Dernière modification de l’article le 17 novembre 2017 par Admin

Les études statistiques montrent que durant le parcours scolaire les filles savent mieux lire que les garçons. Pourquoi cette différence dans l’exercice de la lecture ? Est-ce un simple phénomène statistique ?

Les capacités générales de lecture sont en général plus développées chez la femme et cette différence s’exprime souvent de manière évidente dès l’école primaire.

C’est ce que montrent les tests de capacité de lecture qui évaluent la façon dont les enfants (testés) comprennent l’information du texte lu (l’interprétation, la comparaison des idées, la synthèse). Que ce soit PIRES (pour les 10 ans) ou PISA (pour les 15 ans), ces tests indiquent d’ailleurs une nette différence en faveur des filles à la lecture, notamment entre 10 et 15 ans.

On s’interroge encore sur la part d’inné et d’acquis qui explique cette différence, mais il semble que la valorisation de la lecture auprès des filles y soit pour quelque chose.

Les filles seraient donc, en partie du moins, meilleures en lecture parce qu’elles lisent plus, tout simplement, pendant que les garçons se livrent souvent à des activités sportives. Des spécialistes pensent qu’en augmentant le temps de lecture et d’écriture chez les garçons, et surtout en adaptant les contenus pour les intéresser, on pourrait réduire de façon substantielle l’écart qui les sépare des filles

Les filles semblent aussi plus performantes en ce qui concerne l’orthographe. L’utilisation de leurs deux hémisphères dans le traitement des sons (comparé aux hommes qui utilisent surtout le gauche) pourrait être ici en cause. En effet, on peut imaginer que mieux décortiquer les sons d’un mot permet de mieux le décoder, et donc de mieux l’écrire. Elles sont plus à l’aise avec les textes longs et descriptifs. Les filles sont plus dans « l’auditif ». Quant aux garçons, ceux-ci sont bien plus habiles avec les textes courts, discontinus et qui sont plus factuels. Ils privilégient davantage les aspects visuels que sont les courbes, graphiques et les tableaux.

Pourtant les tests du type PIAAC (pour les 16-24 ans) les différences en capacité de lecture entre les filles et les garçons disparaissent. Comment cela peut-il s’expliquer ?

Même si la taille du cerveau féminin devient légèrement moins volumineuse  (1) celle-ci n’est pas en cause, deux chercheuses norvégiennes de l’université de Stavanger (Kjersti Lundetræ et Solheim, Oddny Judith) avancent une autre explication : les tests PIRES et PISA favoriseraient, dans leur conception et dans la l’évaluation des résultats, davantage les filles que les garçons. Car les tests du type PIAAC sont construits différemment et « n’avantageraient » pas plus les filles que les garçons.

Il peut y avoir également une différence dans l’évolution cérébrale entre les garçons et les filles. Les neurosciences ont montré que jusqu’à 12 ans, le cerveau de l’enfant est extrêmement malléable. La croissance des connexions entre les 90 milliards de neurones se réalise à vitesse grand  » V « . A ce stade le cerveau est particulièrement sensible aux apprentissages et à l’environnement. Il est possible que les questions sociales et culturelles aient été négligées durant les tests PIAAC et PISA où les enfants sont relativement jeunes et donc encore influençables (au sens positif du terme). Ce qui est moins le cas pour les 16-24 ans.

Quelle conséquence pour l’apprentissage de la lecture ?

Finalement on s’aperçoit que même si les filles auraient plus de facilité de lecture que les garçons, la réalité est plus complexe. Pour ce qui est l’apprentissage de la lecture prendre ces découvertes scientifiques pour justifier ou tenter d’expliquer que tel ou tel élève garçon ait des difficultés est une erreur. D’autant qu’avec les études deux chercheuses norvégiennes de l’université de Stavanger (Kjersti Lundetræ et Solheim, Oddny Judith les différences garçons / filles sur la lecture sont plus floues, plus complexes. Qu’elle concerne les filles ou  les garçons, la vigilance sur l’apprentissage de la lecture et la compréhension de l’écrit doit être forte, notamment en provenance des parents. À ce stade, le cerveau de l’enfant rentre dans le 2ème âge (3) où beaucoup de choses se jouent au niveau du cerveau. Les difficultés de lecture et de compréhension seront plus difficiles ensuite à rattraper chez l’enfant, même si tout n’est pas figé grâce à la plasticité du cerveau (4).

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 (1) Pas moins de 126 études ont montré une différence dans la taille du cerveau féminin et masculine. Ces études ont aussi montré qu’il y a des différences de taille entre les régions cérébrales elles-mêmes. Par exemple les régions du cerveau concernant la mémorisation, la capacité de survie et d’apprentissage sont plus volumineuses chez l’homme. Chez la femme par contre, les régions responsables du langage et des émotions sont plus développées que chez les hommes. Men’s and women’s brains found to be different sizes : NHS Choices https://www.nhs.uk/news/mental-health/mens-and-womens-brains-found-to-be-different-sizes/ – février 2014

Á l’age de 19/21 ans, le cerveau d’un homme pèse en moyenne 1,450 kg et le cerveau d’une femme pèse 1,310 kg : (Data from Dekaban, A.S. and Sadowsky, D., Changes in brain weights during the span of human life: relation of brain weights to body heights and body weights, Ann. Neurology, 4:345-356, 1978) : Université de Waschington : https://faculty.washington.edu/chudler/dev.htm

(2) Assessment in Education: Principles, Policy & Practice : Kjersti Lundetræ et Solheim, Oddny Judith Can test construction account for varying gender differences in international reading achievement tests of children, adolescents and young adults? – A study based on Nordic results in PIRLS, PISA and PIAAC – Pages 1-20 | Received 15 Feb 2016, Accepted 04 Sep 2016, Published online: 11 Oct 2016 : http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/0969594X.2016.1239612

(3) Le premier âge correspond au cerveau du fœtus. Celui-ci est d’ailleurs est capable de percevoir les évènements extérieurs notamment au niveau du son. Par exemple le cerveau du fœtus, au septième mois de grossesse, peut tout à fait entendre la voix de ses parents.Le second âge va de la naissance jusqu’aux 12 années de l’enfant. Le cerveau est particulièrement malléable et l’apprentissage joue un rôle central. C’est là qu’un nombre important de connexions neuronales se produisent.

De 12 à 25 ans. C’est la période de la sélection et de structuration : les connexions non utilisées sont supprimées tandis que d’autres sont renforcées.

Le quatrième âge est une période longue puisqu’elle s’étend de 25 à 65 ans. Et contrairement à la croyance répandue le cerveau ne perd pas de neurones. La différence entre 2 individus se fait au nombre de connexions neuronales.Le cinquième âge s’entame à partir de 65 ans environ. Les connexions neuronales s’abîment, ce qui peut entraîner une déficience cognitive. Pour autant le cerveau ne perdra, tout au plus, que 5% de ses neurones.

(4) La plasticité du cerveau est un phénomène cérébral où les réseaux de neurones et leurs connexions ont la capacité de se réorganiser : de s’intensifier ou de se défaire. On peut dire que le cerveau est malléable. Contrairement à une croyance généralisée, le cerveau ne perd pas sa quantité de neurones. C’est qu’à partir du 5ème âge que tout au plus le cerveau perdra 5% de sa quantité de neurones. Les capacités cognitives sont plus à relier à la qualité et à la densification des connexions neuronales. Voir l’interview Dr. Merzenich un neuroscientifique et professeur émérite américain. Il enseigne à l’Université de Californie à San Francisco depuis 1980 : Brian HQ « What is Brian Plasticity? »

Dossier / Texte : Bruno Dubuc Le cerveau à tous les niveaux / Jean-François MICHEL

Bruno Dubuc

Fondateur & editeur
www.lecerveau.mcgill.ca

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