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Avec l’ampleur du phénomène du soutien scolaire à domicile, de l’impératif de réussite, peut-on évaluer l’efficacité du soutien scolaire ? Pourquoi en France le soutien scolaire est si développé ? Voici quelques éléments de réponse.

Soutien scolaire : quelle efficacité ?

Il n’y a pas d’études récentes qui permettent de répondre à cette question avec précision et pertinence.  Cependant une étude menée dans la région Rhône-Alpes permet de constater que pour les élèves qui ont des cours particuliers à domicile il y a une amélioration de 1 à 2 points des notes pour 36 % d’entre eux, de 3 à 4 pour 22 % de 5 à 6 points pour 6 %.

En 2001, une évaluation a été faite en Allemagne par Ludwig Haag de l’université Erlangen / Nuremberg. Son étude porte sur 122 élèves d’un niveau moyen-faible. Dans leur grande majorité ceux-ci ont vu leurs notes augmenter par rapport à un groupe témoin qui n’avait pas de cours particuliers.

Si on fait preuve d’un peu de bon sens, il va de soi qu’un professeur pour un élève est bien plus efficace qu’un professeur devant 30 élèves dans une classe. Pas besoin d’études scientifiques pour s’en convaincre.

Dans le soutien scolaire, le professeur peut s’adapter plus ou moins et de façon intuitive, à la façon d’apprendre de son élève. Ce dernier n’a pas le frein du regard de ses camarades de classe et peut poser toutes les questions, même celles qui lui paraissent inappropriées. Ce phénomène, sous-estimé dans l’apprentissage au sein d’une classe ou d’un groupe, joue pourtant de façon non négligeable.

Singapour et la Corée du Sud, premier au classement PISA, champion du monde du soutien scolaire

Le soutien scolaire est généralisé et érigé presque en institution à Singapour et en Corée du Sud, 2 pays en tête du classement PISA (1) sur le niveau des élèves à l’école. Ne serait-ce pas une preuve d’efficacité et de la nécessité du soutien scolaire pour augmenter le niveau des élèves ?
La réalité est plus complexe et plus contrastée. La France est également une championne du soutien scolaire : elle fait pourtant bien pâle figure dans le dernier classement PISA (classée à la 20ème place des pays de l’OCDE) loin derrière Singapour et la Corée du Sud.

Part des élèves de 15 ans bénéficiant de soutien scolaire gratuit ou payant, en %

Source : OCDE

Pourquoi le soutien scolaire est si développé en France ?

Le soutien scolaire est florissant en France., le marché est estimé à 2 milliards d’euros par an selon le cabinet d’étude Xefi. Une myriade de sociétés de soutien scolaire se développe parmi les plus connues : Acadomia, Anacours, Complétude, Cours Legendre, Keepschool ou encore Domicours (société créée conjointement par la Macif et la Matmut). Le crédit d’impôt de 50% qui n’existe pas dans les autres pays européens confère une certaine attractivité au soutien scolaire qui est, de fait, plus abordable et porte le marché. Et pourtant l’administration fiscale estime que 85% de l’activité de soutien scolaire est non déclarée.

Cela montre que l’essentiel du soutien scolaire n’est pas assuré par ces sociétés privées mais par les enseignants eux-mêmes qui y trouvent, même à la marge, un complément de revenu.
Pourquoi le recours aux enseignants est-il si demandé par les parents ? Car un enseignant est un gage de qualité et de compétence pédagogique. Il connaît le programme, il est amené à participer aux corrections d’examens et donc est plus à même de donner les bons conseils pour la préparation d’un BAC ou d’un brevet des collèges. Même si elles ont dans leur personnel des enseignants, les sociétés de soutien scolaire font majoritairement appel à des étudiants qui n’ont pas autant de compétence et de connaissance pédagogiques. Si le prix moyen d’une heure de cours oscille entre 22€ et 40€ selon le format et le niveau, le recours à un enseignant (qui ne peut pas faire jouer la réduction d’impôt) n’est pas forcément moins cher.

L’explication du développement du soutien scolaire en France ne trouve pas sa cause dans une simple attractivité fiscale.

Soutien scolaire et environnement éducatif sélectif

Le point commun entre la France, la Corée du Sud et de Singapour c’est que le système éducatif évolue dans un environnement très sélectif. N’en déplaise à notre cher pays qui veut promouvoir l’égalité des chances et veut donner à l’école le rôle d’ascenseur social. Dans un marché du travail difficile et un taux de chômage des jeunes record, l’accès aux grandes écoles de commerce ou aux grandes écoles d’ingénieurs est une garantie d’un emploi et d’une réussite professionnelle. La sélection est rude et les échecs sont nombreux. Une pression qui génère une forte inquiétude chez les parents et leurs enfants : selon l’Unicef 45 % des élèves français se déclarent angoissés de ne pas réussir à l’école.  Une inquiétude en bonne partie légitime, dans la mesure où la France est, « parmi les pays développés, celui dont les élèves en difficulté sont les plus nombreux » indique le rapport de l’inspection générale de l’Éducation nationale

Le sociologue Thomas Collas  note  que «, les auteurs isolent trois facteurs, relatifs au système éducatif national, qui influenceraient fortement le recours à la shadow education (soutien scolaire) : les examens et les concours comme modes de sélection ; l’instauration, dans l’école, de « règles de compétition » (contest rules) plutôt que de « règles de soutien » (sponsorshiprules) ; des liens étroits entre les titres scolaires délivrés et les positions professionnelles auxquelles il est donné de prétendre »

À Singapour et en Corée du Sud cette sélectivité y est exacerbée.

À Singapour 60 % des élèves du secondaire et 80 % des élèves du primaire y suivent des cours particuliers dans des établissements privés en cours du soir principalement. En moyenne ces enfants y suivent 3 heures de cours par semaine. 40 % des enfants d’âge préscolaire suivent d’au moins 2h de cours particuliers par semaine. À Singapour ce sont 850 collèges privés qui sont dédiés au soutien scolaire (dans un pays de 5,6 millions d’habitants)le marché a presque doublé en 10 ans dans ce pays.

Le soutien scolaire une solution à l’anxiété des parents et des élèves

Cette réalité alimente l’anxiété des parents qui n’hésitent pas à donner toutes les chances à leurs enfants en ayant recours au soutien scolaire. C’est ainsi que les parents paient au total 40 millions d’heures de cours chaque année à leurs enfants, selon l’étude Xerfi. Les ménages qui ont recours aux cours particuliers pour leurs enfants y consacrent en moyenne 1 500 euros par an (hors avantages fiscaux). Malheureusement aider son enfant cela demande des moyens financiers. Bien évidemment les familles les plus aisées : 29,1% des ménages ayant plus de 68.000€ net par an ont recours au soutien scolaire. Cette proportion est de 15,8% pour les ménages dont les revenus sont entre 46.000 et 68.000 euros par an. Ce taux n’est que de 5,3% pour les ménages gagnant entre 12.000 et 18.000 euros. (3)

 Mais sur la base de différentes études menées, le sociologue Thomas Collas estime que le niveau de l’élève « est plus décisif que les revenus des parents en matière de recours au soutien scolaire privé ».
Texte et dossier © apprendreaapprendre.com

(1) l’enquête PISA, cronyme pour « Program for International Student Assessment » en anglai est une étude approfondie qui évalue tous les 3 ans les acquis des élèves de 15 ans dans 72 pays de l’OCDE sur différentes thématiques : la compétence dans la compréhension de l’écrit et de la lecture, les sciences et les mathématiques. La première enquête a été menée en 2000, la dernière a été menée en 2015 et publiée en décembre 2016.
(2) : Source : Insee, EPCV, octobre 2003

(3) Thomas Collas « Thomas Collas, « Le public du soutien scolaire privé. Cours particuliers et façonnement familial de la scolarité[*] », Revue française de sociologie 2013/3 (Vol.54), p. 465-506. »

5 Comments

  1. Bonjour,
    merci pour l’article ainsi que les chiffres qui y sont donnés.
    Je serai assez curieuse de savoir ou de débattre sur le point de vue des enfants qui bénéficient de soutien scolaire et qui voient leur moyenne augmenter de 1 à 2 points, voir même jusqu’à 6 points pour les plus « chanceux »:
    – Que leur apportent concrètement le soutien scolaire ? une aide réellement orienté sur des difficultés scolaires, une relation plus humaine avec un adulte qui est là pour les aider, lorsque le prof est plutôt là pour leur apprendre ?
    si vous avez un avis, ou des informations je suis intéressée.
    Bonne journée,
    Christelle

    • Le soutien scolaire permet indéniablement de combler et de réduire des lacunes des élèves qui en bénéficie. Ces lacunes sont, bien entendu, plus ou moins grandes ce qui alors nécessite un soutien scolaire en conséquence (fréquence, temps etc.).
      Comme il est dit dans l’article, l’efficacité du soutien scolaire est réel (même si cela est peu démontré) du fait du contexte d’apprentissage : 1 élève face à 1 enseignant.
      Par contre le soutien scolaire travaille peu voire même pas du tout (en dépit des annonces des sociétés de soutien scolaire qui ne sont que marketing) sur la méthode de travail. Un coach scolaire fera un bien meilleur travail.

      Le mieux est de combiner coach scolaire et soutien scolaire

      • Bonjour je pense déjà que on devrait arrêter d’appeler ça soutien scolaire, comme le disait l article et j’étais d’accord avec ça, la france se promeut égalitaire au niveau des chances mais elle ne l est pas du tout, elle l’est surement plus que d’autres pays mais la reproduction sociale est quand même très forte(les politiques et journalistes ayant tous fait HEC par exemple). Tout ça pour dire que la manière dont on considérera un enfant et dont on abordera le travail avec lui influencera considérablement tout leur avenir, je pense que c’est à ce niveau là qu’il faut agir pour l’enfant devienne autonome et volontaire dans son travail, car les enfants démarrent tous à peu près égaux au niveau de leur capital de reflexion et si on les considérent intelligent ils se conforteront dans ce chemin à l’inverse si on les considére pas comme des genies ils ne le seront jamais.

        • Le soutien est fleurissant en France car outre l’avantage fiscal (qui rend le soutien scolaire abordable) nous sommes un pays peuplé d’anxieux. Nous détenons le record de la consommation d’anxiolytiques et autres antidépresseurs.
          Dans la culture française il y a la notion d’excellence qui favorise la petite, toute petite partie des élèves… et les autres qui (à travers le soutien scolaire et la peur légitime de leur parents) essaient de s’accrocher au wagon. La France n’a rien d’égalitaire en éducation.

      • Mais attention je ne critique pas son efficacité objective du rapport beaucoup plus proche entre élève et professeur qui est d’ailleurs un problème dans les classes aujourd’hui.

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