Dernière modification de l’article le 5 décembre 2016 par Admin

2016_12_05_se_realiser

Est-ce que la scolarité construit ma vie ? Est-elle déterminante pour « me réaliser ». D’ailleurs, « comment me réaliser ? ». Pour pouvoir répondre à cette question importante de la réalisation de soi, voici 5 points, de 5 lieux importants.

( Texte et auteur : Pierre CHAVOT ) Pour voir le livre « Réussir avec ou sans le bac »

On ne peut pas comparer un élève à un autre. Ils n’ont pas les mêmes vécus, les mêmes références, les mêmes rythmes. Certains sont excellents dans le primaire, moyens au collège, fantomatiques au lycée. D’autres font l’inverse. Je me souviens d’un copain qui a eu son bac de justesse. Il s’est réveillé en première année de médecine, a fini premier. Aujourd’hui, c’est un grand professeur.

Ne pas réussir à l’école n’est pas une fin en soi. Rien n’est jamais fixé à condition de se mobilier.

En premier lieu, avec ou sans diplôme, la mobilisation passe par l’entourage, capital

Très bonne nouvelle rapportée par les enquêtes : les jeunes sont attachés à la famille, et les parents les soutiennent tout en s’inquiétant pour leur avenir, parce qu’iI y a l’angoisse de la scolarité et la pression des diplômes. C’est pourquoi les parents ont un rôle majeur : dès la petite enfance, encourager les possibilités et les qualités, même s’ils appartiennent à un milieu peu favorisé. Le climat de confiance joue alors beaucoup dans la réussite. Autre entourage déterminant : les personnes qui croient en vous sont inestimables. Famille, amis, organismes ou profs, il ne faut pas les laisser passer.

Car il suffit parfois d’une rencontre, d’un conseil, d’un encouragement pour faire basculer cette désagréable impression d être étiqueté(e) comme une chemise pendant les soldes. Même à l’intérieur de l’Éducation nationale, qui peut aussi mettre de côté Ia méritocratie et se consacrer à des jeunes en difficulté scolaire. Ce que le sociologue Bertrand Bergier appelle une «complicité de l’intérieur : un(e) prof, un(e) conseiller(e) d’orientation, un(e) CPE, etc., connaissent tous les rouages de I‘éducation et les solutions possibles, peuvent intervenir, ouvrir des portes au bon moment. Par exemple, dans le joli film L’Esquive, d’Abdellatif Kechiche (2004), on voit comment des jeunes des cités prennent du plaisir à apprendre, grâce à la disponibilité des enseignants qui les réunissent pour une pièce de théâtre. Et là, les familles de milieux modestes, moins au courant et donc moins bien servies, doivent être vigilantes.

Un copain, Jonathan, résume bien l’importance de cet accompagnement humain dans la réussite. Il a eu un parcours très chaotique, dès sa naissance. Élève sans doute « précoce » il a fait des grosses bêtises et a failli sombrer.

Mais un épisode, parmi d’autres, l’a marqué : un jour, en voyant qu’il s’ennuyait en cours, une professeure I’a envoyé dans la classe du dessus. Il y avait une interrogation écrite, et Jonathan, qui était censé ne pas avoir le niveau, a réussi !

« Ça m’a calmé », dit-il. Il a obtenu un CAP de cuisinier haut la main, notamment grâce à la compréhension d’un enseignant, a choisi de faire cinq ans dans les parachutistes, s’est consacré à l’encadrement des jeunes et, le 1er avril 2014, une date choisie volontairement, il a monté, à Bordeaux, une association éducative, Cap de Vie, qui « défend des valeurs d’entraide, de solidarité, d’égalité, de laïcité et de citoyenneté ». L’une de ses fiertés : un de ces jeunes est entré à l’école 42, fondée par Xavier Niel, dont nous reparlerons.

En deuxième lieu, la mobilisation passe par l’abandon d’une image toute faite

Non, des sociologues ont largement démontré qu être bon(ne) en maths et en physique-chimie ne vous rend pas meilleur(e).

Désolé. C’est l’ensemble des matières qui forme les individus, et leur réussite. Mais cette image à la vie dure. À la réunion de parents pour I’entrée en seconde de mon fils, Ie prof principal, sympa d’ailleurs, parlait clairement des meilleurs qui iraient en S, la voix royale, et les autres ailleurs… Que c’est insultant ! Nous sommes intervenus, évidemment. Il a bredouillé deux ou trois justifications, pendant que les autres parents désapprouvaient aussi. Et ma fille, qui malgré tous ses efforts, n’entre pas dans la logique mathématique, s’est entendu dire, en seconde, qu’elle ne pourrait pas passer en première, à cause de ces fichues maths et de la physique. Alors qu’elle avait choisi une filière littéraire et qu’elle a de très bons résultats en français et en histoire-géo. Autant vous dire que l’on a réagi. Là, les parents ont le devoir de se battre pour défendre leurs héritiers.

 

En troisième lieu, pour se réaliser, il faut être libre

Je n’ai jamais dépendu de personne, encore moins de la société. I1 faut aussi se défaire des dépendances qui empêchent votre liberté. Le numérique est par exemple un espace de liberté génial, un outil précieux. Il peut être aussi une prison. Je m’explique. Quand j’étais ado, j’avais une vraie fascination pour la télé. Je pouvais y passer des heures. Je regardais même une émission, Aujourd’hui Madame. Un cas grave ! Et puis j’ai fini par me défaire de cette dépendance.

Quand je suis allé habiter avec mon frère, puisqu’il n’y avait pas de télé, donc de tentation. Car, comme beaucoup de ma génération, j’ai quitté la maison à 18 ans. Quelle expérience formidable, fondatrice. Être autonome, apprendre à faire des courses, Ia lessive, le repassage (enfin pas toujours), la cuisine. Inviter, être invité, gérer un budget, être libre de son temps, vivre sa sexualité aussi. Dans notre petit appartement, on a vécu des moments inoubliables. Pour s’épanouir, tous les oiseaux ont besoin de partir du nid et je souhaite vraiment que tous les jeunes puissent vive cette indépendance. À condition que les loyers baissent. Voilà un beau combat à mener.

En quatrième lieu, être libre passe par ce proverbe : «  Charité bien ordonnée commence par soi-même. »

Autrement dit, changer d’abord ce qui empêche d être actrice/acteur de se propre existence, dont certaines habitudes – par exemple regarder mon portable chéri toutes les cinq secondes. Ensuite, cultiver sa différence : la première mesure est de faire un point sur ce qu’apporte ou a apporté l’enseignement, ce qu’on sait faire et ne pas faire, ce qu’on aimerait faire. Trouver ses talents, parce que nous en avons tous. Il n’y a rien de plus inefficace que de penser qu on n’est pas à sa place, et de ne pas savoir pourquoi. Au contraire, se demander ce qui nous rend différent(e), atypique, permet d en parler avec des jeunes et des adultes, de comprendre ce qui cloche, et de prendre des décisions.

Surtout, il vaut mieux éviter d’entretenir cette position désagréable d être rejeté(e), notamment en vivant cette galère » avec d’autres dans le même cas. Le phénomène de groupe influence notre volonté d’en sortir. Le repli sur soi est un autre poison. À l’inverse, se dire : « Pourquoi pas moi ? » est très porteur. J’en témoigne.

En cinquième lieu, l’estime de soi est essentielle.

Comme on ne retient qu’environ 10 % de ce qu’on a appris au collège et au lycée, ne pas se souvenir de tout est normal.

Avoir une mauvaise note, être brimé(e) par une remarque, parce que ça existe, ne met pas en cause la valeur d’une personne. Les vexations et les humiliations sont les outils du système et le justifient. Il vaut donc mieux laisser de côté tous ces profs ronchons, déçus de la vie. Ils ne sont pas majoritaires, même s’ils peuvent faire du maI. Ignorer leurs remarques, gérer la pression, laisser glisser permettent de ne pas entrer dans ce jeu. Au contraire, leur poser des questions, participer en proposant, respecter son rythme permettent de désarmer leur mauvaise humeur, de dépasser se peur, quelles que soient les notes. Le mieux est de se concentrer sur ce que les autres profs ont de meilleur.

Ces profs formidables, passionnés, qui ont le feu sacré, qui s’engagent. Finalement, le sentiment, également désagréable, de ne pas être reconnu(e), s’effacera. La confiance en soi, indispensable, en découle.

Voilà, se réaliser tient souvent à peu de chose, surtout à une prise de conscience, à la volonté,

à l’envie, à l’optimisme. C’est ne jamais se décourager, se résigner, abandonner. Rien n’est jamais terminé. Il n’est jamais trop tard.*

Vous savez quoi ? J’ai entamé ma carrière, dans l’édition vers 35 ans. Quel que soit l’âge, il y a donc toujours un « après ». Parce que chacun est «  sa » méritocratie, comme il est une élite à lui tout seul, capable d agir et de contribuer au monde de demain.

 

Texte et auteur : Pierre CHAVOT

 

 

Pierre Chavot est enseignant et auteur d’une cinquantaine de livres. Il transmet à des étudiants, du public et du privé, des notions de techniques d’écriture, de géopolitique et de géoculture, de débats d’actualité, de culture appliquée à la publicité, au marketing et à la communication, de philosophie simple et d’histoire des religions.

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La réussite est à la portée de tous ! Elle n’a rien à voir avec l’argent ou le diplôme qui, certes utile, est devenu une dictature. Réussir, c’est un état d’esprit. C’est revendiquer sa différence, observer, avoir envie de se cultiver, de partager, de se réaliser. Et profiter de tous les outils à notre disposition, avec un ingrédient majeur : le plaisir ! Et une certitude : apprendre rend libre. 

Pour voir le livre:Cliquez ici

 

 

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