Vous avez déjà vécu cela : un ras-le-bol!  Marre de ces élèves qui n’écoutent pas, que vous n’arrivez pas à motiver, marre  de ces élèves qui jouent avec leur téléphone portable rivé à la main… Vous avez envie de tout envoyer balader. Il y a des moments comme ça. Je vais vous faire une confidence : ce sentiment de ras-le-bol m’est arrivé plusieurs fois. Le métier d’enseignant et de formateur est parfois difficile. Nous sommes des humains, pas des machines.

Le problème c’est lorsque ces moments de frustration, de colère, de fatigue se répètent souvent et se font plus durables. Que se passe-t-il ? Pourtant vous êtes passionnés par la formation, par l’éducation et la transmission du savoir.

Texte : Jean-François MICHEL

( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 )

Vous me direz certainement : « Oui, mais Jean-François, les élèves sont beaucoup moins motivés qu’auparavant, sont moins respectueux voire parfois pas du tout. Je me sens démuni !  »

Vous avez raison et j’ai une mauvaise nouvelle : votre environnement ne changera pas. Les élèves ne changeront pas. Bref rien ne changera. Je sais, c’est dur à entendre et à admettre. Je  n’écris pas ces lignes pour vous bercer d’une douce illusion qui fait du bien, mais pour vous aider à trouver les bonnes solutions.

Si vous ne pouvez pas changer votre environnement, la réaction des élèves, alors il y a une chose que vous pouvez changer : vous ! Vous n’avez aucun problème, je vous rassure. La bonne nouvelle c’est que vous avez le choix de refuser de subir, le choix d’être un professeur qui influence. OK, voilà pour les belles phrases et l’aspect philosophique.  Mais concrètement comment fait-on ? C’est ce que l’on va voir dans cet article.

Votre performance dépend de votre état d’esprit

Savez-vous que la différence entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent dans ce qu’ils entreprennent, quel que soit le domaine, est uniquement et purement une question d’état d’esprit. C’est ce que montrent   Alexander Caillet (psychologue) et ses collègues Jeremy Hirshberg / Stefano Petti dans une enquête publiée dans la prestigieuse Havard Business Review «  Comment votre état d’esprit affecte votre performance » [1].

Sur les 18 états d’esprit répertoriés par l’enquête et que vous pouvez voir  sur ce graphique, 94% des leaders interrogés ont déclaré que :  Calme, heureux et plein d’énergie ou CHE (Calm, Happy et Energized) sont les trois états d’esprit qui génèrent les plus hauts niveaux d’efficacité et de performance chez eux. Peu sont dans la déception, la frustration ou la colère.

Davida Fedeli, ancienne vice-présidente des ressources humaines de Western Union Europe, confie aux auteurs de l’enquête qu’au moment d’intégrer une nouvelle organisation au sein l’entreprise : « À certains moments du processus d’intégration du changement, je me sentais constamment frustrée … À la fin de la journée, en restant constamment dans cet état d’esprit, je n’obtenais pas les résultats souhaités. »

La plupart des leaders et dirigeants de l’enquête ont déclaré que les états anxieux, fatigués et stressés pouvaient générer des avantages à court terme, mais étaient préjudiciables à long terme – en particulier pour les relations. Ils signalent également qu’il est difficile de sortir de ces états d’esprit négatifs lorsqu’ils sont systématiquement présents dans l’environnement de l’entreprise.

 

La qualité de l’état d’esprit : une préoccupation du monde scientifique

 

Savez-vous que le monde scientifique à travers la prestigieuse et célèbre revue « nature » se préoccupe de l’état d’esprit des étudiants en doctorat de sciences ? Révélée dans un article « L’état d’esprit du doctorant » [2] l’enquête, menée auprès de 5700 étudiants en doctorat, exhorte notamment les directeurs de thèses à prendre les initiatives nécessaires pour améliorer l’état d’esprit des étudiants.

Enfin, Larose, S., Bernier, A., & Tarabulsy, G. M. (2005) ont montré l’impact de l’état d’esprit sur les résultats scolaires chez des élèves du secondaire suite à un changement d’école [3]. Leur recommandation : apprendre aux élèves une certaine autonomie afin que ces changements d’environnement n’impactent pas négativement leur état d’esprit.

Votre performance intellectuelle et cognitive est étroitement liée à la qualité de votre état d’esprit. Et si vous vous fiez à votre bon sens, vous savez que vous avez rarement été performant, lorsque vous vous êtes senti stressé, fatigué anxieux. Un état d’esprit négatif (zone grise du graphique) vous empêche de voir toute solution, même celles en face de vous. J’imagine que vous avez déjà fait l’expérience de chercher une clef perdue. Plus vous cherchez, plus vous vous énervez et moins vous la trouvez. Une fois la frustration retombée vous vous apercevez qu’elles étaient dans votre poche !

Il y a même un effet négatif cumulatif, connu sous le nom peu scientifique et familier de la loi «  de l’emmerdement maximum » ou « loi de l’emmerdement universel » (décliné de la loi de Murphy) [4]. Cette loi nous explique que lorsqu’une chose tourne mal, un autre « pépin » arrive toujours à ce moment-là. Vous ne retrouvez plus vos clefs, vous les cherchez. Et voilà que vous êtes en retard. Vous êtes énervés, et en reculant la voiture, pressé, vous heurtez un de ces foutus mini poteaux, difficiles à voir, qui se dressent sur les chaussées. Et c’est ainsi que la journée ira de mal en pis.

Cela peut prêter à sourire, mais qui ne l’a pas vécu un jour ? Ce ne sont pas les Dieux qui sont contre nous, même si on a cette impression, mais uniquement une question d’état d’esprit.

C’est pour cela que je vous encourage à l’entretenir régulièrement tel un jardin. Autrement, il sera envahi de mauvaises herbes qui affecteront la fertilité du sol.

Quand un évènement se produit, comme un incident avec un élève, ce qui compte c’est votre réaction étroitement liée à votre état d’esprit.

Quand vous en avez ras-le-bol, ce pas tant le problème de la situation (qui ne changera pas) que celle de votre état d’esprit que vous n’arrivez pas à le changer. Pourquoi ? Pour 2 raisons :

–  il est difficile de s’en rendre compte. Alors on l’esprit se focalise sur l’évènement ou l’environnement qui devient le problème ;

–  on ne sait pas comment faire pour le changer.

Vous me direz « Si…si, je sais faire : je vais au cinéma, je prends des vacances et je profite de mes week-ends ». Vous confondez : changer d’état d’esprit et se distraire, s’évader. Car une fois que vous revenez dans votre environnement, ici votre école ou votre établissement de formation, ça y est, le schéma repart.

 

Vous avez besoin d’un ou plusieurs outils.

 

Changer d’état d’esprit en soi le principe est simple : c’est de voir les choses sous un angle différent, adopter un nouveau point de vue qui vous aide et non pas qui vous limite. Bon ! ça, c’est le principe. « Et concrètement ? » me diriez-vous.

Avant tout, vous avez besoin d’un outil.  C’est un peu comme creuser un trou : rien de plus simple avec une pelle et une pioche. Sans cela, c’est une autre histoire.

 

Les 7 profils d’apprentissage et le test

 

Dans un contexte éducatif et de formation quel est cet outil ? Le moyen de changer sa vision sur les élèves, sur une classe ou un groupe, c’est de visualiser concrètement comment chacun apprend et surtout comment chacun communique. Ainsi vous savez où peuvent se trouver les difficultés, les points de blocage et les solutions. En résumé, vous avez un repère qui vous rappelle les différences entre vos élèves et vous. Votre interprétation des réactions des élèves sera bien différente que si vous n’aviez rien qui en plus et bien plus en phase avec la réalité.

Imaginez que vous soyez dans un désert à la recherche d’un point d’eau. Mais vous n’avez ni carte ni boussole. Dans quel état d’esprit seriez-vous ? Si on reprend le graphique de Harvard revue : vous seriez dans la zone grise : peur, fatigue stress. Qu’elles seront vos chances de trouver le point d’eau ? Nul, même s’il était à côté de vous. Maintenant, quel serait votre état d’esprit avec une carte et une boussole ? Bien différent n’est-ce pas ? Vous savez où vous en êtes, vous pouvez évaluer les forces qui vous restent. Votre état d’esprit est automatiquement plus serein, la stratégie devient claire dans votre tête.  Vous êtes sûr d’atteindre votre but.

 

Dans votre métier, la boussole ce sont les 7 profils d’apprentissage et la carte c’est le test qui vous donne le profil de chaque classe ou de chaque groupe.

Vous faites cours et vous vous rendez compte qu’une partie des élèves quittent leur concentration et se mettent à discuter. Un rapide coup d’œil sur le profil de la classe que vous avez imprimé en couleur sur une page A4 vous indique que vous avez un groupe majoritairement d’un profil visuel et kinesthésique. Vous prenez conscience que, pris par votre sujet vous parlez depuis presque une heure. Que de l’auditif ! Au lieu de vous énerver contre ceux qui parlent ou bâillent, vous vous rendez compte que c’est presque un exploit qu’ils aient tenu si longtemps. Vous en riez presque ! Vous savez que vos élèves ont fait un effort louable.  Quel sera alors votre état d’esprit ? Serein ! Et il y a de fortes chances que vous preniez la bonne décision : celle d’arrêter de parler, de vous tourner vers le tableau pour résumer votre discours auditif par un schéma explicatif tout en indiquant le « pourquoi des choses ». Au passage, vous invitez les élèves à cesser les bavardages sur un ton pausé, mais autoritaire. Un changement de contexte simple qui permettra à chaque élève de se concentrer à nouveau.

Que se passerait-il si vous ne connaissiez pas le profil de votre groupe ? Quel aurait été dans ce cas votre état d’esprit ? Quelle action auriez-vous prise ? Probablement votre tension nerveuse serait montée d’un cran avec un rappel au silence sur le ton de l’agacement qui fait perdre peu à peu votre autorité.

Voilà comment se retrouver dans une situation où l’on se tape la tête contre un mur toute l’année en espérant que celui-ci cède un jour.

Vous pouvez affiner votre boussole et votre carte avec les profils d’identité et de motivation.

Vous devez reprendre un élève dont vous savez qu’il a un  profil d’identité de type rebelle – Vous savez qu’il a besoin d’autorité et qu’il cherche à avoir de la fermeté en face de lui. Lorsqu’il vous provoquera (car il le fera assez rapidement) vous saurez agir en conséquence, et je vous conseille de ne pas faire dans la demi-mesure.

Vous avez un élève ayant un profil d’identité de type émotionnel qui joue avec son téléphone portable en classe alors que c’est interdit. Vous le surprenez et bien sûr il jure qu’il n’a rien fait. Vous savez qu’il fuit la culpabilité quitte à être dans le déni. Vous avez la présence d’esprit de ne pas rentrer dans son jeu, en coupant court à tout débat du « je n’ai rien fait, etc. » Vous le sanctionnez pour la forme. Après le cours, une fois sa charge émotionnelle retombée, vous le convoquez à une discussion entre 4 yeux en vous focalisant exclusivement sur la solution tout en prenant soin d’éviter les leçons de morale. « Dites-moi comment faire pour que vous ne soyez plus tenté de jouer avec votre portable. C’est tout ce qui m’intéresse ! »

Un élève agacé vous demande le plan du chapitre que vous allez aborder. La photocopieuse de l’établissement est en panne, vous n’avez qu’un unique exemplaire : le vôtre.  Vous savez que cet élève a un profil de motivation de type « où ça se situe ? ». Disposer d’un plan avant le début de chaque cours est un besoin pour son apprentissage. Vous ne fonctionnez pas ainsi, vous pouvez même trouver cela complètement ridicule. Mais qu’importe, vous lui donnez votre unique plan de cours. Et vous ? Tant pis vous ferez sans.

Si vous n’avez pas les moyens de comprendre cela, vous interpréterez cette attitude comme un caprice. Il est possible que vous renvoyiez l’élève dans ses cordes. Comment s’étonner ensuite que cet élève soit démotivé durant toute l’année et cherche à s’extirper de l’ennui par le bavardage, le téléphone portable, etc.

Pour résumer
Les questions orientent votre esprit
Entretenez votre état d’esprit (votre angle de vue, votre façon de regarder les choses)
Utilisez des outils, autrement vous risquez de rester dans l’abstrait ou le principe
Dans le milieu éducatif et de formation, les outils sont : les 7 profils d’apprentissage et le test qui vous donne le profil de votre classe ou de votre groupe.

 

 

 

 

Texte : Jean-François MICHEL

( Auteur « Les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 )

 

[1] Alexander Caillet (psychologue) et ses collègues Jeremy Hirshberg / Stefano Petti How Your State of Mind Affects Your Performance :

[2] A PhD state of mind : https://www.nature.com/articles/s41556-018-0085-4

[3] Larose, S., Bernier, A., & Tarabulsy, G. M. (2005).  Attachment State of Mind, Learning Dispositions, and Academic Performance During the College Transition. Developmental Psychology, 41(1), 281-289.

[4] la loi  de l’emmerdement maximum est une déduction de la loi de Murphy qui dit que « Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera mal »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*