2015-12_31_stressPourquoi la course à la performance mène à la contre-performance? Comment faire la différence entre le bon et mauvais stress?

À Catherine Vautrin ministre française déléguée à Ia cohésion sociale, un journaliste a posé la question suivante: «Votre truc contre le stress?». Elle a répondu : «Bosser plus on connaît son dossier, moins on est stressé. Rester concentré sur l’objectif et toujours arriver en sachant de quelle manière on va commencer »

Dans notre société du défi continuel, cette recette apporte beaucoup aux performances individuelles. Bien géré, le stress est souvent perçu comme l’excitant indispensable à la réalisation de soi et à la réussite sociale. Le monde de l’entreprise I’a bien compris et développe des stratégies ingénieuse, pour canaliser le stress de son personnel, cadres en tête, et en faire un levier. Un expert en stress, Théo compernolle (1) considère même qu’une bonne gestion du stress permet d’accroitre jusqu’à 20% des bénéfices d’une entreprise. Selon sa théorie, Ia perception d’une » situation stressante est analysée comme un puissant stimulant qui accroit la motivation et ,in fine, améliore la performance. Le stress est vécu comme un défi que l’individu se fait un honneur de surmonter. Au contraire, le manque de stress, conduirait à une démotivation. Autrement dit, la motivation est synonyme de stress fonctionnel et conduit à une performance améliorée tandis que la démotivation est synonyme de stress dysfonctionnel et conduit à une performance dégradée.

Certes, cette corrélation positive entre stress, motivation et performance, doit se moduler en fonction de la personnalité de l’individu. Elle ne fonctionne que si l’individu a un haut degré d’attente d’efficacité qui le motive intrinsèquement à « performer » au maximum de ses capacités. Cette théorie a le mérite d’éclairer un des aspects de notre société: le challenge, perçu comme est une clé de réussite sociale et économique. Elle est largement utilisée par les entreprises dans le management de leurs ressources humaines et lors de recrutement de leur personnel.

En fait, il existerait une relation entre le niveau d’activation et la performance. Les meilleurs résultats seraient obtenus pour des stimulations d’intensité moyenne. La courbe en U inversé de la performance est bien expliquée par la théorie de I’éveil de Scott: le niveau d’éveil du cerveau déterminerait le degré d’attention face à un stimulus et jouerait un rôle très important dans le traitement de l’information et par là même dans la performance. Seul un éveil moyen permettrait une performance accrue tandis qu’un réveil faible ou fort conduirait à une performance amoindrie.

Prenons un exemple: le bruit peut être autant bénéfique que perturbant selon la fatigue du sujet. Lorsque ce dernier est en forme, il se révèle moins performant en présence de bruit. Inversement, lorsqu’il est fatigué, il sera plus performant en présence de bruit que dans un environnement silencieux.

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D’une façon générale, Ia société n’aime pas les perdants… Elle met systématiquement sur le devant de la scène ceux qui brillent de milles feux: Ies stars, les hommes politiques, Ies gagnants du loto ou des jeux télévisés, les chefs d’entreprises innovantes, les petits génies. En regardant l’ascension de Bill Gates, Madonna ou Maradonna, chacun peut espérer et se dire que/ avec de la chance et un certain goût de la performance qu’il y a moyen d’accéder au sommet. Nul doute que cette image de la réussite produise sur les esprits une idée du bonheur et du plaisir bien particulière et orientée..

En tout état de cause, cette image médiatisée du bonheur peut attiser bien des désirs et soulever bien des motivations. Car pour performant, il faut être motivé. Le « moi aussi je veux le succès, l’amour et la reconnaissance sociale, l’argent et le reste » agit alors comme un objectif de vie. C’est ainsi que bon nombre d’enfants sont sollicités de toute part à l’école, on leur met la pression pour qu’ils aient des bons résultats, en insistant bien sur Ie fait qu’il en va de leur avenir professionnel. Hors de l’école, on les pousse dans la pratique d’un sport ou d’une activité artistique, pour stimuler encore leur sens de l’effort ou de la créativité.

Partout, devant les jeux télévisés ou l’ordinateur, on cultive la compétitivité, le challenge et la découverte. Si Ie plaisir est souvent associé à ces pratiques sociales d’apprentissages, à l’excès et si la récompense n’est pas au rendez-vous, il peut disperser, démotiver, et au final, nuire au succès et à la concentration.

Car le dépassement de soi a des limites et le stress peut devenir contre-performant par Ie fait qu’il demande du temps et de l’énergie. Si ce temps et cette énergie sont mobilisés pour résoudre un problème lié à l’environnement ils ne sont plus disponibles pour résoudre la demande perçue par l’organisme. Au final, cette interférence fait que I ‘individu trop sollicité craque.

Texte et dossier : Veronica Van der Spek

 

Veronica Van der Spek est docteur en médecine, spécialiste en psychiatrie et nutritionniste

Nutrition et bien-être mental

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One Comment

  1. Bonjour Veronica,

    Merci pour cet article équilibré, qui nous rappelle que le stress n’est pas mauvais en soi, c’est une question de dosage !

    Aujourd’hui, pour les écoliers français, malheureusement c’est plutôt l’excès de stress qui l’emporte. A un tel point que les études PISA de 2003 à 2012 en font une spécialité française : nos enfants sont les plus stressés au monde à l’école – avec les japonais ) à un point où cela handicape notamment leurs performances en maths.

    Si cela peut vous intéresser, j’ai publié tout récemment une synthèse de ce que dit l’étude PISA sur le stress des élèves français, dans cet article : http://parents-du-21-eme-siecle.fr/mon-enfant-comprend-rien-en-maths-et-sil-etait-stresse/

    Belle journée,

    Magali.

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