sur le terrain… la réalité est différente.
Parce que dans l’instant, avec la pression, la fatigue, le regard des autres…
La plupart du temps, vous vous retrouvez exactement dans cette deuxième erreur.
Entre l’envie de bien faire… et la difficulté à agir avec justesse.
Alors une question reste entière.
Comment poser une limite claire, stable et respectée…
sans tomber dans l’agressivité, ni dans l’hésitation ?
C’est précisément là que tout se joue.
Apprendre à dire « non » !
Apprendre à dire « non » ! Belle lapalissade me direz-vous.
Même si vous savez qu’il faut dire non, vous aurez du mal à le faire.
Pourquoi ?
Parce que c’est un processus inconscient ! Ce n’est pas parce que vous avez conscience d’une chose que vous la faites.
Savez-vous qu’il est normal d’avoir des difficultés de dire « non ».
Pourquoi ?
Car « nous avons un besoin instinctif de connexion avec d’autres personnes – c’est essentiel à notre survie. Nous craignons que dire non ne rompe ces liens », déclare Vanessa Bohns, Ph.D., professeur de comportement organisationnel à l’Université Cornell.
Vanessa Bohns, a réalisé l’expérience suivante :
À des personnes habituées à se rendre à une bibliothèque un chercheur (sous couvert d’être un simple visiteur) a demandé aux visiteurs de dégrader un livre en écrivant le mot cornichon au crayon.
Même s’ils ont réagi, quand même, plus de la moitié se sont conformés parce que dire non à une autre personne était si difficile» [3]
Et les femmes semblent avoir plus de mal à dire non.
« Nous sommes socialisés pour nous sentir responsables des sentiments et du bien-être de ceux qui nous entourent »
Julie de Azevedo Hanks, Ph.D., travailleuse sociale clinique agréée à Salt Lake City [4]
Acceptez de ne pas savoir dire « non »
Comment apprendre à dire « non » ?
L’erreur courante est de vouloir changer, ou pire de se révolter contre soi-même et de se dire « non ! ça suffit ! »
En faisant cela, vous renforcez votre blocage.
La solution ?
N’y résistez pas. Acceptez ! Oui ! Vous lisez bien : acceptez.
Je sais c’est contre-intuitif !
Mais sachez que tout ce à quoi vous résistez persiste.
On ne transforme que ce que l’on accepte !
Pour la célèbre comportementaliste Marsha Linehan.
« L’acceptation radicale signifie accepter pleinement notre réalité et abandonner l’amertume. »
Lorsque vous acceptez radicalement quelque chose, vous reconnaissez que combattre la réalité ne fait qu’accroître la souffrance
« L’acceptation commence par percevoir la réalité telle qu’elle est actuellement: ce que sont les gens plutôt que ce que vous voulez qu’ils soient, des situations que vous ne pouvez pas contrôler. Reconnaissez ce qui est présent et ce qui est, mais sachez que ce n’est pas nécessairement fini. » [5]
Comment faire pour accepter ?
Steve Taylor, docteur en psychologie de l’université Leeds Beckett propose quatre étapes de l’acceptation [6]
Étape 1 – Prenez conscience de vos sentiments négatifs et des pensées qui les accompagnent. Essayez de les verbaliser – si la situation le permet, notez-les.
Étape 2 – Accordez votre attention à la réalité de votre situation. Soyez conscient de vos sentiments et de votre environnement.
Étape 3 – Remplacez vos pensées négatives par des pensées positives conscientes. Demandez-vous «Qu’est-ce qui ne va vraiment pas dans cette situation ? »
Étape 4 – S’il reste une résistance, lâchez-la. Ne repoussez pas mentalement la situation, accueillez-la. Embrassez la situation.
Attention ! Accepter ne veut pas dire se résigner, d’être passif.
Pour résumer, c’est :
a/ C’est reconnaître son blocage, sa caractéristique sans aucune culpabilité envers soi-même, ou de reproche.
b/ Agir en sortant de sa zone de confort.
Marcia Linehan, (créatrice de la thérapie comportementale dialectique (TCD),) suggère de s’exercer à dire «non» dans de petites situations sans importance, comme ne pas acheter quelque chose dans une pharmacie. [7] [8]
Votre cerveau ensuite prendra l’habitude. Il vous sera ensuite plus facile de dire « non ».
Communiquez immédiatement
Vous pouvez faire tout « correctement » :
– Poser des règles claires ;
– Installer un cadre précis ;
– Répéter ce qui est attendu.
Et pourtant…à certains moments, malgré tout cela… les limites seront franchies.
Pourquoi ?
Parce qu’un cadre, même bien posé…est toujours testé.
Pas forcément pour s’opposer, mais pour vérifier.
Vérifier s’il tient, s’il est réel, s’il s’applique… vraiment.
Et c’est là que tout se joue.
Pas au moment où vous expliquez la règle.
Mais au moment où elle est transgressée, c’est précisément dans ces secondes-là…que votre autorité se construit… ou se fragilise.
Alors que faire ? Attendre ?
Laisser passer « pour cette fois » ?
Reporter à plus tard… pour éviter la tension ?
C’est tentant et c’est une erreur.
Car plus vous attendez… plus le message devient flou.
Plus vous laissez passer… plus la règle perd de sa valeur.
Et très vite, sans même vous en rendre compte… le cadre se délite.
C’est exactement ce que rappellent Kenneth Blanchard et Spencer Johnson [9] dans le Le Manager Minute.
Leur idée est simple… mais fondamentale : une règle n’existe que si elle est suivie d’une réaction immédiate lorsqu’elle est transgressée.
Pas demain.
Pas plus tard.
Pas « on verra ».
Maintenant.
Parce que c’est l’immédiateté qui donne du poids à la règle.
Sans cela…elle devient théorique, optionnelle.
Et dans l’esprit de l’autre…négociable.
Mais à ce stade, une peur apparaît, tout à fait légitime :
– « Si je réagis… est-ce que je ne vais pas créer un conflit ? »
– « Est-ce que je ne vais pas tendre la relation ? »
– « Est-ce que je ne vais pas envenimer la situation ? »
C’est souvent là que tout bloque.
Parce que dans l’imaginaire…
réagir = s’opposer
réagir = entrer en confrontation
réagir = risquer l’escalade
Alors on hésite, on temporise, on atténue.
Mais en réalité…le conflit ne naît pas de la réaction.
Il naît du flou.
Du décalage entre ce qui est dit… et ce qui est fait.
Entre la règle… et son application.
C’est ce flou qui crée la tension.
C’est cette incohérence qui nourrit les tests.
Et plus vous attendez pour intervenir…plus l’intervention devient difficile.
Plus elle risque d’être forte, émotionnelle et excessive.
Comme si vous passiez d’un silence prolongé…à une réaction disproportionnée.
Et là, oui…le conflit devient probable.
Pas parce que vous avez réagi, mais parce que vous avez réagi… trop tard.
Alors une autre question apparaît.
Comment intervenir immédiatement…sans agressivité…sans escalade…et sans perdre la relation ?
La force du « pourquoi »
Prenez l’habitude d’utiliser une question toute simple, courte, directe, sans agressivité :
« Pourquoi faites-vous cela ? »
Rien de plus.
Pas de discours.
Pas de justification longue.
Pas d’explication interminable.
Juste… une question.
Et observez ce qui se passe.
Prenons deux situations très concrètes.
Un professeur dit à un élève :
« Vous savez que le téléphone portable est interdit en classe. Pourquoi le prenez-vous ? »
Un parent dit à son enfant :
« On avait dit qu’à 20h00 il n’y avait plus d’écran… alors pourquoi tu es encore sur ton téléphone ? »
Dans les deux cas…vous ne criez pas, vous ne menacez pas, vous ne cherchez pas à imposer par la force.
Vous posez une question.
Et cette question fait quelque chose de très précis.
Elle oblige l’autre à s’arrêter, à réfléchir, à se positionner.
Elle le met face à son comportement, sans l’agresser, sans l’humilier, mais sans lui laisser d’échappatoire confortable.
Car répondre à « pourquoi »…c’est déjà reconnaître qu’il y a un écart.
Mais le plus important n’est pas là.
Ce n’est pas la réponse qui compte.
C’est le fait que vous réagissez.
Immédiatement, calmement, sans hésitation.
Et c’est cela que l’autre perçoit en premier
Car dans une interaction, le message ne passe pas seulement par ce que vous dites.
Il passe surtout par la manière dont vous le dites : le non verbal.
Votre stabilité, votre calme, votre capacité à poser une limite… sans vous emporter.
C’est là que se construit le respect, pas dans la quantité de mots.
Mais dans la qualité de votre présence.
Il y a un principe essentiel à comprendre : ne cherchez pas à avoir raison, ne cherchez pas à convaincre.
Ne cherchez pas à gagner un débat.
L’objectif est beaucoup plus simple :
– Montrer que vous avez vu ;
– Montrer que vous ne laissez pas passer ;
– Montrer que la limite existe.
C’est tout.
Pour que les autres respectent vos règles… commencez par les incarner
Vous pouvez poser toutes les règles du monde, les expliquer, les répéter, les afficher.
Si vous ne les incarnez pas… elles perdent immédiatement leur poids. Votre communication devient vide.
Pourquoi ?
Parce que dans une relation éducative, ce que vous faites… parle plus fort que ce que vous dites.
Je me souviens d’une situation très concrète.
Au lycée, des collègues se plaignaient régulièrement du retard des élèves.
« Certains arrivent avec 20 minutes, alors que le cours a commencé! ils ne respectent rien… Il est urgent d’agir »
Mais dans le même temps… le Directeur faisait remarquer que certains enseignants arrivaient eux-mêmes en classe avec 5… parfois 10 minutes de retard.
Alors posez-vous cette question.
Que perçoit l’élève dans ce moment-là ?
Une règle ou une contradiction ?
Parce qu’à partir de cet instant…l’exigence n’est plus crédible.
Elle devient discutable, négociable, presque… optionnelle.
Non pas parce que l’élève manque de respect.
Mais parce qu’il observe une incohérence.
Et cette incohérence suffit à fragiliser toute votre autorité.
Compréhension de l’autre
Se faire respecter n’implique pas seulement d’agir, mais d’analyser la situation.
Très souvent on croit à un manque de respect alors que ce n’est pas du tout le cas. Votre cerveau vous trompe. Comment ? À cause des .
On va y venir.
Attention ! La compréhension cela ne veut pas dire excuser ou renoncer.
Cette attitude de compréhension et d’analyse permet de ne pas être dans un état de peur ou d’anxiété. Vous réagissez calmement. Vous êtes dans un bon état d’esprit pour pouvoir agir sereinement et efficacement.
Quand vous réagissez, vous mettez le curseur au bon endroit !
Car très souvent l’autre ne vous manque pas de respect, il ne connaît pas vos limites, donc forcément à un moment il peut être amené à les dépasser.
L’autre ne dit pas « tiens j’ai envie de manquer de respect ». Cela se produit uniquement lorsque l’autre s’est senti auparavant blessé par vous ou a senti un manque de respect de votre part.
C’est une réponse du berger à la bergère.
Une question d’ego.
Ce n’est pas un manque de respect. C’est un malentendu.
On est victime du biais de projection.
Qu’est-ce que c’est ? Si vous me suivez, j’en parle souvent.
C’est la tendance à supposer avec confiance que les autres partagent notre mode de pensée, nos attitudes et nos croyances sont connues sous le nom de biais de projection.
Cela ramène aussi au biais du faux consensus.
C’est la tendance à surestimer combien d’autres gens nous ressemblent et partagent nos avis, croyances, préférences, valeurs et habitudes et, en conséquence, pensent de la même façon que nous.
Nous avons une naturelle tendance égocentrique à anticiper le comportement des autres à partir de notre propre comportement.
Ce biais cognitif nous incite à percevoir un consensus qui n’existe pas : un « faux consensus ».
Imaginez, vous êtes dans une salle d’attente remplie. Vous quittez pour 2 minutes votre place. À votre rapide retour, une personne l’a occupée.
Qu’allez-vous en déduire ?
Sur l’instant, votre cerveau risque de vous dire : « il l’a fait exprès pour m’embêter. »
Alors qu’en réalité, la personne vous a vu partir et a cru que vous libériez la place volontairement.
Il s’agit d’un malentendu. Mais vous n’aurez pas forcément cette interprétation.
C’est de croire qu’évidemment regarder son téléphone portable en cours est un manque de respect.
Pour un enseignant c’est une évidence, et il va croire que les élèves partagent cette opinion.
Alors que non. Il s’agit souvent d’un réflexe compulsif. Les écrans sont devenus addictifs. Pour certain, il est difficile de tenir 1h00, 2h00 sans consulter une notification.
Chacun est différent. Chacun a des contextes différents. Ce n’est pas une excuse.
Ce n’est pas contre vous.
Un autre exemple classique d’erreur et de malentendu et la façon dont les adultes coïncidèrent et perçoivent les adolescents.
Pourquoi ?
Chez l’adolescent, le cerveau est en formation. Il y a des choses qu’ils ne comprennent pas, car des connexions neuronales ne sont pas encore faites. Certaines cellules peuvent l’appeler à la violence d’autre à faire preuve d'empathie.
Généralement, ils ne comprennent pas leurs émotions.
« Les scientifiques ont identifié une région spécifique du cerveau appelée l’amygdale qui est responsable de réactions immédiates, y compris la peur et les comportements agressifs. Cette région se développe tôt. Cependant, le cortex frontal , la zone du cerveau qui contrôle le raisonnement et nous aide à réfléchir avant d’agir, se développe plus tard. Cette partie du cerveau est encore en train de changer et de mûrir jusqu’à l’âge adulte. » [10]
Enfin pour construire leur personnalité les enfants ont besoin de tester. [11]
Donc quand un enfant, un adolescent passe votre limite que vous estimez du non-respect, l’action n’est pas contre vous.
Par contre vous aurez le devoir de réagir en lui communiquant vos limites.
Évitez de mettre un trop grand nombre de règles
Le piège, quand vous voulez faire respecter des règles… c’est d’en vouloir trop, trop vite, et sur trop de dimensions à la fois.
Trop de règles, trop d’exigences, trop de choses à contrôler… en même temps, dans un laps de temps souvent trop court.
Et sur le papier, cela paraît parfaitement logique.
Plus il y a de règles… plus le cadre semble solide et sécurisé.
Plus tout est cadré dans les moindres détails… moins il devrait y avoir de débordements.
En réalité… c’est exactement l’inverse qui se produit sur le terrain.
Quand vous multipliez les règles de manière excessive… vous multipliez aussi mécaniquement les points de friction avec vos élèves.
Chaque règle devient un potentiel conflit latent.
Chaque écart devient une intervention nécessaire.
Chaque intervention vous demande… de l’énergie, de la vigilance et de la disponibilité mentale.
Et très vite… vous vous retrouvez à devoir surveiller, corriger, rappeler, recadrer… en permanence, presque sans pause.
Jusqu’à l’épuisement progressif.
Et à un moment donné…sans même vous en rendre compte, vous lâchez.
Pas par choix conscient, mais par fatigue accumulée.
Vous laissez passer certaines choses.
Vous relativisez ce que vous jugiez important auparavant.
Vous choisissez vos combats… mais souvent trop tard, quand le cadre est déjà fragilisé.
Et à partir de là…le cadre commence à se fissurer.
C’est ici que se trouve le véritable piège.
Ce n’est pas le manque de règles qui pose problème, c’est leur excès et leur dispersion.
Parce qu’une règle n’a de valeur… que si elle est réellement tenue dans la durée.
Et une règle que vous ne pouvez pas faire respecter de manière constante…devient une règle inutile.
Pire encore : elle affaiblit votre crédibilité et brouille votre message.
La solution est souvent contre-intuitive : les réduire volontairement.
Mais réduire les règles trop nombreuses intelligemment c’est, faire le tri de manière stratégique, hiérarchiser avec lucidité.
Accepter que tout ne soit pas contrôlé dans les moindres détails.
Accepter que tout ne soit pas parfait à chaque instant.
Pour concentrer votre énergie… sur ce qui compte réellement.
Posez-vous une question simple, mais décisive.
Quelles sont les règles véritablement non négociables dans votre contexte ?
Celles sur lesquelles vous êtes prêt à intervenir… à chaque fois, sans exception.
Celles que vous êtes capable de tenir… même en fin de journée, même sous pression.
Puis…acceptez de relâcher le reste.
Non pas par faiblesse ou renoncement, mais par stratégie et intelligence de situation.
Comment hiérarchiser efficacement ?
En fonction du contexte précis dans lequel vous intervenez :
– Du public que vous avez en face de vous ;
– De leur âge, de leur maturité ;
– De leur niveau scolaire ou professionnel;
– Et surtout… de leurs objectifs réels.
Car toutes les situations éducatives ne demandent pas le même niveau d’exigence.
Lorsque j’enseignais en bac pro commerce…
Je n’avais qu’une seule exigence clairement posée.
Ceux qui ne souhaitent pas travailler… ne doivent en aucun cas déranger ceux qui veulent avancer.
Rien de plus.
Pas de bataille sur chaque détail secondaire, pas de lutte permanente sur des règles périphériques.
Mais sur ce point précis…j’étais totalement constant, totalement cohérent.
Et cette seule règle… structurait l’ensemble du climat de classe.
À l’inverse…à l’école de commerce de Grenoble, le cadre était très différent :
– Les attentes étaient plus élevées.
– Les objectifs plus exigeants.
– L’engagement attendu plus fort.
Dans ce contexte, j’exigeais davantage :
– La ponctualité stricte
– Le silence pendant les cours
– L’absence totale de téléphone portable
Parce que le contexte le justifiait pleinement.
Tous les élèves ne fonctionnent pas de la même manière.
Ils n’ont pas le même rapport au travail, pas les mêmes repères éducatifs, pas les mêmes ambitions ou projections.
Et vouloir appliquer le même niveau d’exigence… partout et pour tous…c’est s’exposer à une résistance inutile et souvent contre-productive.
L’autorité ne se joue jamais dans la quantité de règles que vous posez.
Elle se joue dans leur clarté… et surtout dans votre capacité réelle à les tenir dans le temps.
Peu de règles.
Mais des règles fortes, assumées et incarnées.
Peu de règles.
Mais des règles appliquées… systématiquement, sans exception.
Pour en savoir plus, voici la version vidéo
Sources et références
[1] « Yelling at students does not improve behaviour » Australian Council for Educational Research, 2004 – https://www.acer.org/gb/news/article/yelling-at-students-does-not-improve-behaviour
[2] « Classroom Management: Standards-aligned evidence-based approaches » Australian Institute for Teaching and School Leadership Dec 2021
[3] Vanessa K. Bohns ; M. Mahdi Roghanizad, Amy Z. Xu « Underestimating Our Influence Over Others’ Unethical Behavior and Decisions » Personality and Social Psychology Bulletin Déc 2013 https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0146167213511825
https://doi.org/10.1177/0146167213511825
[4] Julie de Azevedo Hanks, Ph.D., travailleuse sociale clinique agréée à Salt Lake City et auteure de The Assertiveness Guide for Women .
https://www.realsimple.com/magazine-more/inside-magazine/life-lessons/learn-to-say-no
[5] Pamela S. Willsey LICSW, BCD, PCC « The Powerful Practice of Accepting Reality. Accept your reality and reduce your suffering. » https://www.psychologytoday.com/us/blog/packing-success/202011/the-powerful-practice-accepting-reality
[6] Steve Taylor Ph.D. How Acceptance Can Transform Your Life – The Four Stages of Acceptance Août 2015- https://www.psychologytoday.com/us/blog/out-the-darkness/201508/how-acceptance-can-transform-your-life
Steve Taylor – https://en.wikipedia.org/wiki/Steve_Taylor_(author)
[7] Preston Ni M.S.B.A. – « Are You Too Nice? 7 Ways to Gain Appreciation & Respect » Septembre 2013 – https://www.psychologytoday.com/us/blog/communication-success/201309/are-you-too-nice-7-ways-gain-appreciation-respect
[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Marsha_Linehan
[9] Ken Blanchard et Spencer Johnson – « Le manager minute » https://www.amazon.fr/manager-minute-Ken-Blanchard/dp/2708137778
[10] Teen Brain: Behavior, Problem Solving, and Decision Making – No. 95; September 2016 – https://www.aacap.org/AACAP/Families_and_Youth/Facts_for_Families/FFF-Guide/The-Teen-Brain-Behavior-Problem-Solving-and-Decision-Making-095.aspx
[11] Alison Escalante M.D. – « Why Do Kids Act Up? According to neuroscience, our children are like puppies » Septembre 2019. – https://www.psychologytoday.com/us/blog/shouldstorm/201909/why-do-kids-act
