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Durant cette même année, c’est la Finlande qui se place tout en haut de la hiérarchie. Devant ces chiffres on ne peut que louer le système éducatif sud-coréen pour son efficacité à produire des élèves performants. Le taux d’alphabétisation dans ce pays n’est pas de près de 100% ! Alors il est légitime de se demander si le système éducatif de la Corée du Sud est proche voire même analogue à celui de la Finlande.
Un système scolaire jugé peu efficace Eh bien, pas du tout. Ce qui est stupéfiant et contradictoire c’est qu’en fait la Corée du Sud est munie d’un système éducatif jugé inefficace et peu performant, non seulement par les parents, les élèves mais aussi souvent par les professeurs eux-mêmes. Alors comment s’expliquent les résultats des élèves de ce pays d’Asie dans l’étude menée par l’OCDE? Comment est-il possible d’allier l’excellence dans un monde où l’école s’avère, apparemment, si décriée?
Le développement d’un véritable système éducatif parallèle En fait, derrière la faible performance de l’école en Corée du Sud, se cache un système éducatif parallèle, constitué d’organismes ou d’instituts de formation très souvent privés, appelés les Hagwons (ou Hakwon en anglais). Une très grande majorité d’écoliers et d’étudiants sont amenés à suivre leurs cours qui ont lieu le soir après l’école, ou après les cours à l’université. Les Hagwons sont devenus de véritables institutions en Corée du Sud. Ils sont considérés comme un lieu où l’on apprend vraiment, et garantissent une éducation sérieuse. Cela est à opposer à l’école publique, certes bien utile et importante, mais pas suffisante pour amener à la réussite des enfants et des jeunes. C’est ainsi qu’à la sortie de l’école, nombre d’écoliers sont conduits par leurs parents au Hagwon et peuvent y rester jusqu'à 23 heures le soir. Les matières enseignées dans ces instituts peuvent recouvrir une spécialité particulière, comme la musique ou les arts plastiques. Mais beaucoup sont orientés vers les matières importantes, comme les langues étrangères (en premier lieu l’anglais), les mathématiques, la physique, etc.
Un fort développement Pourquoi les instituts et autres organismes de formation alternatifs se sont multipliés et se développent aussi bien ? D’abord parce que les parents tiennent, par dessus tout, à la réussite scolaire de leurs enfants et jugent l’école traditionnelle publique peu apte à elle seule à assurer l’avenir et le succès professionnel de leurs progénitures. Car ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a une forme de compétition, parfois exacerbée, pour être le meilleur à l’école, qui est certes issue en partie des parents qui poussent à la performance, mais aussi parce que cette mentalité de compétition et d’excellence est bien ancrée dans la société sud-coréenne.
Une autre raison est que même les professeurs des établissements publics recommandent fortement, voire même obligent, leurs élèves à fréquenter les Hagwons. Par exemple un enfant qui sera bon en maths, premier de sa classe en début d’année, risque vite d’être dépassé par ses petits camarades qui vont la semaine se perfectionner et suivre des cours du soir pour devenir meilleurs. Conclusion : le professeur incitera fortement cet élève à faire de même s’il veut rester premier.
Différence entre les Hagwons et l’école publique Qu’est-ce qui fait alors la différence entre les Hagwons et l’école publique ? Dans les Hagwons, il y a une personnalisation de la pédagogie, il y a un véritable tête-à-tête et une prise en charge avec l’élève. Alors que dans le système public, le professeur est en face de 20 à 30 élèves et il ne peut pas s’adapter forcement à tout le monde. Ensuite, les professeurs qui travaillent chez les Hagwons sont, semblent-ils, mieux formés et, vu le coût financier, certainement mieux payés. Ce qui attire les meilleurs éléments du corps enseignant malgré les contraintes horaires d’enseigner principalement en soirée.
Enfin, il y a un cercle vicieux qui s’installe dans les écoles publiques : rien n’incite les professeurs à améliorer leur pédagogie, à s’impliquer davantage. A quoi bon ? Car ils savent que de toute manière si des élèves ne suivent pas, sont distraits ou même dorment en classe (parce qu’ils sont fatigués par les cours du soir), les Hagwons leurs permettront de rattraper le retard.
Une sélection par l’argent ? Enfin, pour compléter cette description, il ne faut pas oublier la présence des cours particuliers relativement bien plus chers que les Hagwons et qui apportent la garantie d’excellence dans l’éducation et donc la réussite.
Finalement, l’effet pervers du système ne reposerait-il pas sur une sélection par l’argent ? Beaucoup de Sud-coréens s’en défendent, mais il est clair que si vous êtes issus d’une famille fortunée il sera plus facile d’avoir de bons professeurs, de fréquenter des Hagwons réputés ou même les cours particuliers.
Bref, on le voit, dans ce système tout est imbriqué, et tout le monde y trouve finalement son compte : les écoles publiques où les enseignants ont tendance à compter sur les Hagwons pour finaliser un enseignement. Les parents plébiscitent cette éducation parallèle qui leur apporte une garantie que leurs enfants auront une très bonne formation et peuvent devenir les meilleurs. Et enfin les Hagwons et les cours privés bénéficient d’un véritable marché qui peut s’avérer vraiment lucratif. C’est la raison pour laquelle toute réforme scolaire en Corée du Sud s’avèrerait difficile voire même impossible. Et puis, même s’il y a des effets négatifs, ce système n’assure t-il pas à la Corée du Sud une place de leader dans la performance de leurs jeunes de 15 ans dans le classement des pays de l’OCDE en matière d’éducation ?
Prochain article (suite) : la Corée et l’apprentissage des langues étrangères. La domination de l’anglais, de l’allemand et du japonais.
(1) 3ème en mathématique, 2ème en lecture, 4ème en sciences, et 1er dans la résolution de problèmes |