Peut-être avez-vous constaté que vous aviez un groupe ou une classe d’élèves majoritairement de profil de compréhension de type kinesthésique. Est-ce que ce type de groupe ou ce type de classe nécessite une gestion particulière ? Est-ce que votre pédagogie est à adapter ? Si c’est le cas comment faire ? C’est assez simple. Mais il y a plusieurs erreurs qui sont faites. C’est ce que l’on va voir dans ce dossier en répondant à la question de Francine. 

 

Dossier et texte par Jean-François MICHEL ( Auteur « les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 et 2019 )

Je suis documentaliste dans un lycée professionnel hôtelier et je m’intéresse beaucoup aux différentes manières d’apprendre à apprendre. J’ai lu le livre sur les sept profils d’apprentissage, suite à quoi j’ai décidé d’en parler aux élèves de première année BEP que je suis régulièrement, et qui sont, pour la plupart, des élèves ayant subi un gros échec scolaire avant d’arriver dans notre établissement. Après leur avoir expliqué les différents profils d’apprentissage, je leur ai donc fait passer à tous le test en ligne. Il s’avère que 80% d’entre eux ont un profil de compréhension de type kinesthésique. J’imagine que c’est la raison pour laquelle ils sont plus à l’aise dans les matières professionnelles, plus concrètes. Mais je souhaiterais que vous me donniez des pistes pour poursuivre ce travail avec eux de manière à ce qu’ils puissent aborder les matières générales de la meilleure façon possible en fonction de leur profil. Et en ce qui concerne le profil de compréhension « kinesthésique » j’avoue être un peu désemparée sur la manière de procéder.

 

(Francine, Bonneville 74)

Qu’est-ce que le profil de type kinesthésique ?

Cette dénomination « kinesthésique » a beaucoup de signification, comme le toucher. De nombreux modèles de profils d’apprentissage anglo-saxon reprennent ce terme de

« kinesthésique » dans le sens d’apprendre en bougeant ou le fait d’être manuel.

Ce n’est pas du tout la définition que j’en ai. Dans les 7 profils d’apprentissage, la personne d’un profil de type de compréhension de type kinesthésique n’est pas forcément douée pour l’apprentissage manuel. De même qu’il n’y a aucun rapport avec l’apprentissage en bougeant.

Si un élève a besoin de bouger, qu’il ne tient pas vraiment en place dans une classe c’est qu’il est plutôt hyperactif, voire limite, TDHA. Il a besoin de se dépenser.

Voici une explication plus détaillé en vidéo

 

 

Effectivement, si vos élèves ont à 80% un profil de compréhension du type kinesthésique, cela explique pourquoi ils sont plus à l’aise avec les matières concrètes comme les matières professionnelles.

Quant aux matières plus générales, la difficulté pour vos élèves se comprend tout à fait. Dans ce cas il convient de les présenter, si cela est possible, de manière la plus concrète possible. Comment ? En multipliant les exemples avec un lien, un rapport avec leur quotidien ou leur situation professionnelle. Comme vos élèves ont besoin de temps pour intégrer l’information abstraite, dans les matières générales, il faudra être particulièrement indulgent avec eux en leur laissant plus de temps et en répétant aussi souvent la même chose. Pour les enseignants et les formateurs qui ont un profil de compréhension de type « visuel » ou « auditif » ce travail de répétition constante est souvent fatigant. Mais la réalité du public impose cet exercice.

Sans doute, la chose la plus importante est que maintenant vous savez concrètement comment vos élèves fonctionnent, comment ils intègrent l’information et où sont leurs difficultés. Cela n’a l’air de rien, mais vous avez une perception plus en phase avec la réalité de vos élèves, ce qui vous permet d’interagir correctement et qui vous rapproche d’une solution.

La majorité de vos élèves étant d’un profil kinesthésique, vous savez qu’il est inutile de faire un cours qui ressemble à un monologue. Ils ont besoin que l’on présente des cas concrets. Et si le programme à traiter ne le permet pas toujours, attendez-vous alors à ce que vos élèves décrochent en cours. Vous comprenez maintenant que c’est tout à fait normal.

Dans ce cas, essayez, autant que possible, d’aborder un sujet (le plus possible en rapport avec le cours) qui va les distraire, leur reposer l’esprit (sans pour autant tomber dans un débordement). Puis recommencez votre cours normalement. Sur une heure, il est préférable de perdre un peu de temps, mais avec des élèves concentrés et attentifs (même uniquement la moitié du temps) que de vouloir « remplir » cette heure pour boucler un programme, mais avec un auditoire non réceptif.

Faire vivre les choses

Le mieux pour un profil de compréhension kinesthésique est de faire « l’expérience de… ». Bref de vivre les choses. Je me souviens, lorsque j’avais des élèves en bac pro commerce, dans le programme figurait la compréhension de la chaîne logistique. Pour une classe ayant, à 90%, un profil de type kinesthésique ce n’était pas gagné. La solution m’est venue de l’idée de ma collègue en droit qui pour leur faire comprendre, à ces mêmes élèves, ce qu’est un tribunal leur a fait assister à une audience publique en assise.

Ces ainsi que j’ai amené, ces mêmes élèves, à une visite des usines Renault Trucks. Ils ont été étonnés que la construction d’un camion c’est plus de 5000 pièces à assembler. Et il fallait coordonner tout ça pour y parvenir. « Une seule pièce manquante et le camion ne peut pas être vendu ! » leur déclarait le chef d’atelier.

À partir de cette visite, il a été possible de leur parler de chaîne logistique. Maintenant, cela leur faisait du sens et je pouvais m’appuyer sur cette visite pour choisir des exemples vécus. La même démarche a été identique pour ma collège en droit, qui pouvait leur parler de l’organisation d’un tribunal, devenue chose plus concrète.

N’oubliez pas les élèves d’autres profils de compréhension

En général, une transmission de savoir pour des élèves du type kinesthésique peut convient pour les autres profils (profil visuel et profil auditif). Mais pour eux la progression pédagogique leur paraîtra relativement lente. Certains pourront trouver une visite d’usine ou de tribunal plutôt inutile qui sera plus considérée comme une distraction. Ils risquent de s’ennuyer et de décrocher. Donc attention de ne pas les oublier.

S’appuyer sur les profils de motivation

Mais travailler sur le seul profil de compréhension de vos élèves n’est parfois pas suffisant. Il convient de prendre en compte le profil de motivation. Sont-ils de profils « vais-je apprendre ?» ; « avec qui ?» « Où ça se situe ? » ; « quelle utilité ? » ? Même si vous ne le mentionnez pas dans votre question on peut penser qu’également 80% de vos élèves ont un profil de compréhension de type «quelle utilité ? ». Les 2 sont très souvent liés. Dans ce cas-là, prenez le maximum d’exemples lié à leur environnement, à savoir l’hôtellerie. Cela aura le mérite de captiver leur attention. Il sera plus facile pour eux de faire l’effort de l’abstraction.

L’exemple du français

Prenons l’exemple du français. Pour votre public voilà une matière abstraite, particulièrement difficile à appréhender pour les élèves du type kinesthésique notamment en ce qui concerne l’orthographe. Pour surmonter ces difficultés, vous devrez compter sur la motivation de vos élèves. Comment s’y prendre ? En mettant l’accent sur l’utilité du français et la nécessité de s’exprimer correctement, aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, dans leur métier. En effet, peut-on conseiller un client sans avoir un minimum de vocabulaire ? Comment communiquer, comment convaincre un client si on n’est pas capable de s’exprimer ? Mettez aussi l’accent sur la progression professionnelle : si on veut avoir des responsabilités, un travail plus intéressant avec un bien meilleur salaire, la maîtrise du français est indispensable. Bien sûr, ce discours vis-à-vis de votre public, il faudra le dire et redire le plus souvent possible (rappelez-vous qu’ils ont majoritairement un profil de type kinesthésique et non un profil auditif). Mais sans pour autant tomber dans un discours moralisateur qui a souvent un effet contraire. Veillez à ce qu’à chaque fois le contexte soit approprié.

J’en profite pour rappeler les 2 erreurs communément commises lorsque l’on a affaire aux élèves ou aux personnes ayant ce profil de compréhension.

Erreur n°1 –  Faire de l’élève de type kinesthésique un élève à difficulté

Quand vous avez des élèves qui ont un profil de type kinesthésique le piège est de penser que ce sont des élèves à difficultés. Ils n’ont pas plus de difficultés que les autres. Ils fonctionnent différemment, ils sont « câblés » différemment.

Ainsi, dans certains contextes et environnements d’apprentissage ils se retrouvent en position difficile. Tout comme un profil de compréhension du type visuel se retrouvera bien embêté devant un amphi où le professeur ne fait que parler.

Personne n’a plus de difficulté d’apprentissage que d’autres. Simplement, certains auront un profil d’apprentissage qui se prête mieux dans un parcours plus scolaire de filaire générale où il y a plus de contenu de savoir abstrait à apprendre.

D’autres se trouveront bien dans un environnement de terrain pour apprendre.

Erreur n°2 – Prendre le travail et la responsabilité de l’élève

Quand on est passionnée par son métier de formateur ou d’enseignant, la tentation est forte de vouloir devenir un super prof : celui qui transmet, qui passionne et celui que l’on retient. Cette aspiration est louable. Mais elle contient son poison : celui de rendre les élèves dépendants.

Que feront-ils ensuite avec d’autres  professeurs, d’autres formateurs ? Trouveront-ils la même façon d’enseigner, la même façon de transmettre, la même énergie ? Non.

Sur leur parcours scolaire, dans leurs études ou quand ils se formeront,  ils rencontreront des façons différentes de transmettre le savoir. Ils n’auront pas forcément un environnement qui leur est favorable.

Par contre ils seront victimes du biais cognitif d’ancrage [1] : comme ils seront très attachés à ce professeur, celui-ci restera une référence. Ils seront incapables d’apprécier d’autres professeurs qu’ils trouveront « nuls » ou mauvais… seulement selon leurs critères.

Et pour ceux qui ont un profil de motivation « avec qui » assez fort, ce sera même une catastrophe. Ils seront incapables de s’adapter, d’apprécier de nouvelles personnes. Ils auront constamment en référence leur super prof. Résultat : ils ne seront plus motivés à apprendre, ils décrocheront.

Cela n’empêche en rien d’être un super prof, un super formateur, mais apprenez à vos élèves, à devenir autonome. Comment ?

1. En prenant conscience de leur mode de fonctionnement via leur profil d’apprentissage.

2. À les amener à construire eux-mêmes (avec votre aide) leurs méthodes de travail.

 

Dossier et texte par Jean-François MICHEL ( Auteur « les 7 profils d’apprentissage » Ed.Eyrolles 2005, 2013 et 2019 )

 

[1] Le biais d’ancrage est un biais cognitif où la tendance est d’utiliser (faussement) une information comme référence. Il s’agit généralement du premier élément d’information acquis sur une personne, sur une chose qui fait la référence. Alors, l’esprit n’arrive plus à apprécier et prendre en considération les nouvelles informations, les nouvelles valeurs ou à envisager d’autres choix.

Ce biais peut intervenir, par exemple, dans les négociations, les soldes des magasins ou les menus de restaurants.

Ce biais cognitif a été mis en évidence par Amos Tversky; Daniel Kahneman: « Heuristics and Biases Science », New Series, Vol. 185, No. 4157. (Sep. 27, 1974), pp. 1124-1131

http://psiexp.ss.uci.edu/research/teaching/Tversky_Kahneman_1974.pdf

3 Comments

  1. Bonjour ,je voudrai savoir comment s’y prendre avec les matières compliquées comme les Maths la Physique et tout ce qui est calcul (les formules ,les principes de base etc …)pour des Kinesthésiques?
    Merci pour vos effort .

    • Bonjour,
      En effet pour les personnes de profil de compréhension kinesthésique la chose n’est pas facile pour mémoriser et apprendre. La première erreur est de croire que l’on doit bouger pour apprendre ou encore toucher. Il y a beaucoup de bêtises véhiculées à ce sujet sur le net. Ensuite ce n’est pas non plus où on l’entend au sens de la PNL.
      Pour vous d’abord donner un sens au chose apprise. En d’autres termes c’est comprendre le pourquoi des choses. Par exemple pour les mathématiques c’est de comprendre la construction des formules et non pas simplement les apprendre par cœur. Votre professeur de mathématiques doit s’attacher à vous démontrer les formules, à expliquer son origine.
      Difficile d’être précis ici. Une vidéo sera faite à ce sujet prochainement. je vous renvoie à la chaîne youtube : https://www.youtube.com/channel/UC4qgeQ0Qc4KDXZMS8HSC4xg

  2. laurent Perat says:

    merci pour vos articles et vos apports très opérationnels Jean François, même si pour ma part je dois les traduire dans le cadre de formation pour adultes aux contours très spécifiques
    votre approche des différents profils d’apprentissage est au coeur d’une pédagogie variée qui se doit d’être au service des apprenants et non au service du formateur (et ce qui lui plait à lui)

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