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Jean-François Michel - Que pensez-vous du Cercle des poètes disparus ? Votre film « Les choristes » ne s’inscrit-il pas dans la même philosophie ?
Christophe Barratier - Le contexte est certes un peu différent, mais ce sont des films qui s’inscrivent dans cette tradition : à savoir comment la pratique artistique peut changer notre destinée, d’abord notre quotidien et ensuite peut-être notre vie. C’est vrai qu’il y a une relation évidente avec le Cercle des poètes disparus où John Keating part de la poésie pour amener des élèves coulés dans une tradition immuable à un « carpe diem ». C’est le cas aussi de Cinéma Paradiso, ou de Billy Eliot. Je crois que la transmission artistique destinée à changer le destin et l’environnement d’un enfant est un genre de film où cela se traduit souvent par le sacrifice de celui qui a transmis. Par exemple, John Keating dans le Cercle des poètes disparu est viré, Clément Mathieu, dans le film, subit le même sort. Donc c’est assez celui qui a transmis qui n’a pas le temps de récolter les fruits.
Jean-François Michel - Vous avez fait le conservatoire qui vous destinait à être musicien. Pourquoi avoir ensuite arrêté la musique ?
Christophe Barratier - Il y a eu un grand d’âge d’or dans les années 60-70, mais plus maintenant. Donc j’avais uniquement un avenir comme professeur de guitare et je ne me voyais pas comme professeur de guitare. Je voulais devenir avant tout musicien. Et donc j’ai arrêté subitement du jour au lendemain. Aujourd’hui cela m’a plutôt réussi.
Jean-François Michel - Est-ce que la musique vous a aidé à surmonter certains obstacles durant votre enfance ?
Christophe Barratier - Cela m’a avant tout donné du plaisir, avant même de se demander si cela peut être une bouée de sauvetage. Pratiquer un instrument est un anti-stress, c’est quelque chose qui nous concentre, qui est sensuel, qui fait du bien et qui donne du plaisir aux autres. Donc la musique me tranquillisait beaucoup.
Jean-François Michel - Est-ce que des professeurs comme Clément Mathieu existent aujourd’hui dans la même philosophie du film ?
Christophe Barratier - Oui, je crois. La musique passionne beaucoup les gens. Quand on est prof de musique on est normalement passionné par ce que l’on fait, on a beaucoup plus de probabilité de trouver des gens à qui on a envie de faire partager. La musique n’est pas forcement un enseignement théorique. La musique donne de jolies émotions. J’ai reçu pas mal de témoignages de professeurs de musique, surtout en ce moment où l’activité artistique au collège est un peu remise en cause, on parle de la supprimer petit à petit. C’est aussi un peu la faute d’un enseignement un peu trop théorique. Lorsque j’étais enfant, ce n’est pas mes cours de musique qui m’ont donné envie de faire de la musique : apprendre le solfège à longueur de journée, ce n’est pas très motivant. Alors que l’on peut demander aux enfants ce qu’ils aiment, ce qu’ils ont envie d’écouter et leur faire essayer un instrument. J’ai reçu pas mal de témoignages de profs qui me disent merci et qui essaient de transmettre des émotions à leurs élèves et qui se battent pour ça.
Jean-François Michel - Est-ce qu’il faut encourager les enfants à faire de la musique absolument ?
Christophe Barratier - Non, pas forcement. Le meilleur enseignement ce n’est pas la théorie, c’est l’exemple. C’est comme l’éducation. Ce que l’on professe ne doit pas être en contradiction avec ce que l’on montre.
Jean-François Michel - Vous avez appris la musique. C’est vos parents qui vous ont encouragé où vous y êtes venu tout seul ?
Christophe Barratier - A l’époque c’est venu par hasard, j’ai assisté à un cours de guitare de mon cousin et j’ai essayé, et cela m’a plus. On m’a donné une guitare dans les mains, et cela est venu. Alors pourquoi la guitare ? Parce que c’est l’instrument que j’ai vu au premier cours où je suis allé. Par moment plus que la volonté des parents, ce sont, dans la vie, d’heureux concours de circonstances qui font que nous sommes amenés à faire certaines choses, et là, à apprendre un instrument.
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