Johann
Chapoutot, allocataire-moniteur
en Histoire à Paris I, a
enseigné durant une année
à l'université privée
d'Harvard, dans le Massachusetts.
Il a présenté dans
le cadre d'une journée d'étude
de l'Observatoire européen
des politiques universitaires cette
autre façon d'organiser l'université:
confort, gros moyens, et concurrence
entre les enseignements poussée
à l'extrême.
Contrairement
aux idées reçues,
Harvard n'est pas réservé
qu'aux fils et filles de familles
aisées. Les études
y coûtent certes chères,
mais 70% des étudiants reçoivent
un soutien financier (1). Ce qui
est logique car pour être
en haut la hiérarchie des
établissements, il faut attirer
les meilleurs et pour les attirer,
il faut leur offrir les conditions
les plus favorables.
Et
question confort, étudiants
et enseignants sont servis: un magnifique
campus, une bibliothèque
extrêmement riche et des salaires
de professeurs qui feraient pâlir
la plupart des universitaires français.
Pour
maintenir ce standing, il faut rester
performant, donc avoir les meilleurs
étudiants. Le « client
» est donc roi et il fait
du lèche-vitrine («
to shop a course ») pour choisir
ses cours. En début de semestre,
il butine de salle en salle puis
fait sa sélection. L'importance
d'un département et de ses
financements dépend de l'intérêt
que lui portent les étudiants.
Consigne est donc donnée
aux professeurs d'être gentils
et souriants (« smile, be
nice »), en particulier dans
cette phase de choix.
Durant
le semestre, les professeurs sont
évalués par leurs
étudiants, parfois deux fois
par semestre. C'est un processus
très rigoureux qui donne
lieu à une publication où
l'on trouve le classement des cours.
Ce livre, que les étudiants
s'arrachent, conditionnera leur
choix pour le semestre suivant.
Effet pervers, des guerres internes
se nouent entre départements
concurrents et empêchent des
interactions toujours utiles à
un projet pédagogique.
Plus
grave, les professeurs, soucieux
d'avoir une bonne évaluation,
deviennent parfois extrêmement
généreux dans leur
notation et complaisants vis-à-vis
de leurs étudiants. Les lettres
de recommandation deviennent dithyrambiques.
Et Harvard, comme d'autres universités
privées américaines,
de se retrouver avec un problème
d'inflation des notes (« grade
inflation »). Du coup, il
devient moins évident de
faire la différence entre
les meilleurs éléments
et les moins bons.
Curieux
phénomène qui, en
hiérarchisant à l'extrême,
se retrouve avec des problématiques
similaires au système universitaire
français, qui, lui, nie la
différence de valeur entre
les diplômes. Toutes choses
étant égales par ailleurs
…
(1)
bourses, prêts et/ou emploi
à temps partiel, selon l'université.
Texte
- David Allais - Observatoire
de Boivigny
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