2016_05_04_reussite-professionnelle
Il y a des personnes qui réussissent dans leur avenir professionnel sans pourtant avoir le moindre diplôme. Ils sont plutôt rares. Ont-ils quelque chose en plus ? Qu’on-ils en commun que les autres n’ont pas ? Peut-on se passer de l’école ?
Par Jean-François MICHEL

( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 )

 

N’allez pas croire que le diplôme au final n’est pas important. Réussir sans diplôme ne veut pas dire que le diplôme est inutile pour réussir. Il l’est ! Surtout quand on veut exercer une profession qui en nécessite (et heureusement).

Aujourd’hui le diplôme est essentiel pour pouvoir espérer trouver du travail et se construire un avenir professionnel. Le sésame est celui d’étude supérieur de grandes écoles de commerce ou d’ingénieur.

Pourtant les jeunes ne sont pas tous égaux et beaucoup n’arriveront pas à passer sous les fourches caudines des cours prépa de ces écoles. Certains, même, auront décroché à l’école et sortiront du système scolaire sans aucun diplôme. Ils sont 150.000 chaque année en France. Pourtant pour eux, rien n’est perdu, bien au contraire ! Un avenir professionnel, construire une réussite est tout à fait possible.

 

Alain Ducasse, Luc Besson, Richard Branson …

Savez-vous que Luc besson n’a jamais été dans une école de cinéma ? Qu’il a appris toutes les techniques en faisant des stages gratuits, en apprenant auprès des techniciens, bref en apprenant sur le terrain. Savez-vous qu’Alain Ducasse (qui a bâti un empire dans la restauration avec plus de 20 établissements et 1400 employés, classé 94e des 100 personnalités les plus influentes du monde par le magazine Forbes) est entré en apprentissage à l’âge de 16 ans ? Il a claqué la porte à quelques mois de son diplôme. Enfin le milliardaire et homme d’affaires Richard Brandson a quitté l’école à 16 ans et lui non plus n’a jamais eu de diplôme, pas même le bac. On pourrait multiplier les exemples notamment avec Steve Jobs, avec des personnes moins connues ou inconnues.

Comment ont-ils pu éviter de se décourager malgré leur handicap de ne pas avoir de diplôme ? Il serait facile de croire que ceux qui ont réussi ont eu de la chance, qu’ils ont bénéficié d’une bonne étoile qui veille sur eux. Comme chacun sait, le père Noël n’existe pas et leur réussite n’est pas le fruit du hasard.

 

Comment ont-ils pu surmonter les obstacles ? / Ce qui fait la différence

Malgré l’obstacle de l’absence de tout diplôme, leur réussite est principalement liée à 2 choses qui les différencient des autres :

.1 Ils savent en eux-mêmes qu’ils apprennent différemment. C’est pour cela qu’ils sont intimement convaincus qu’ils sont aussi intelligents que les autres.

.2 Même s’ils ne savent pas exactement comment ils apprennent ils savent que l’école, dans sa voie classique, n’est pas le bon terrain d’apprentissage pour eux. Ils ont su choisir une autre voie, certes peu prestigieuse, plus risquée, mais plus adaptée à leur façon d’apprendre.

C’est ainsi qu’ils ont pu éprouver du plaisir à apprendre, franchir les obstacles rencontrés sur leur route avec un état d’esprit positif, propice à la réussite et à la persévérance.

Grâce au terrain, ils ont pu combler leurs lacunes et acquérir un savoir qu’ils n’ont pas obtenu via l’école ou les études supérieures.

 

Aujourd’hui l’école est vécue comme une loterie : il y a les gagnants et il y a les perdants

Bien entendu, tout le monde ne peut pas être un Alain Ducasse, un Luc Besson ou Richard Branson mais ces exemples montrent qu’il est possible de réussir tout autant sans forcément suivre la voie éducative classique : collège, lycée, études supérieures.

Ne pensez pas que l’école ne sert à rien. Bien au contraire. Mais pour certains élèves, ce système généraliste n’est pas adapté à leur façon d’apprendre. Alors pourquoi poursuivent-ils ? Pourquoi ne prennent-ils pas une autre voie, certes moins prestigieuse, mais qui leur conviendrait mieux souvent avec un diplôme qualifiant à la clé ? Il y a principalement 2 raisons à cela :

.1 Il y a la croyance que les études supérieures sont le seul salut pour s’assurer un travail et une position sociale digne de ce nom. Cette croyance est renforcée par la pression sociétale de la culture de la réussite, de l’excellence. Toute autre voie est vécue comme un échec.

.2 Les élèves (collégiens, lycéens ou encore étudiants) ne savent pas concrètement comment ils apprennent. En cas de mauvais résultat scolaire, l’interprétation (fausse) est qu’ils ont un problème : « ils sont nuls ». L’estime de soi en prend un coup. Ainsi ils adoptent facilement la croyance qu’il ya ceux qui suivent et qui sont intelligents et ceux qui échouent et qui sont forcément plus limités.

L’école ressemble alors à une grande loterie où ceux qui ont une certaine facilité d’apprentissage, qui ont une façon d’apprendre (profil d’apprentissage) qui correspond au système scolaire généralisé, sont les gagnants. Les autres sombrent dans une forme de trou noir où se manifeste une culpabilité destructrice face à leurs difficultés : ils sont nuls.

Cela entraine des pensées négatives, schéma qui tue toute motivation, tout enthousiasme essentiel à l’action, à la construction d’un projet professionnel.

Redonner l’envie d’apprendre

La solution pour ces jeunes est de redonner l’envie d’apprendre, que ce soit dans le système scolaire généralisé ou dans d’autres voies « parallèles » comme l’apprentissage, les écoles de la deuxième chance, les lycées techniques ou lycées agricoles. Voies, parallèles  hélas sont trop souvent dévalorisées et souffrant d’une mauvaise image.

Redonner l’envie d’apprendre, cela passe d’abord par la découverte, de sa façon d’apprendre, par la découverte de son profil d’apprentissage, ce qui permet d’avoir la bonne et juste interprétation de l’échec et de l’échec scolaire, réel ou vécu comme tel :  « l’école dans sa version généraliste ne correspond pas à ma façon d’apprendre. Je ne serai certainement pas cadre, ingénieur, médecin. Cela ne m’empêchera pas de réussir, cherchons la bonne voie » 

Savoir  comment chacun apprend

Ne demandez pas à un jeune de 14, 16 ans de réfléchir sur sa façon d’apprendre. A cet âge il est très difficile de prendre du recul, d’analyser les choses. Sans outil concret, sans aide extérieure, la prise de conscience de « chacun apprend différemment » ne dure pas longtemps. Trop flou et pas assez précis la démarche cède vite la place au cercle vicieux de l’échec scolaire bien enraciné dans l’habitude de penser. « J’ai toujours eu de mauvaises notes, je suis le dernier de la classe donc  je suis nul ». Imparable.

Cette aide et ces outils ce sont aux enseignants de l’apporter. Au mieux ceux-ci sont relayés par les parents. C’est à eux par exemple d’amener les élèves à connaître leur profil d’apprentissage, à connaître de façon précise et la plus simple possible leur façon d’apprendre. Comment ? En commençant à leur faire passer le test des profils d’apprentissage.

Ensuite il est important d’apporter aux élèves un accompagnement personnalisé ( ne serait-ce qu’une heure ou 2 ) pour réfléchir sur :

–  les résultats du test et prendre conscience de leur différence et dédramatiser l’échec ?

– l’adaptation de leur méthode de travail en fonction du profil d’apprentissage.

– leur orientation

Du salon de coiffure à la création d’un groupe d’un million d’euros de chiffre d’affaires

Je me souviens d’une étudiante que j’avais en cours de gestion. Elle était bonne dernière, ne travaillait pas : elle était découragée. Quand elle a connu son profil d’apprentissage, cela a confirmé une de ses intuitions : elle n’avait pas pris la bonne voie. D’un profil de compréhension« Kinesthésique », et d’un profil de motivation « Quelle utilité », les cours étaient pour elle ben trop abstraits. Elle arrivait à enregistrer l’information qu’au prix d’un gros travail de réadaptation de ses cours à la maison. D’un profil d’identité « dynamique » sa situation était perçue et vécue comme un échec, ce qu’elle ne supportait pas et renforçait son découragement et sa démotivation.

En toute logique elle interrompit ses études. Résignée elle me lança que sa seule compétence était de savoir si un magasin était accueillant ou pas. C’est vrai qu’elle avait un certain sens du commerce. Elle se résolue à passer un CAP en coiffure en formation accélérée. Ce n’était pas un choix de formation par défaut. Elle prit un certain plaisir retrouvé et eut son diplôme haut la main. Je vous l’accorde, un CAP coiffure n’a rien de prestigieux. Il n’y a pas de sot métier. Elle a eu rapidement un travail, elle était dans le commerce, un domaine qui lui convient bien.

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