.1. La mémoire est un mécanisme actif
Contrairement à une croyance bien répandue, la capacité de mémorisation n’a rien à voir avec la faculté passive d’emmagasiner de l’information. Au contraire la mémoire est un mécanisme actif ou, ce que l’on appelle dans le langage scientifique, un mécanisme constructif. Qu’est ce que cela veut dire ? Tout simplement, pour fonctionner la mémoire se base sur les informations déjà enregistrées, sur des connaissances acquises dans le passé. Par exemple, il vous sera beaucoup plus facile de retenir des formules mathématiques par cœur si vous avez déjà de bonnes connaissances des mathématiques.
Dans une vision plus pratique, prenons un joueur d’échec. Il retiendra d’autant mieux la position des pièces d’une partie sur l’échiquier qu’il a une bonne pratique du jeu d’échecs. Par contre la même personne avec des capacités de mémorisation identiques voire supérieures aurait beaucoup de mal si elle ignorait tout des échecs. Elle serait quasi-incapable de retenir correctement la position des pièces sur l’échiquier.
La mémoire se sert donc des éléments (issus d’expériences et de connaissances antérieures) qu’elle possède déjà. La mémoire n’est donc en rien un processus passif. Plus vous avez des connaissances dans un domaine et plus votre faculté de mémorisation concernant des éléments de ce domaine sera grande.
On ne peut retenir instantanément qu’environ 7 à 8 éléments
Le processus de mémorisation est constitué de 2 éléments, à savoir la mémoire de court terme et la mémoire de long terme :
1. La mémoire de long terme. C’est elle qui nous permet de nous souvenir de choses apprises il y a des années, comme le simple fait de lire et d’écrire ou encore de savoir faire certaines choses comme, faire du vélo ou conduire.
2. La mémoire de court terme qui sert à retenir les informations reçues dans l’instant, comme par exemple de mémoriser la série suivante « W, K, O, R, V », de retenir un nouveau numéro de téléphone ou encore un code d’accès de la porte d’entrée d’un immeuble.
A l'Université Carnegie Mellon aux USA, les chercheurs ont montré un phénomène bien étrange. Il a été découvert que la mémoire de court terme ne pouvait pas retenir instantanément plus de 7 à 8 éléments à la fois, en d’autres termes vous ne pourrez pas retenir, sur le moment, une série de 7 à 8 choses familières. Si je vous cite une série de 9 objets ou de nombres, eh bien vous serez capable d’en mémoriser, au mieux 7 ou 8.
Alors comment font ceux qui arrivent à se souvenir instantanément d’une grande quantité d’informations ? Par exemple, comment un grand maître aux échecs arrive à retenir instantanément 30 à 40 positions de pièces sur l’échiquier ?
En fait, il ne retient pas 40 positions mais au plus 7 à 8 coups qu’il connaît déjà bien. Chaque coup étant composé au maximum de 7 à 8 positions de pièces. Dans ce cas il pourra mémoriser (mémoire de court terme) jusqu’à 64 positions différentes. C’est un peu comme si je vous demandais de retenir la série de lettre suivante « W, K, O, R, V, J, M, U, P, Y » et la série de mots « voiture, moteur, volant, capot, sièges, conduire, pneu ». Dans la première série vous ne retiendriez jamais plus de 7 lettres. Dans la deuxième vous auriez retenu dans l’ordre 42 lettres différentes.
Vu autrement, cette dernière série contient une suite de 7 mots bien connus contenant en tout 42 lettres. Vous seriez donc tout à fait capable d’aligner sur une feuille de papier ces 42 lettres différentes dans l’ordre. Alors que pour la première série vous ne pourriez au mieux en citer 7 ou 8.
Pour en revenir à notre grand maître des échecs, si nous mettions les pièces au hasard sur l’échiquier, leur disposition ne correspondrait à aucun coup connu. Notre grand maître ne pourrait retenir instantanément que 7 ou 8 positions tout au plus.