Le
professeur Martial Van der Linden
est professeur de psychologie clinique
de Genève. Il s'est spécialisé
dans l'étude du fonctionnement
de la mémoire ainsi que des
relations entre mémoire et
émotions.
Pour
en revenir aux émotions,
sait-on aujourd'hui pourquoi elles
favorisent la mémoire?
Cognitivement
parlant, il y a théoriquement
trois moments durant lesquels l'émotion
peut améliorer la mémoire.
Tout d'abord au moment de l'encodage,
où l'émotion permet
de capter l'attention, c'est-à-dire
d'arrêter l'activité
en cours et de se focaliser sur
l'événement cible
(mais aussi sur son contexte). Il
en résulte un souvenir plus
élaboré et plus distinctif:
l'encodage sera d'autant plus élaboré
que l'événement est
en lien avec nos buts et nos valeurs.
Ensuite, plus on en reparle plus
on y repense, plus on consolide
le souvenir. Enfin, le troisième
moment clé est le moment
où le souvenir est récupéré
en mémoire. En effet, les
souvenirs en lien avec nos buts
seraient plus accessibles ou encore
les informations qui ne sont pas
en relation avec nos buts ou valeurs
seraient inhibées.
En
résumé: encodage,
consolidation ou récupération
sont les trois moments clés
où l'émotion peut
influencer la mémoire.
Possède-t-on
des corrélats anatomiques
nous permettant d'étayer
l'existence de cette «mémoire
émotionnelle»?
Plusieurs
études portent à croire
que la« mémoire émotionnelle»
est liée à structure
particulière: l'amygdale.
En modulant l'activité des
régions hippocampiques impliquées
dans la mémoire épisodique,
l'émotion va contribuer,
via la structure amygdalienne, à
la consolidation du souvenir. La
survenue d'un événement
émotionnel provoquerait une
libération d'hormones de
stress lesquelles activeraient les
récepteurs adrénergiques
bêta présents au niveau
de l'amygdale. Par ricochet, il
s'en suivrait une modulation de
l'activité des structures
hippocampiques.
EuroBrain
- 2007
Page
1 -- Voir
suite page 2
|