2015_09_27_recherche_netInfo ou intox sur internet sur le web, comment faire la différence ? Dès l’école primaire.

Donner des clés aux élèves pour discerner les infos des « infaux » sur internet ; les aider à devenir des cyber-citoyens responsables qui ne se fassent pas berner ni manipuler : tels sont les enjeux d’une séquence d’éducation aux médias que j’ai conçue et mise en pratique dans une classe de CM2 à Taninges, en Haute Savoie au printemps dernier. Résultat : les enfants se sont donnés à fond dans ce projet dont les notions étaient à leur portée, malgré leur jeune âge. Pour preuve les évaluations et réactions des élèves retranscrites dans les bilans détaillés des huit séances -d’une heure trente chacune- avec photos et enregistrements sonores à l’appui, disponibles sur le site de l’Inspection de l’Education Nationale de Cluses, ainsi que les progressions, traces écrites, exercices et corrigés Voir le site de l’inspection.

Reconnaître une « fausse information »

Pour reconnaître une « fausse information », il a d’abord fallu comprendre ce qu’était une « vraie » info. Comment elle est traitée, mise en page, diffusée. Quels sont les différents médias. Comment travaillent les journalistes. Une profession qui requiert un travail scrupuleux de collecte, de vérification, de tri, d’analyse et de synthèse des faits. Pour appréhender les notions d’objectivité et de subjectivité, les élèves ont fait des jeux de rôles, inventé des situations, se sont mis dans la peau de reporters. Ils ont découvert l’importance de confronter les différents points de vue, souvent contradictoires, des protagonistes concernés par un événement, ainsi que la difficulté d’être impartial. Distanciation et esprit critique sont nécessaires pour aborder une information et se forger sa propre opinion. Un esprit critique qui doit être d’autant plus aiguisé pour se repérer dans le dédale de la toile, où n’importe qui peut écrire n’importe quoi, sans être soumis à aucune règle déontologique.

Infos ou intox?

Alors, infos ou intox, comment faire la différence? La mise en page des vrais et faux sites d’informations est très similaire. En comparant les « unes » du « figaro.fr » et du «gorafi.fr » , les enfants ont compris combien sur le net l’apparence était trompeuse. Parfois le mensonge saute aux yeux. Mais pas toujours. Certains se laissent tenter par la première info qui leur tombe sous la main et le résultat est plus qu’aléatoire. Un exposé à faire sur l’égalité, et la première ressource proposée par votre moteur de recherche est le site « Egalité et Réconciliation ». Pour l’instant, les robots des moteurs de recherche se contrefichent de la qualité ou de la validité d’une information. A l’internaute de vérifier.

Une information n’est fiable que si sa source est sûre. Pour s’assurer de sa véracité, les élèves ont pénétré au cœur de l’information en la disséquant méthodiquement : qui en est l’auteur, à quelle date, dans quel média, sur quel site est-elle parue, le site est-il fiable, sérieux ? De quel événement est-il question ? Où, quand, avec qui, comment, pourquoi a-t-il eu lieu ?

 De petits détectives

Les enfants se sont transformés en petits détectives pour démasquer les hoax (fausses informations) circulant sur le web en traquant les indices, identifiant les sources, croisant les informations et décortiquant textes et photos pour évaluer leur fiabilité. Ils étaient très fiers de connaître des astuces, telles que cliquer sur l’onglet « A propos », « Qui sommes-nous ? » ou « Mentions légales » pour démarrer leur investigation. Ou encore uploader une photo dans Google Image pour retrouver où et quand elle a été postée. « L’annuaire des sites d’infaux » de « l’Express » a été un outil précieux pour mener leur enquête.

Les journaux parodiques ont amusé les élèves qui ont beaucoup ri en en créant un eux-mêmes. Dans « les infaux du Haut Giffre », ils sont partis d’un fait réel -un cirque s’était s’installé dans le village pour quelques jours- et ont inventé un événement : un lion s’était échappé de sa cage… La dresseuse de l’animal, le directeur du cirque, les pompiers, les gendarmes, le voisinage ont tous été scrupuleusement interviewés. Quand ils ont présenté aux camarades des autres classes leur journal, ils ont été sidérés de constater la crédulité de leur auditoire. Personne ne s’était posé de questions sur la véracité des infos lues.

Des fous-rires pendant les séances, mais la gravité était également au rendez-vous pour aborder des sujets aussi sérieux que les rumeurs, le racisme, la xénophobie, le conspirationnisme, distillés sur le web. Les élèves ne se sont pas contentés de mener des recherches, ils se sont également posé des questions sur les raisons qui poussent certains internautes à diffuser des mensonges sur le net. Ne pas nuire, ni blesser autrui, respecter les autres, tel est l’un des messages clés de la séquence, dont les deux dernières séances ont été consacrées aux règles et conseils de prudence pour naviguer sur internet et les réseaux sociaux. Vous trouverez sur le site de l’Inspection une exposition virtuelle d’affiches créées par les élèves pour mettre en image ces recommandations Des dessins chocs qui parlent d’eux-mêmes.

La progression disponible sur le site de l’Inspection s’adresse à des enseignants, mais elle peut être utilisée par des parents ou toute personne désireuse d’acquérir des bases pour tenter de faire la différence entre info et intox sur internet.

Texte et dossier : Rose-Marie Farinella (Enseignante à l’école primaire de Taninges et ex-journaliste)

 

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