Comment agit la mémoire ? Comment l’améliorer et apprendre sans efforts particuliers ? Voici 5 choses simples à garder à l’esprit.

1. Parler de nos mémoires plutôt que de la mémoire

La mémoire est ce qui reste de nos apprentissages. C’est la trace concrète qui en est conservé dans nos réseaux de neurones.

La mémoire n’est pas pour autant un concept unifié. Notre cerveau possède différents systèmes de mémoire spécialisés. Quand tout va bien, il est difficile de les distinguer puisqu’ils travaillent en harmonie et sont complémentaires. Mais des maladies ou des lésions cérébrales peuvent affecter certains de ces systèmes de manière spécifique et amener des formes d’amnésie singulières qui les mettent en évidence.

On a par exemple des circuits nerveux spécialisés dans le souvenir des événements que nous avons vécus durant notre vie passée (mémoire épisodique) qui ne sont pas les mêmes que ceux qui permettent la mémoire du sens des mots, de la fonction des choses, de leur couleur ou de leur odeur (mémoire sémantique). Et ces deux mémoires diffèrent grandement de notre mémoire motrice, celle qui nous permet de retenir comment aller à bicyclette ou comment attacher nos lacets.
Traditionnellement, les études se sont concentrées sur les mémoires dites explicites, c’est-à-dire celles dont on peut exprimer verbalement le contenu (comme les deux premiers exemples précédents). Mais la découverte progressive des grandes capacités de traitement inconscient de notre cerveau a imposé une autre grande catégorie : la mémoire implicite.

Il s’agit de formes de mémoire qui s’acquièrent à notre insu et où le rappel d’un souvenir se fait automatiquement, sans les efforts nécessaires à la mémoire explicite. En plus de la mémoire procédurale déjà mentionnée plus haut, plusieurs autres systèmes de mémoire implicite ont pu être identifiés comme les conditionnements émotionnels, les réflexes conditionnés, les effets d’amorçage, etc.

Tout ne s’apprend donc pas de la même façon, les apprentissages explicites nécessitant par exemple plus d’attention consciente et de répétitions qu’un apprentissage implicite qui s’installe souvent sans que l’on s’en rende compte.

2. Répéter au bon moment pour contrer l’oubli

La mémoire est  » une faculté qui oublie « , et c’est tant mieux ! En effet, loin d’être une faiblesse déplorable, l’oubli est un phénomène normal, essentiel même.
L’oubli nous permet de nous débarrasser de l’énorme quantité d’informations que nous traitons tous les jours et qui est jugée sans utilité pour l’avenir. Sans oubli, notre conscience deviendrait vite encombrée d’un tas de détails inutiles. L’oubli se chargera donc de faire disparaître spontanément tout ce tout ce qui n’a pas été encodées suffisamment et au bon moment dans nos réseaux de cellules nerveuses.

Mémoriser une information, c’est donc la prioriser consciemment au détriment de la majorité des autres qui vont sombrer dans l’oubli. Mais même si l’on juge qu’une information est importante et doit être retenu, elle ne s’imprime pas comme par magie dans notre mémoire. Un effort d’encodage est nécessaire.

Si une bonne hygiène de vie, un sommeil réparateur (voir le sixième  » travail  » ?), une attention soutenue ou une bonne organisation des informations (voir le quatrième travail) sont tous des facteurs qui favorisent la mémoire, le travail de répétition demeure peut-être l’aspect le plus fondamental de l’encodage.

La répétition est essentielle car notre prédisposition à l’oubli est des plus efficaces. Sans répétition, nous ne pouvons retenir qu’environ sept éléments d’information pour à peu près 30 secondes. Ce que la répétition mentale permet, c’est justement de faire passer ces éléments de cette mémoire à court terme vers la mémoire à long terme où ils peuvent être stockés pendant des mois, voire des années.

Cette dynamique particulière entre mémoire à court et à long terme nous permet aussi de comprendre pourquoi c’est immédiatement après un apprentissage que la répétition sera la plus efficace. Ce qui se passe alors détermine le destin de ce qui vient d’être appris.

Certains chercheurs vont même jusqu’à dire que nous oublions 90% de ce que nous apprenons en classe en 30 jours et que la majeure partie de cet oubli se fait dans les quelques heures après le cour. Pour eux, l’exposition répétée à l’information immédiatement durant les cours est donc beaucoup plus efficace pour apprendre que d’attribuer cette fonction aux devoirs qui se font plusieurs heures après à la maison.

3. Construire sur ce qu’on a déjà mémorisé

L’apprentissage est la principale activité du cerveau, c’est-à-dire modifier constamment sa structure pour mieux refléter les expériences rencontrées. Apprendre, c’est donc augmenter la palette de ses réponses comportementales possibles. Ce gain de connaissance, de compréhension ou de compétence est rendu possible par les éléments mémorisés suite à cet apprentissage.

Or l’une des caractéristiques les plus fondamentale de la mémoire est son caractère associatif. Cela veut dire qu’on retient mieux lorsqu’on peut relier la nouvelle information à des connaissances déjà acquises et solidement ancrées dans notre mémoire. Celles-ci constituent alors une sorte de trame sur laquelle peuvent plus facilement se greffer les nouvelles connaissances.

Par conséquent, prendre du temps afin de trouver ce qui peut relier une nouvelle information à une ancienne est donc très payant en bout de ligne.

Par exemple, si l’on vous présente plusieurs nouvelles personnes, il est plus facile de retenir leur nom si l’on associe immédiatement quelque chose de significatif pour nous à chacun d’eux (Marie a une robe bleu marine, Paul a une barbe comme mon oncle Paul, Carmen a un long cou comme un cormoran, etc.). La couleur bleu marine, l’oncle Paul ou le cormoran sont des images mentales déjà bien engrammées dans notre cerveau et leur lien phonétique ou symbolique avec les nouveaux noms constitue un truc mnémotechnique bien connu.
Même si cela peut sembler contre-intuitif d’ajouter des éléments de plus à de nombreux autres nouveaux éléments à apprendre, plusieurs études montrent que plus l’encodage est élaboré durant l’apprentissage, plus les nouvelles données seront retenues facilement.

En terme neuronal, les nouvelles assemblées de neurones peuvent ainsi utiliser des assemblées déjà bien constituées pour s’y connecter, et l’activation routinière de l’ancienne assemblée permet plus facilement d’activer la nouvelle qui vient de s’y associer.

Voir la partie 2 de l’article

Voir la partie 3 de l’article

Voir la partie 4 de l’article

Dossier / Texte : Bruno Dubuc Le cerveau à tous les niveaux

Bruno Dubuc

Fondateur & editeur
www.lecerveau.mcgill.ca

7 Comments

  1. Merci !

    Je remarque que le caractère associatif de la mémorisation revient de plus en plus souvent… A suivre ! 🙂

    • Oui, effectivement le caractère associatif de la mémorisation est fondamental. Tous les moyens, « trucs » mnémotechniques sont basés sur l’association.

  2. Bonjour,
    Merci pour cet article. La mémoire est effectivement une grande énigme.. quoi qu’aujourd’hui, grâce aux neurosciences on commence à mieux la comprendre. Je m’intéresse actuellement à la répétition espacée qui semble être une technique très puissante, mais qui demande une bonne organisation. Cette technique n’est pas suffisamment enseignée et mise en pratique dans nos écoles ce qui est très dommage. A bientôt

    • Merci pour votre message. Effectivement cette technique de mémorisation n’est pas vraiment assez enseignée dans les écoles. Mais cela commence peu à peu à changer. Nous pouvons constater une évolution.

  3. ce bon mais je vous demande de m’aider avec les phases de la mémoire .l’acquisition et autres.
    je vous remercie

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